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Azumah, comète d’Afrique du Sud, ressurgit du passé
Smiles Makama, photographie (extraite du livret de l'album) de Lucas Debellis.

Azumah, comète d’Afrique du Sud, ressurgit du passé

Ce groupe sud-africain, mené par le musicien-sorcier et créateur d’instruments Smiles Makama, enregistre et publie en 1985 Long Time Ago, son unique album. Magique, il est réédité par le label Nyami Nyami Records.

Il s’appelle Smiles Mandla Makama. Né en Afrique du Sud et installé dans le royaume de l’eSwatini (ex-Swaziland) où il a grandi, il retourne dans son pays natal au début des années 1980 pour rejoindre les huit membres d’un groupe de danseurs et musiciens de Soweto dénommé Azumah. Ils sont alors en quête d’un mentor. C’est que Makama est un compositeur prolifique, que l’on qualifie même de « sorcier » du fait de sa faculté à fabriquer ou amplifier des instruments. «(…) L’un des membres d’Azumah savait qu’il existait au Swaziland un sorcier qui vivait dans les montagnes et qui fabriquait toutes sortes d’instruments. Ils m’ont trouvé dans ma hutte et ont demandé à ce que je les forme. Parce qu’après tout, ils n’étaient que danseurs. J’ai embarqué les marimbas et tous les instruments que l’on trouvait chez moi. On a commencé à se faire connaître à Johannesburg, à avoir la côte», a confié le « sorcier » à la musicienne et musicologue sud-africaine Cara Stacey, des propos que l’on retrouve dans le livret accompagnant le disque. 

La magie du « smilophone »

En 1985 donc, le groupe publie  Long Time Ago , son premier album enregistré à Johannesburg. Nous sommes en plein apartheid. Le disque témoigne alors de la réalité d’une Afrique du Sud partagée entre le désespoir et la résistance. Trente-cinq ans après la sortie de cet unique livrée, Azumah n’est plus et Smiles Makama semble avoir disparu de la surface de la Terre (et cela, après avoir sorti un album solo, The Source, en 1996). Celui qui a un temps vécu à Amsterdam avant de définitivement s’installer au eSwatini, est toujours une sorte d’ermite qui aime à cultiver son rapport à la nature — et sans doute à la spiritualité — dans des lieux reculés, apprend-on (après maints efforts pour tenter de le joindre). Peut-être qu’Azumah était pour lui le point d’orgue d’une existence passée, qui n’a plus tellement lieu d’être. Et pourtant, ce Long Time Ago, il aurait pu en cultiver la musique toute sa vie. C’est que l’album a quelque chose d’intemporel. On y entend la nature et la spiritualité, une sorte de cérémoniel glorifiant des « esprits ancestraux africains » tel que le musicien-chanteur l’annonce au début du morceau « Zamadlozi ». On y entend mbiras, marimbas et autres percussions qui témoignent à la fois d’un ancrage dans la terre et d’une forme d’élévation. Et il y a cet instrument aux cordes vibrantes à souhait, qui dit la nostalgie, qui dit quelque chose d’un échange avec le bleu du jour ou de la nuit, dont s’échappe, par conséquent, un blues joué par des cordes éclairées par le clair de lune. Et cela, au beau milieu d’éléments naturels, de la verdure couvrant la roche aux jacarandas ou marulas. Smiles Makama a donné un nom à cet instrument : le « smilophone ». 

Entre soleil et lune, une cérémonie 

C’est cet objet de près de deux mètres, inspiré de l’instrument traditionnel qu’est le makoyane, fabriqué à partir de bambou, de branches d’acacia et de morceaux de pneu usé, qui apporte à la musique d’Azumah cette dimension claire obscure, où le blues s’étire jusqu’à une sorte de funk-rock psychédélique. Aussi, ça groove par endroits. Il y a aussi cette flûte ensorcelante, cet ensemble de percussions disposées couche par couche et qui s’expriment avec parcimonie. Et puis il y a les voix. Habitées. Celle de Smiles, shaman qui conduit le cérémoniel suivi par un chœur qui, encore, appelle, interpelle, répète à l’envi ce qui s’écoute comme des versets ou des sourates dans quelques morceaux à l’aspect liturgique. À l’époque, le coproducteur du disque, David Marks, parle de « magie opérée par Smiles Makama ». Une magie qui fait office de répit à une terrible époque pour les Sud-africains. Long Time Ago est une suite de morceaux rituels, sur lesquels on ne peut se laisser aller qu’à une seule chose : se libérer des affres de sa condition, célébrer ses identités (peu importe lesquelles), communier avec ses ancêtres, reconnaître le passé, imaginer un avenir radieux. Ce sont là tous les éléments de la transe que provoque la musique d’Azumah. Long Time Ago ? Un disque « solaire-lunaire » tout indiqué pour les méditations transcendantales.

Azumah, Long Time Ago, réédition de 2020 disponible chez Nyami Nyami Records.

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