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The Pan African Music Magazine
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Pat Kalla, en route pour la joie
Crédit photo : Landry

Pat Kalla, en route pour la joie

PAM l’avait rencontré pour parler de son Hymne à la Joie réalisé par Guts, de son parcours, et des bonnes vibes qu’il entend distribuer. Pour un peu, on aurait voté pour lui aux élections.

Le conteur et chanteur, diseur de bonnes aventures, est ce jeudi 14 avril en concert à Paris au FGO Barbara. Tentez de gagner vos places en envoyant votre nom et prénom à [email protected], avec « Pat Kalla » en objet.

Pas possible d’interviewer Pat Kalla, à l’état civil Patrice Kala Ngallé, sans se fendre la poire à intervalle réguliers, comme la preuve évidente d’une théorie que son aîné Manu Dibango aimait à mettre en pratique : le rire est le meilleur des carburants. Satisfait ou remboursé. Amen.

Sans rire, l’artiste né et élevé à Lyon « entre gratin dauphinois et sauce arachide » doit son goût des mots, des sentences et des phrases définitives à une foule d’ancêtres qui se sont bousculés au portillon tels des bonnes fées sur son berceau.

Yoga des mots

Il y eut le grand-père pasteur -tout en solennité, un papa douala incarnant à lui seul l’adage « si tu essaies de blanchir la tête d’un douala tu perds ta lessive », d’une maman française qui lui a donné le goût de Brassens, et d’une grand-mère qui du Cameroun envoyait des cassettes sur lesquelles figuraient des correspondances enregistrées, recueils poétique et prosaïques, inventaires à la Prévert de nouvelles du village, de doléances de la grande famille « je veux deux voitures » ! et, toujours, d’une petite histoire – un conte traditionnel ou une histoire biblique. « Moi ça ma donné l’amour des mots, se souvient Pat, et ma grand-mère mettait des intonations sur les mots importants, c’était comme de la percussion. C’est ce qui m’a donné envie d’aller titiller les mots » . De quoi impressionner l’âme du jeune garçon, fasciné tout autant par les sagesses africaines et leurs proverbes « n’oublie jamais que l’eau chaude a été froide » que par les carnages de l’Ancien Testament à côté desquels la série Games of Thrones a de faux airs de l’Ile aux enfants.

« J’aime la Bible, raconte-t-il, mais l’Ancien Testament, c’est une boucherie. T’avais pas le droit à l’erreur, et tu espères que Dieu à l’époque il allait voir un psychologue… ça rigolait pas ».

Crédit photo : Landry

Sans rire, le gars a la faconde et l’image bien placée, résultat de toute cette enfance bercée par la parole, qui fera de lui avant tout un conteur. « Le conte, poursuit-il, c’est un art humble, qui réunit petits et grands, t’es nu avec tes mots, et tu mets des images et du rêve dans la tête des gens. Tu peux raconter partout, et c’est un art qui apaise le monde, qui fait du bien. On est dans une époque où dès que les gens parlent ils ont une épée dans la bouche. Calme toi, fais du yoga !». Les mots, ils étaient au centre des spectacles pour enfants, comme « Contes and Soul », que Pat Kalla a beaucoup joué et qui associaient histoires et musiques. Celui qui a été nourri au makossa de papa et au funk de George Clinton est ensuite devenu la voix du collectif lyonnais Voilaaa et « n’a pas son deux » pour exprimer en formule simples et imagées, parfois naïves, des considérations politiques, sociales, poétiques ou amoureuses… tout ça à la fois. Et dans toutes les langues ou presque… Douala, malinké, lingala, français « couleur vin rouge de Bordeaux » et celui du tirailleur se côtoient en toute amitié dans son Hymne à la vie. Un album commencé en « slip chaussette » à la maison pendant le premier confinement français de mars 2020, dont les morceaux ont fait la navette entre Pat, l’orchestre super Mojo, et Guts – Dj et producteur qui a pris cet album pour, comme on dirait à Abidjan, « le mettre sur sa tête ».

De l’air… panafricain

Pat ne pouvait sans doute mieux tomber tant la culture éclectique et baladeuse du producteur rencontrait ses envies. Bikutsi, soul, funk, rumba, coupé-décalé, highlife, afro beat et j’en passe (et des meilleures !) ont donné un album, dit l’étiquette « Fabriqué à partir d’éléments musicaux naturels récoltés en Afrique et en Amérique du Sud ». Il faut dire qu’avec le Dj Bruno Patchworks et le collectif Voilaaa, Kalla avait déjà beaucoup appris sur le « sixième sens du groove » – dixit Kalla- que peuvent avoir les artistes qui ont grandi en DJ. « Les Dj m’ont appris à laisser de l’air. Avec Voilaaa j’ai énormément appris sur comment tu gères ton dancefloor, si y’a des morceaux avec bcp de texte tout le temps ça fatigue, faut qu’il y ait du relief : en sound system, si tu parles tout le temps tu vas agacer les gens, il faut aussi laisser de l’air ». D’ailleurs, quand Pat Kalla et le super Mojo finissent par entrer en studio, Guts attaque sans ambage : « Vous vous débrouillez comme vous voulez, mais cet album je veux qu’il respire. L’humanité a passé trop de temps enfermé ». « De l’air » on l’aura compris, c’est aussi de la place pour la musique, qui surfe sur des sons vintages rappelant l’orgue du Poly-Rythmo de Cotonou ou les cuivres de Sir Victor Uwaifo, ou se lance dans la science ultime de la guitare balafon qui fait la renommée du bikutsi. Car le titre « Mon ami », qui ouvre l’Hymne à la Vie est un superbe hommage au genre en même temps qu’une réactualisation réussie, dans laquelle Pat a convié Djeudjoah, rencontré sur un précédent projet de Guts. « J’aime son univers avec Lt Nicholson, dit Pat. On s’était dit qu’on ferait un truc ensemble, voilà pourquoi je les ai conviés sur « Il fait beau sous la pluie » où l’on retrouve nos trois univers. Et puis, Djeudjoah et moi, on est camerounais tous les deux et sur « Mon ami », je voulais qu’on fasse sonner la langue française sur le bikutsi ». Kala a raison : par ces temps de confusion, aucune bonne vibration n’est de trop : « l’humanité est trop énervée, confie-t-il. Moi j’aime bien débattre, me poser des questions, mais… qu’on se calme ! En France, tu regardes un débat à la télé tu te demandes : ils veulent quoi ? qu’on se mette sur la gueule ? » À ce propos, celui qui a repris « le Métèque » de Moustaki comme le « Pornographe » de Brassens n’hésite pas à inviter les présidents à danser sur son disco makossa. A l’écouter parler, on comprend mieux pourquoi :  «Il faut mettre les gens dans un autre mood, explique-t-il. Quand tu réunis une foule qui danse, tu peux avoir un mec de droite et un punk à chien, ça donne ce moment-là où tu oublies un peu d’où tu viens, ce que tu fais, ce que tu penses. Et si tu peux apporter ça… ». Tout un programme, celui du parti de la joie que Pat Kalla, le Super Mojo et leurs invités Djeudjoah & Lt Nicholson viendront présenter le 14 avril prochain au centre FGO à Paris, non loin de Barbès. Ce soir là, votez utile, votez Kalla.

Hymne à la vie, Pat Kalla et Le Super Mojo, sortie le 28 mai.

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