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Oriental Brothers : 50 ans, et un nouveau disque pour fêter ça !

50 ans après son premier disque, le célèbre orchestre de Igbo Highlife, originaire de l’est du Nigeria, est de retour avec un nouvel album studio. L’orchestre doit cette résurrection à la tenacité de son leader Dan Satch, et au label Palenque Records.


Écouter O Ku Ngwo Di Ochi (le tireur de vin de palme), le nouvel album des Oriental Brothers International band, c’est se replonger dans une époque. Celle qui succéda à la terrible guerre du Biafra qui, de 1967 à 1970, décima plus d’un million de personnes dans l’est du Nigeria. Si ce traumatisme ne s’est jamais complètement effacé des consciences et si les fantômes sécessionnistes hantent encore régulièrement l’actualité, le son de ce groupe qui a forgé le highlife à la sauce Igbo (la population majoritaire du sud-est nigérian) incarne résolument l’esprit de fête et d’optimisme que le retour de la paix rendit possible. Ce son particulier, qui puise aux rythmes du terroir et tisse d’incroyables filets rythmiques grâce à ses 5 guitares (quatre plus une basse), a été respecté dans la production de ce disque, qui a su garder l’authenticité des années séminales du groupe – les années 70 et 80. Car c’est là l’époque où le band fondé par Dan Satch Opara publie l’essentiel de ses disques (le premier en 1973), dont certains, par les miracles et les circulations  mystérieuses qui relient les deux rives de l’Atlantique noir, vont finir 20 ans plus tard sur les platines des picos, les sound-system typiques du nord de la Colombie, terre d’élection de la champetta, marmite magique où se recyclent les musiques africaines pour en faire des hits d’ « Africolombia ». Un nom qu’affectionne Lucas Silva, le fondateur de Palenque records, qui justement découvrit les Oriental Brothers International Band dans les sound systems de Cartagena. Remixés à la sauce colombienne, leurs morceaux étaient devenus des tubes de la champetta, sous le nom de « la pijama de mi abuelo », ou « echale agua a la moto « . Autant dire que lorsqu’il s’est aperçu que l’orchestre existait toujours, avec à la manœuvre son père fondateur, Lucas Silva s’est rué sur son téléphone et a pris contact avec lui.

Oriental Brothers International Band (Nigeria) in Studio, recording New album with Palenque Records
Trois frères et cinq doigts de la main

Ferdinand Dan Satch Chukuemueka Opara était toujours là, fidèle au poste, dans sa ville d’Oweri, située à mi-chemin entre Port-Harcourt et Onitsha. C’est à lui qu’on doit la fondation de groupe qui depuis 1973, ne s’est jamais arrêté de jouer, malgré le temps, malgré les querelles et dissidences qui l’ont affaibli dès la fin des années 70, quand le guitariste Kabaka et le chanteur Sir Warrior partirent fonder chacun leur band. Et si leur chemin se croisera plusieurs fois, les trois ne seront plus jamais aussi unis, aussi frères qu’ils ne l’étaient dans ce groupe pionnier dont Dan Satch a gardé les clefs. Lui-même, qui officiait comme mécanicien auto, s’était lancé contre l’avis de ses parents, promettant qu’il reviendrait à son métier. Peine perdue, comme le dira la suite de l’histoire : le noyau d’un premier orchestre formé, il emmène les musiciens à Kano –la grande ville du Nord- pour une tournée. Mais les promesses du promoteur n’étaient que… des promesses, ce dernier promet (encore) de rattraper le coup en amenant le groupe à Lagos où c’est sûr, il leur trouvera une bonne place dans un club. Après quelques concerts, l’orchestre se retrouve à nouveau à sec, et le bec dans l’eau. Tout le monde veut rentrer dans l’Est. Mais même pour cela, il faut des moyens. Dan Satch jure de trouver un plan pour qu’ils puissent gagner, en jouant, de quoi payer leur transport de retour. Ils finissent par élire résidence à Ikeja dans un des petits hôtels de la place, dont ils animent les soirées. Surtout, ils entrent en studio pour enregistrer leur premier disque qui paraît sur Afrodisia, un des labels de la maison Decca. C’est alors, car il leur faut bien un nom, que Dan Satch Opara choisit les Oriental Brothers, en référence à leur région d’origine, et aux trois frères qui mènent le groupe (lui-même, Kabaka et Sir Warrior). Et c’est précisément ce trio magique qui fera les grandes heures de la formation.

Gloire et tribulations

Les quatre années qui suivent sont dorées, et le groupe enchaîne les titres à succès à tel point que les appétits de leadership prennent le dessus, invitant la discorde au sein du groupe. Kabaka notamment, guitariste virtuose, ne supporte plus d’être mis en avant comme leader du groupe dont il est le chef d’orchestre (voire pochette ci-dessous), alors que c’est Dan Satch qui en est le véritable boss. En 1977, il est le premier à partir pour fonder son propre orchestre, bientôt suivi pas Sir Warrior, qui deviendra la grande star du igbo highlife, en le préparant avec sa propre sauce. Cette séparation, Dan Satch en avait eu l’intuition lorsqu’il composa « Ebele onye uwa », une chanson qui raconte “comment des gens complotent pour le démantèlement de l’orchestre, dont la réussite leur déplaisait » explique le vieux leader. Le trio majeur ne se retrouvera en studio qu’à deux reprises, en 1987 et 1996, avant que Sir Warrior ne décède en 1999. Quant à Godwin « Kabaka » Opara, il est toujours vivant et vit très modestement dans son village. Palenque Records a réédité l’un de ses meilleurs disques le mois dernier. Quant à Dan Satch, bien qu’ayant réussi à maintenir l’orchestre –où figure toujours, comme aux débuts du groupe, le percussionniste Aquila- il déplore avoir été oublié par le pays, et en particulier par le gouvernement qui n’a jamais reconnu l’importance de cet orchestre, capable de ramener la joie après les terribles années de guerre. Un reproche qui existait déjà dans la chanson « Iheoma Adighi Onye Oso » qui rappelait que si tous les fonctionnaires avaient reçu la « prime Udoji » revalorisant les salaires, les Oriental Brothers qui faisaient tant pour la concorde restaient ignorés, sans aucune prime à l’horizon. 

Oriental Brothers International Band – Live in Owerri Nigeria 2022 – New album with Palenque Records

Lucas Silva, le boss de Palenque Records, n’a pour l’instant pas réussi à se rendre physiquement à Owerri, vu la situation sécuritaire dans l’état d’Imo et dans toute cette région du Nigeria, mais il a tout de même réussi avec l’aide de ses partenaires nigérians (comme Odogwu entertainment), à ramener Dan Satch et ses Oriental Brothers en studio, pour cinq titres qui, comme l’assure le leader, « sont capables de soigner l’hypertension et même… de ressusciter les morts ». Pour les morts, il est un tôt peut tôt pour dire, mais pour le reste il est certain que ce highlife à la sauce Oriental est le meilleur des remèdes à la crise et à la morosité.

Écouter O Ku Ngwo Di Ochi.

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