David Walters : le monde dans un rayon de soleil kréyol

Après de longues années à arpenter les terres de musiques, David Walters revient avec un nouvel album solo. Soleil Kréyol porte en lui toutes ses expériences électro-créoles 2.0 avec un groove imparable. PAM invite les Parisiens à l’écouter demain, en compagnie de l’artiste.

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde » disait le poète et philosophe martiniquais Edouard Glissant. Si David Walters chante en créole, c’est sûrement le fruit d’actions et de pensées égrenées au fil des années, du grand jardin du monde à celui de son quartier. « Le groupe marseillais Dupain m’a réveillé et éveillé, explique David. Les entendre chanter en Occitan sur des boucles électro-rock a déclenché quelque chose de très fort chez moi ! »  On peut donc mêler les langues de l’enfance à la musique du futur. C’est ce que fait David Walters depuis plus de quinze ans, depuis son port d‘attache, Marseille, petit bout de France avec « vue sur l’Afrique et le monde ». C’est là qu’il a installé son studio et sa maison qu’il quitte régulièrement vers les Amériques, l’Afrique ou l’Asie, pour se tremper dans cette «mondialité éclairée » chère à Glissant, où s’invente un espace où les cultures, le spirituel et le sensible luttent contre l’uniformisation et l’oubli. 

Multi-instrumentiste, DJ, homme-orchestre, producteur et globe-trotteur, David Walters donne l’impression d’être toujours en mouvement. Presque infatigable, il faut le voir filer avec ses machines, son clavier de cristal et son « étoile de David » sur le dos (deux instruments imaginés par les frères Baschet), en véritable athlète.


Coureur de fonds

Comme les Dieux du stade, il sait électriser les foules, passer de la longueur à l’endurance, du sprint au marathon, des poids à la hauteur, de la légèreté à la profondeur. Bref, il sait tenir le tempo, celui qui mène loin, avec le sourire, quelques soient les obstacles. Et pour cause… car David Walters se destinait à l’athlétisme. Il aurait pu devenir champion olympique si son corps ne l’avait pas lâché. Les heures d’entraînement, cumulées à ses petits boulots du soir, lui ont causé une blessure qui l’éloigne des pistes et le pousse à faire danser les autres. C’est à cause d’une « fracture de fatigue » que David Walters quitte les compétitions et qu’il va se diriger vers la musique. Une fois libéré de ses contraintes sportives, Walters se met à courir dans une autre direction, d’abord vers les platines, avant de rencontrer BNX, Dj et collectionneur, avec qui il fonde le groupe Zimpala. Trois disques et quelques voyages initiatiques au Togo et en Martinique plus tard, Walters sort son premier disque solo en 2006, un mélange hip hop électro soyeux pétri d’histoires afro-caribéennes qui hantent ses boucles futuristes. Produit par Philippe Cohen Solal du trio Gotan Project, l’album s’appelle Awa, qui veut dire « non » en créole. 

« C’est important de savoir dire non, explique David, pour éviter que l’histoire se répète, pour ne pas subir le fouet en fer qui frappait les esclaves. Plus symboliquement, dire non c’est se faire confiance et imaginer que refuser peut créer des opportunités meilleures. Aujourd’hui plus que jamais, il faut savoir se lever pour dire non, au nom du passé et de l’avenir! » . 

Dans son nouvel album, Soleil Kréyol, David convoque le passé, l’Histoire et les géographies créoles mais aussi le futur de métissages musicaux qui voyagent de l’afrobeat au kompa haïtien en passant par la soca, à grand renfort de dérives hip-hop ou électro indéfinissables, mais furieusement groovy. Le tout porté par sa poésie créole, cette langue de l’enfance, ce parler intime qu’il a entendu chez lui auprès de sa mère et de sa grand-mère martiniquaises. Walters a surtout inventé une langue qui entrechoque toutes ses influences créolisées par ses allers-retours (A Tribe Called Quest, Living Color, Marley, Fela, Hendrix, BPM, beatbox, etc.). Exporter cette poésie vers l’extérieur à travers la musique lui aura pris une trentaine d’années, et ce nouvel album lui ouvre de nouvelles portes de son histoire familiale, celles dont les silences et les absences hantent et fécondent les imaginaires sans bruit.

« Ce disque est très personnel, je l’ai écrit comme un film en imaginant la figure d’un immigré antillais à New York, dans les années 70, une ville et une époque que j’adore ! raconte David. Et c’est pendant l’écriture que ma mère m’a dit que mon papi Nelson, que je n’ai vu qu’une seule fois dans ma vie, avait émigré des Antilles à Manhattan. Il y est allé pour vivre son rêve de gosse. La journée il était cuisinier, et le soir il sortait dans les clubs pour jouer et faire des claquettes ! » 
 


Des rivages intimes à ceux de l’Atlantique noir 

Cette histoire familiale, qui lui tape affectueusement sur l’épaule porte ce disque, qui vogue bien au-delà de la Big Apple vers les rivages de l’Atlantique noir comme une suite logique au projet Nola is Calling, reliant le Nouveau Monde à l’Afrique, avec ici un pèlerinage tellurique et tubesque sur les terres de Fela en forme de duo avec Seun Kuti !

« Ma mère m’a élevé avec Fela et « Water No Get Enemy » raconte David, je voulais absolument inviter Seun Kuti, parce qu’il est authentique et capable de dire non ! Avant qu’il n’accepte, on a communiqué par WhatsApp. Je lui ai traduit le début des paroles que je chante en créole, qui disent en gros qu’on va sur la Lune, qu’on cherche de l’eau sur Mars, qu’on va faire le tour de l’Univers jusqu’au dernier Soleil, alors qu’ici on a pas d’eau potable ! Il a tout de suite dit oui, et il a même invité les cuivres de Fela à jouer. C’était fou pour moi !». Véritable ovni afro-caribéen, leur duo « Bwè Dlo » nous trempe dans une fièvre inédite, celle des vapeurs de rhum des carnavals et des cérémonies vaudoues. Ca commence par une senza électrifiée digne de Konono N.1 pour finir avec cette eau de feu et de vie qu’on crache sur les flammes pour convoquer l’au-delà et le passé… Puissant ! 

Dans ce disque, on croise aussi d’autres rejetons de la famille élargie de David Walters, notamment la chanteuse Célia Wa, le violoncelliste Vincent Segal et le trompettiste Ibrahim Maalouf, « des compagnons de routes qui m’ont beaucoup inspiré » dit Walters, mais alors que David avait fait de sa solitude aux machines et aux instruments une identité assumée, il a désormais trouvé un alter égo à la production et à la réalisation, Bruno Patchworks, qui lui a présenté les musiciens qui vont l’accompagner sur scène, notamment à Paris. De quoi ajouter quelques rayons à son soleil, et des compagnons pour danser avec les ombres et les lumières qui rendent plus beau et plus fort. Du disque à la scène, la croisière s’annonce belle.

Soleil Kréyol est prévu le 30 janvier prochain sur le label Heavenly Sweetness. Retrouvez-nous demain à la Release Party de l’album en compagnie de David Walters à Paris, chez Jean-Louis La Nuit.