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The Pan African Music Magazine
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Dans les disques de Franck Descollonges : musique des Antilles Vol. 2

Cet été encore, le patron du label Heavenly Sweetness nous écrit pour partager les trésors de sa discothèque. À lire et écouter sans modération. Aujourd’hui, direction les Antilles.

C’est la fin de l’été, le moment de se quitter (en musique) et de faire un dernier voyage, vers les Antilles cette fois, et plus particulièrement la Guadeloupe. Tout comme l’année dernière, j’ai eu beaucoup de mal à faire une sélection parmi la production foisonnante de ces îles d’outre-mer et les nombreux vinyles de ma collection. J’ai finalement choisi des albums et artistes emblématiques de cette musique, et si l’année dernière la sélection était plutôt jazz et cadense, cette saison ce sera plus funk et gwo ka, avec des albums complets, qui s’écoutent avec plaisir de bout en bout.

KASSAV’ — Lagué Moin (1980)

Difficile de parler de musique des Antilles sans parler de KASSAV’, tant ce groupe a fait rayonner cette culture aux quatre coins du globe depuis maintenant quarante ans. Après avoir eu la chance de les voir en live, c’est à mon humble avis, un des plus grands groupes français en activité, il y a peu d’artistes à ce niveau musical et d’intensité de show.

Mais revenons à cet album qui est le deuxième sorti sous le nom KASSAV’, projet initié par Pierre-Edouard Decimus (précédemment bassiste et fondateur des Vikings de la Guadeloupe) et Freddy Marshall (chanteur, musicien et producteur guadeloupéen), épaulé par (à l’époque) un jeune arrangeur / guitariste, Jacob Desvarieux.

L’ambition du projet est de moderniser la musique antillaise en mariant ses rythmes et traditions avec le funk et disco US, largement diffusé à l’époque par les radios internationales dans toutes les Antilles. 

Sur ce deuxième album, les expérimentations sonores vont plus loin que sur leur album Love and Ka Dance et on entend  la genèse du son KASSAV’ (et du zouk) qui feront leur succès international. La production n’est pas encore aussi digitale, mais les lignes de basse des frères Decimus font déjà des miracles, les synthétiseurs sont bien présents et les mélodies vocales sont diablement efficaces (grâce notamment aux sœurs Beroard). Avec en prime des cuivres superbement arrangés et bien funky, et évidemment, la guitare de Jacob Desvarieux.

Dès le titre d’ouverture « Lagué moin », la couleur du groove est donnée et surtout ce disco funk ne ressemble à aucun autre, il est typiquement créole ! On enchaîne directement avec le sommet de cet album, le titre « Soleil », un OVNI sonore, un titre plus lent, mais pas moins dansant, avec une rythmique hypnotique. Un morceau d’une incroyable modernité qui sera repris dans une version différente plus tard par le groupe et deviendra un gros tube. Le reste de l’album alterne titre uptempo et morceaux plus lents, toujours aussi groovy et toujours aussi efficace.

Avec cet album, la musique antillaise fait une entrée fracassante dans les années 80 et sa modernité synthétique, tout en restant profondément ancrée dans la tradition.

Erick Cosaque et Les Voltages 8 — Gros Ka – L’arme de défense du peuple guadeloupéen

Sur cet album on va quitter la piste de danse et les clubs pour aller au cœur de la musique guadeloupéenne : le gwo ka et ses percussions.

Erick Cosaque, musicien emblématique des Antilles, est un ferveur défenseur du gwo ka et de la tradition musicale guadeloupéenne. Un activiste qui est toujours resté indépendant. Nous lui avons d’ailleurs consacré une anthologie l’année dernière (Chinal Ka 1973 – 1995).

Dès la pochette, le ton est donné et il est revendicatif « Gros-ka : l’arme de défense du peuple guadeloupéen », avec le « papillon » de la Guadeloupe enchaîné à la carte de France. Certaines chaînes étant brisées par des dates emblématiques de la contestation en Guadeloupe (lutte de Delgrès contre le rétablissement de l’esclavage sur l’île en 1802, abolition de l’esclavage en 1848 et émeutes de 1967 réprimées dans le sang…).

Tout au long de l’album, Cosaque va dénoncer l’inégalité de la société de son île, la frilosité des producteurs et éditeurs locaux qui n’osent pas faire entendre la parole révoltée d’artistes comme lui et déclamer ses idées indépendantistes.

Musicalement, aux percussions et chants typiques gwo ka, Erick ajoute des instruments jazz (piano, guitare et saxophone fulgurant de Edouard Labor), mais aussi des chœurs féminins. Une fusion étonnante qu’on peut rapprocher de  groupe comme Gwakasonné ou Ka levé, figures de proue du « gwo ka moderne ».

Sur le titre l’emblématique « L’heureux Noir » on est dans le « protest jazz », dans la droite ligne d’une Colette Magny ou d’Alfred Panou, « je suis un sauvage ». J’en profite pour vous recommander dans la même veine,  l’écoute de la belle compilation réalisée par Rocé : Pour les damné.e.s de la terre.

Luc-Hubert Séjor ‎— Mizik Filamonik – Spiritual Sound (1979)

On va rester dans les percussions gwo ka, mais dans une ambiance beaucoup plus douce sur cet album. Comme l’indique la mention sur la pochette, on est dans le « spiritual sound ». Ici on peut carrément parler de  voyage mystique ! Exactement le type d’album que j’adore, une rencontre improbable et osée entre le gwo ka et le spiritual jazz, avec des synthés et surtout… beaucoup de flûte !

Une douceur céleste qui fait écho au nom de mon label, mais aussi aux disques africains dont je vous ai parlé au dernier épisode. Cet album est d’une incroyable finesse dans les percussions, mais aussi dans le chant et les thèmes de flûte, et le titre « Pein e Plezi » est magnifique. La face B est une longue suite en trois parties avec percussions, chant et boula-gueule de Luk Hubert.

À noter qu’on retrouve aux percussions, un jeune Roger Raspail, fidèle collaborateur du label depuis des années, avant qu’il ne vienne s’installer à Paris.

Détail amusant la pochette est un dessin de Jocelyne Beroard, chanteuse de KASSAV’.

La boucle est donc bouclée je vous laisse en musique avec les playlists sur Deezer et Spotify et j’espère vous retrouver l’année prochaine.

Bonne rentrée à tous et restez safe !

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