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The Pan African Music Magazine
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Nkumba System : l’Afro‑Colombie à la conquête du (système) monde

La Colombie est devenue un carrefour des mélodies afro-latino. En reliant Douala à Baranquilla et Bogota via Marseille, Nkumba System en est devenu l’une des routes les plus passionnantes, qui télescope le highlife, la rumba zaïroise, le makossa et le currulao ou la guaracha ! Rendez-vous sur le dancefloor.

Plus qu’un groupe, Nkumba System est une petite utopie en soi. C’est un lieu musical imaginaire, habité par des musiciens dont les passeports camerounais, français ou colombiens se retrouvent gratifiés d’un visa à entrées multiples : celui de l’exploration joyeuse et festive des cousinages et des aller-retour rythmiques, historiques et mélodiques entre l’Afrique et la Colombie qui, rappelons-le, est la plus grande terre de diasporas africaines d’Amérique latine, après le Brésil ! 

Nkumba, nombril du monde afro

Le groupe a pourtant été formé par un Français, en 2018. « J’ai voulu l’appeler Nkumba System parce que “Nkumba” c’est un mot qui vient d’Afrique centrale qui veut dire le « centre, le nombril »», explique Guillaume Cros, qui est parti vivre à Bogota. « Nkumba aurait donné naissance au mot “cumbia” et au mot “rumba” qui veut dire la fête en Colombie ! Le projet de Nkumba System c’est donc de jouer sur les aller-retour incessants entre l’Afrique et l’Amérique latine. Il y a bien sûr des similitudes musicales très fortes entre les deux continents, comme la clave, mais ce qui change souvent c’est l’organisation de ces systèmes, d’où l’idée d’ajouter le mot “system” à Nkumba pour nous définir. » 

Guitariste né à Marseille, Guillaume est arrivé en Colombie en 2014 avec un CV éclectique : une jeunesse sur les scènes épicées de Marseille et dans des groupes folkloriques, de multiples voyages, des compositions pour le théâtre et le cirque contemporain. Pourtant son véritable passeport pour pénétrer dans l’univers tropicalisé en pleine ébullition de la scène explosive de Bogota fut… le bikusti, un genre typiquement camerounais que Guillaume Cros a apprivoisé quand il jouait avec le rossignol du Cameroun, l’immense Mama Ohandja !

« Ce n’est pas facile de se faire une place en tant que musicien français dans une ville de 10 millions d’habitants comme Bogota », se souvient Guillaume. « Il y a énormément de bons musiciens. Pour moi, avoir passé du temps dans les clubs du Cameroun et surtout avoir appris à jouer de la guitare camerounaise a clairement été mon passe-partout ! » Cet atout guitaristique était bien majeur puisqu’en Colombie, bikutsi, soukouss, highlife et autre afrobeat nourrissent la création musicale, depuis que la champeta est devenue un genre à part entière dans le pays (voir notre série d’articles avec Luca Silva et son fabuleux label Palenque Records qui a sorti plusieurs titres de Nkumba System). Ce genre définit aujourd’hui par extension les musiques afro-colombiennes modernes influencées par des rythmes africains. Et comme dans le reggae, aujourd’hui, il existe un arc-en-ciel de productions champeta, qui va de la plus roots à la plus commerciale, celles qui rendent sincèrement hommage au continent ou pillent le patrimoine, comme le fit Shakira, la star de Baranquilla, en recyclant « Zangalewa », tube camerounais de 1986 pour en faire « Waka Waka (This Time for Africa) », l’hymne de la coupe du monde de 2010.

Sous l’Atlantique noir, la fibre

Dans tous les cas, le son africain irrigue bien la jeune scène de Bogota depuis de nombreuses années déjà. « En 2006, quand j’ai commencé à jouer La Makina del Karibe, un groupe qui commençait à marcher fort à Bogota, on utilisait des éléments de la musique congolaise — particulièrement du soukouss, mélangés à des rythmes de musiques traditionnelles de la côte Caraïbe colombienne », raconte Jhon Socha, le bassiste de Nkumba System, et DJ spécialisé dans les sets afro. « En arrivant dans ce groupe, je ne savais pas vraiment comment intégrer mes lignes de basse sur ces rythmes. Alors je suis allé dans les cybercafés chercher des vidéos sur YouTube. Le débit n’était pas génial et ça coûtait encore cher à l’époque, mais c’était une fenêtre incroyable qui s’ouvrait pour moi : j’ai découvert Diblo Dibala, Kanda Bongoman, Pepe Kalle, Werrason, et surtout Aurlus Mabélé ! Puis toute cette galaxie de musiques du Nigéria, Ghana, Congo, Cap-Vert, Sénégal, ou du Cameroun a continué à me nourrir jusqu’à aujourd’hui… »

Jhon Socha a rencontré Guillaume Cros, au sein d’un autre groupe hyperactif de Bogota, Romperayo, qui dynamite les multiples racines musicales colombiennes à coup d’humour et de solos psychédéliques et festifs. 

Depuis la crise sanitaire, les deux piliers du groupe ont quitté la Colombie pour le sud de la France, où ils ont été rejoints dans le groupe par un vieux comparse de Guillaume Cros : le génial Simba Daniel Evousa, ex-leader des Zombis de la capitale, une autre formation légendaire de bikusti.

« Quand on me dit qu’aujourd’hui en Colombie on fait de la musique africaine, ça ne me surprend pas », explique le légendaire guitariste, aujourd’hui installé à Marseille. « En Afrique, on écoute tout. J’ai passé ma jeunesse à danser et à jouer de salsa et de la rumba ! On dit que le Cameroun c’est le monde en miniature. L’univers dans lequel je suis né, c’est vraiment le monde en miniature, alors avec un tel héritage, je peux m’adapter à tout type de musiques ! Mais c’est vrai que je me suis tout de suite retrouvé dans les morceaux de Nkumba System ! Il y a un air de rumba ! »

Guillaume Cros de Nkumba System
Des racines pour tous

Même si la crise a amputé le groupe d’une grande tournée et de projet divers, — dont une création avec Mamani Keita au festival Jazz Tropicante, un laboratoire de création musicale franco-colombien monté par la chanteuse du groupe Mariazu, le groupe continue d’explorer les multiples rhizomes qui relient l’Afrique à la Colombie depuis la France. Et Nkumba System a même invité la chanteuse Mamani Keita à participer à leur nouvel album. Sur « Paisano », l’univers mandingue de la diva installée à Paris, épouse un rythme typique de la côte pacifique colombienne. « Ce morceau, « Paisano », parle littéralement de celui qui est de sa terre », commente Guillaume Cros. « La chanson dit : toi seul connais la valeur de notre terre, mais elle évoque aussi cette espèce de grand écart qu’on peut connaître parfois entre le plaisir d’être de quelque part et en même temps cette envie d’aller toujours voir ailleurs, au-delà de l’horizon. C’est un sentiment que je connais bien, et Mamani Keita qui vit en exil aussi je crois ! » En écoutant Nkumba System, on se rend bien compte qu’il ne faut pas aller bien loin pour retrouver des racines aussi inconnues qu’enfouies : au bout du monde et au bout de soi-même… et surtout au bout de la sueur sur les pistes de danse.

Bailalo Duro, disponible sur Bandcamp.

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