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The Pan African Music Magazine
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BBE réédite deux albums du mystérieux Victor Chukwu

Le label britannique donne une seconde vie aux albums Akalaka et The Power, enregistrés par Victor Chukwu, figure du highlife igbo. John Armstrong, curateur des rééditions Tabansi, nous donne quelques éléments de contexte.

Enregistrés à cheval entre la fin des années 70 et le début des années 80, les disques Akalaka et The Power sont devenus tout aussi introuvables que les informations concernant leur géniteur. Chanteur et saxophoniste, Victor Chukwu – décédé depuis plus de 20 ans – n’a presque pas laissé de trace de son highlife spirituel, si ce n’est une poignée de LPs aujourd’hui vendus sur Discogs pour quelques lingots. 40 ans plus tard, BBE propose de ressusciter ce condensé d’ondes positives avec une double réédition composée de sept longues chansons qui prônent la fierté, la dignité et l’identité du peuple igbo, à l’image du morceau ci-dessous que nous vous offrons en avant-première. Le journaliste John Armstrong nous partage une tranche de culture au sujet de ces guitar-bands de l’est du Nigéria et de la controverse pacifique entre le Ghana et le Nigéria pour l’appropriation du genre highlife. 

Uncle Victor Chuks & The Black Irokos – Nwanne Bu Nwanne

« J’ai récemment vu plusieurs débats faire rage sur les réseaux sociaux, sur des fils de discussion de mélomanes d’Afrique de l’Ouest – pour la plupart bienveillants – au sujet des origines du highlife. Parfois, les Ghanéens « accusent » avec légèreté les Nigérians de s’approprier « leur » musique, mais franchement, tous les musiciens nigérians avec qui j’ai parlé identifient volontiers le Ghana comme le berceau du highlife et l’inspiration du highlife nigérian, en particulier les styles igbo du sud-est.

L’influence du Ghana sur les guitar-bands nigérians a été considérable depuis le début, à la fois sur les groupes de juju dans l’ouest et sur les groupes de Palm-Wine music (guitare acoustique/percussions) dans le midwest et l’est. Dès les années 30, les groupes de percussions du peuple Konkomba du Ghana partaient en tournée au Nigéria, puis en 1935, le légendaire orchestre Cape Coast Sugar Babies du Ghana et l’Axim Trio a également tourné, suivi au début des années 1950 par le grand orchestre E.T.Mensah & the Tempos et le groupe E. K. Nyame.

L’influence de Mensah était probablement la plus importante, inspirant des groupes yorubas dirigés par Bobby Benson, Victor Alaiya, Roy Chicago, Victor Uwaifo et d’autres, ainsi que des groupes igbo de l’est nigérian comme Rex Lawson, E.C. Arinze et Zeal Onyia. Zeal s’est en fait rendu au Ghana au début des années 50 et a joué dans le groupe de Mensah (pour en savoir plus, voir mes notes sur la réédition de BBE de « Trumpet King Zeal Onyia Returns »).

Mais alors que les années 50 filaient vers les années 60, le style highlife des guitar-bands igbo a pris de l’importance, avec son line-up dépouillé de basse / guitare électrique / percussion, parfois augmenté d’une section de cuivres. Plus tard, Oliver De Coque y ajouta une touche distincte de guitare soukous congolaise, et c’est cette succession d’événements qui a finalement donné naissance à un genre highlife igbo totalement caractéristique. Ce style était particulièrement apprécié par les « picoteros », les soundsystems de champeta des carnavals colombiens. Les raretés igbo highlife telles que l’Akalaka de Victor Chukwu s’y échangeaient pour des sommes d’argent énormes, pour être reprises plus tard – à la manière des raretés Northern Soul et des dubplates reggae – mais avec des titres espagnols, comme ce titre de Victor :

El Estafador / Oge Chukwu

Après la guerre féroce et sanglante du Biafra, la musique Juju a commencé à remplacer le highlife dans le nord (principalement yoruba), mais le highlife est restée populaire dans le sud. Les très influents Rivermen de Rex Lawson ont changé leur nom en Professional Seagulls après la mort de Rex.  Celestine Ukwu and his Philosophers National ont maintenu un style highlife plus mélancolique, tandis que Sonny Okosun ajoutait de temps à autre un peu de reggae. Chief Stephen Osadebe, Goddy Ezeke et Eddie Akonta ont conservé le solide style highlife Igbo avec des cuivres occasionnels (Okonta était lui-même trompettiste), tandis que Godwin Kakaka and his Oriental Brothers ont sublimé le son des guitar-bands, conduisant finalement au mondialement célèbre « Sweet Mother » de Prince Nico, pierre angulaire de la guitare Igbo highlife.

Pendant tout ce temps, Oncle Victor a continué à tourner sans interruption. Ses disques sont rares, les sorties sur Tabansi ainsi qu’ un LP sorti sur JetStar sont les seuls que nous connaissons.

Oncle Victor Chukwu – alias Chuks, Actor Victor – est décédé en silence il y a près d’un quart de siècle.  Aujourd’hui, on s’en souvient à peine, même chez les collectionneurs et les fans inconditionnels d’Igbo highlife. Et pourtant, ses quelques enregistrements sont là-haut aux côtés des 45 LPs de Stephen Osadebe et des quelques 70 albums d’Oliver De Coque, à mon humble opinion. »

John Armstrong

La réédition sera disponible dès le 6 novembre. Précommandez-la ici.

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