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The Pan African Music Magazine
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Bongeziwe Mabandla : jours de grâce 

Après avoir posé les fondations de sa folk lumineuse sur Umlilo (2012) puis Mangaliso (2017), l’élégant Bongeziwe Mabandla est de retour avec iimini,les jours” en xhosa : un chef d’œuvre d’épure, de grâce et d’équilibre. 

Photo : Black Major/Bongeziwe Mabandla

Des jours avec et des jours sans. Comme autant de saisons amoureuses, le disque revient en douze titres sur le cycle complet d’une histoire passionnelle. Sur les réseaux sociaux, le musicien explique : “iimini débute avec une rencontre, les sentiments évoluent (…) et les dernières chansons parlent de la fin d’une relation, des liens qui se dénouent et de la séparation de deux personnes qui étaient pourtant des âmes sœurs.” Ici cependant, ni pathos ni sentimentalisme : l’amour est éclatant (“masiziyekelele”), la douleur digne (“bambela kum”), les souvenirs tendres (“isiphelo”) Et tandis qu’il se met à nu, Bongeziwe Mabandla excelle dans l’art de l’essentiel. 

Dans iimini, tout est musical. À l’authenticité de sa folk maskandi* viennent s’ajouter des orchestrations très raffinées, des chœurs et des percussions minimalistes, le tout subtilement enveloppé par des textures électroniques composées sur-mesure par le mozambicain Tiago Correia-Paulo (Tumi and The Volume, Continuadores) qui a, à l’instar du précédent, parfaitement réalisé l’ensemble du disque. Un écrin au service de ce véritable disque- bijou : la voix de Bongeziwe Mabandla qui chante l’amour comme on caresse le monde – très proche en cela de Justin Vernon ou de Blick Bassy. Conteur et songwriter de talent, Bongeziwe Mabandla fait aussi honneur à sa langue, le xhosa, dont il fait claquer saveurs et consonnes. Quant au récit, sensible et personnel, il pousse enfin la musique à épouser ses contrastes tout en affirmant son vocabulaire : folk cristalline, syncopes électro, rythmes zulu et ombres mélancoliques. Peu à peu, Bongeziwe Mabandla semble en effet se défaire de ses influences, aussi nobles soient-elles, Tracy Chapman, Jabu Khanyile ou Busi Mhlongo en tête. 
 


Mais le miracle du disque réside dans l’usage d’ambiances du quotidien, une matière du réel propre à sublimer ces chroniques amoureuses : rumeur de la rue, chants d’oiseaux, aboiements, brise d’été et trompette enjouée semblent pénétrer l’intimité des amants, heureux ou esseulés, par une fenêtre ouverte. D’ailleurs le monde de Bongeziwe Mabandla n’est pas une bulle hors-sol : habitué des collaborations – avec Spoek Mathambo notamment, il s’ouvre cette fois-ci au californien Son Little, invité parmi les glockenspiels de “
Ukwahlukana (#027)”. 

Avant de venir grossir les rangs des millenials branchés de Johannesburg, d’être lauréat des South African Music Awards avec Mangaliso en 2018 ou même de faire le tour du monde en tant qu’artiste majeur, Bongeziwe Mabandla a grandi à Tsolo, une petite ville rurale à 900 km de la capitale. Il aurait trouvé sa voix à l’église. Avec toute la grâce d’iimini et le titre “ndiyakhutanda” qui lui offre une conclusion belle comme une prière, on est en droit de supposer qu’une deuxième lecture du disque, plus spirituelle, est possible. L’amour, soleil divin ? Sans doute… cela dépend des jours.

*maskandi est un genre musical sud-africain originaire du Kwazulu Natal et diffusé dans les grandes villes par les travailleurs migrants originaires de cette région, s’accompagnant souvent, a minima, d’une guitare dont l’accord a été adapté.

Écouteiimini ici.

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