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Okwy Osadebe : Igbo highlife de père en fils
© Palenque Records

Okwy Osadebe : Igbo highlife de père en fils

Le fils de Chief Stephen Osita Osadebe, héros du highlife nigérian décédé il y a quinze ans, a mis ses pas dans ceux de son père pour perpétuer son héritage musical. Avec brio. Igbo Amaka, son dernier album, est paru chez Palenque Records.

Comme souvent, en Afrique, le nom est la première carte d’identité de l’enfant qui naît. Il peut rappeler un événement survenu l’année de la naissance, indiquer un signe distinctif, ou entourer le nouveau-né de souhaits et bénédictions destinés à l’accompagner durant toute sa vie sur terre. Okwuchuku Osadebe n’y a pas échappé : son nom – abrégé d’une formule plus longue – signifie « que la parole divine se réalise ». Son nom de famille, Osadebe, « Que Dieu le garde en vie » redouble ces bénédictions et a été rendu célèbre par son père, Chief Stephen Osita Osadebe, l’un des monuments du highlife nigérian, auquel il sut insuffler des éléments issus des traditions Igbo qui feront son succès. C’est de lui, sans conteste, que ses fils – dont Okwuchuku dit « Okwy », ont hérité. 

« Dr of Hypertension »

L’homme, né en 1936 dans le sud du Nigéria, sera nommé « Doctor of Hypertension » pour les vibrations bienfaitrices qui émanaient de sa musique. Il avait fait ses premières armes dans son village natal d’Atani, tout au sud du Nigéria, et avait poursuivi son apprentissage au lycée d’Onitsha, avant de rejoindre Lagos pour s’adonner complètement à la musique. Au grand dam, évidemment, de ses parents : 

« A cette époque, si tu disais à tes parents que tu voulais devenir musicien professionnel, ils te disaient : What?!! Qui peut vivre de sa musique? Personne autour d’eux. C’était comme trahir la confiance que ton père avait placée en toi » raconte Okwy, joint au téléphone aux États-Unis, dans le Connecticut où il habite.

Chief Stephen Osita Osadebe © Palenque Records

Mais Osita Osadebe est persévérant : à Lagos, il joue avec EC Arinze ou Victor Uwaifo dans l’Empire Rythm Orchestra, puis plus tard avec le trompettiste Zeal Onya. Autant de légendes qui feront la renommée des nuits de Lagos, qui compte alors d’innombrables clubs. Il n’est pas seulement un bon chanteur, mais aussi un excellent compositeur et arrangeur qui gagne le respect de ses pairs qui le désignent pour être bénéficiaire d’une bourse d’étude en URSS, afin de se former au syndicalisme et de contribuer à la structuration d’un syndicat des musiciens au Nigeria. Ce sera chose faite dès son retour au pays, au début des années 60.

Tout en continuant ses collaborations avec les orchestres cités, sans oublier le Central Dance Band de Stephen Amache, il finit par gagner de quoi acheter des instruments -étape incontournable pour avoir son orchestre- et fonde son propre groupe, les Sound Makers. C’est alors qu’il déploie tout son génie créatif, et compose un nombre invraisemblable de chansons – on lui en prête au moins 500, dont la moitié gravée sur des albums publiés parfois au rythme de quatre par an. La guerre du Biafra (1967-1970), qui touche durement sa région d’origine, marque aussi la fin de la domination du highlife à Lagos, bientôt supplanté par la juju music et l’afro beat. Pas de quoi décourager Osita, qui continue de tourner et s’exporte aussi à l’étranger (en Angleterre notamment) et signe des hits comme « Osondi Owendi » en 1984, qui demeure un classique des musiques modernes nigérianes. Son dernier disque, paru en 1996, a été enregistré pendant une de ses tournées aux États-Unis, où il posera ses bagages avant de s’éteindre finalement le 11 mai 2007, dans le Connecticut. C’est là que vit Okwy, l’un de ses fils, qui prendra peu après la relève. 

Pochette Chief Osita © Palenque Records
Okwy : Un héritage à perpétuer

Comme ses autres frères et soeurs, Okwy a d’abord grandi au Nigeria où, bien que vivant dans la grande ville d’Onitsha, il se rendait tous les week ends au village dont son père était originaire, et où le grand-père Obi Osadebe (surnommé « la plume de poulet » tant il dansait avec une frémissante légèreté) les attendait pour les initier aux cultures, musiques et danses traditionnelles igbo. Un patrimoine qui lui servira. Très vite, on remarque ses talents de danseur – quand à la maison, son père reçoit des amis et qu’Okwy se met à danser, on lui lance des billets que sa mère, confie Okwy, s’empressait de ramasser.

Musiciens d’Okwy © Palenque Records

Dès l’âge de huit ans, il accompagne les shows de son père, rejoint par sa sœur cadette, d’abord pour danser, puis pour chanter. Son frère aîné assure déjà au chant les premières parties. Vous l’avez compris, le goût de la musique, et du Igbo highlife en particulier, court comme le sang dans les veines de la famille.
En 2009, deux ans après la mort de son père, Okwy monte son premier groupe de highlife aux Etats-Unis, en recrutant de bons musiciens qui ne sont pas Nigérians (les instrumentistes nigérians ne courant pas les rues dans le Connecticut) et sort son premier EP en 2015. 

« J’avais un héritage à préserver, explique Okwy. C’est mon héritage, il court dans mes veines et me pousse à le perpétuer. Mon père a réalisé tant de choses que si je ne continuais pas, j’aurais l’impression de décevoir ma famille, l’esprit de mon père, et de mes ancêtres. Voilà une des choses qui me motive. »

Ce nouvel album, Igbo Amaka ( que l’on pourrait traduire par « Magnifique Igbo »), huit ans plus tard, a été enregistré entre le Nigéria et les États-Unis, après nombre d’aller-retours de fichiers : Okwy a envoyé les mélodies et rythmes, les musiciens au Nigéria ont répondu en les jouant, lui a posé ses voix, etc…). On pourrait craindre que le résultat ne sonne plat, mais il n’en est rien. Okwy s’y présente en fidèle héritier de son père Osita, dont il reprend la passion pour les cuivres et les pédales wah-wah, les rythmes et les choeurs igbo qui ont fait la signature du highlife à la sauce Osadebe. Comme son père, il aime manier les proverbes du village pour les faire résonner avec l’actualité. Il suffit d’écouter son morceau « Dozie Obodo » – ou plutôt d’en voir le clip, qui a la bonne idée d’être sous-titré – pour s’en rendre compte.

Il s’ouvre par des sentences générales issues de la sagesse populaire comme « n’attend pas qu’ils te supplient à genoux pour aider ceux qui en ont besoin », pour comprendre, au fil de la chanson, que cette référence s’applique entre autres et surtout  au dirigeants de son pays devenus « aveugles à force de cupidité ». Et la longue litanie des maux du Nigeria de s’étaler : manque d’infrastructures, de routes, d’hôpitaux… Okwy faisant bien comprendre que les élites ne s’en sont guère souciées, puisqu’elles partaient se soigner en Occident. Mais quand le Covid est venu, les frontières se sont fermées… et il ne restait plus à tous ceux-là que le Nigéria, et ses hôpitaux à l’abandon. Tout cela chanté avec la plus douce et la plus posée des voix : on pourrait croire à une chanson d’amour, mais c’est avec ce ton-là qu’Okwy lance ses commentaires tranchants.

Ce qu’il dénonce est sans doute plus vrai encore dans sa région natale qui ne s’est jamais vraiment remise de la guerre du Biafra. « Le Sud-Est tout entier a été dévasté : les infrastructures, l’économie, des millions de vies perdues… raconte Okwy. Et à la fin de cette guerre sans vainqueur ni vaincu, le gouvernement nigérian était censé reconstruire. Mais il ne l’a jamais fait. La guerre a entraîné un recul considérable pour tout ce qui concerne la région, y compris la culture ». C’est aussi l’un des enjeux de cet héritage légué par un père à ses enfants. Rendre à cette région sa fierté en faisant connaître son génie musical. Ce que le label colombien Palenque Records s’évertue à faire en fouillant cet héritage et en produisant ceux qui le perpétuent – on se souvient de la sortie l’an dernier du disque des Oriental Brothers menés par Dan Satch. Tous ces enjeux, Okwy bien sûr les a bien compris : il sait qu’Osadebe signifie « que Dieu le garde en vie ». Cela s’applique à sa famille, tout autant qu’au highlife dont il a hérité.

Igbo Amaka de Okwy Osadebe maintenant disponible via Palenque Records et Odogwu Entertainment

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