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Democratoz chante l’Algérie, et pas la vie en rose
Crédit photo : Achraf Tello, Democratoz officiel

Democratoz chante l’Algérie, et pas la vie en rose

Le groupe oranais, emblématique de la scène reggae algérienne, sort enfin son premier album après dix années d’engagement sur les scènes algériennes. À découvrir. 

Savamment muri, Mazel (Rufftone Records label), le premier album du groupe Democratoz, cristallise presque dix ans de carrière des reggaemen les plus adulés d’Algérie.

Né á Oran en 2011 à l’initiative de Sadek Bouzinou (lead vocal), un artiste nourri de multiples influences (de Fela Kuti à Ali Farka Touré en passant par Othman Bali, Cheb Hasni, Bob Marley et Idir pour ne citer qu’eux), Democratoz rassemble de talentueux artistes venant de différentes villes d’Algérie, fédérés autour d’une musique engagée et métissée.

La philosophie du groupe est condensée dans le toz de Democratoz (une onomatopée en darja*) qui souligne avec ironie la négation de la démocratie. Toz pour les mensonges, toz pour le racisme, toz pour la hogra (abus de pouvoir), toz pour la harga (exode des jeunes), toz pour tous les maux qui rangent l’Algérie et ses jeunes. « Ana Jazairi » (Je suis Algérien), la chanson qui a lancé leur carrière devint d’ailleurs très vite l’hymne de toute une génération, séduite par le discours et le franc parler du groupe, qui galvanise les foules et enflamme la scène algérienne depuis sa genèse. 

« Nous élevons nos voix pour raconter notre Algérie : La décennie noire*, l’égoïsme de nos dirigeants, l’injustice, la pauvreté, l’inégalité des chances, le favoritisme, l’exode, l’incivisme mais Mazel (Il y a encore) de l’espoir » souligne Sadek Bouzinou. Mazel, c’est le titre d’une d’une de leurs chansons, qui a donné son nom à l’album.

Nombreux ont volé 
Nombreux ont tué sans crainte de Dieu
Nombreux ont calomnié pour que la guerre sévisse dans mon pays
Ceux-là, sont épris des desseins d’un Occident colonisateur
(…) mais il y’a encore (mazal) des hommes dans mon pays.

Extrait de « Mazel »
© Marc Riboud
Mazel, histoire d’un disque

La rencontre, en 2012, avec le producteur Yacine Bouaziz (Thala Films) pose les premiers jalons de l’album Mazel, s’ensuit la collaboration avec l’excellentissime musicien, producteur et arrangeur mauricien Jean Alain Roussel, connu pour ses fructueuses collaborations avec Cat Stevens, Police, Bob Marley & The Wailers, Joe Cocker et tant d’autres. Soutenu par l’ AFAC, the “Arab Fund for Arts and Culture”, l’album pérégrine entre plusieurs studios : Duga-Duga (Oran, Algérie), Mohya (Tizi Ouzou, Algérie), Rufftone Records, (New York, USA). La sortie de l’album dans la conjoncture socio-politique actuelle que connaît le pays est un cadeau qui renforce et réitère les positions du groupe. La sortie du disque, un vendredi, « jour saint du Hirak » (du soulèvement, ndlr), n’est pas une coïncidence mais bien un signe ostentatoire de résistance et la pochette de l’album traduit cette volonté de rendre hommage à la « Révolution du sourire ».

Elle est composée d’un collage qui associe une photo prise par Achraf Tello le 22 février 2019, jour du début du Hirak, et le slogan « Un seul héros, le peuple » qui figurait sur le mur d’une photo devenue une icône de la pop culture algérienne prise par le photographe Marc Riboud entre 1960 et 1962.  C’est aussi de cette photo qu’est inspiré le dessin d’une femme en haïk (tenue traditionnelle algérienne) devenue le symbole des femmes résistantes, pour certaines poseuses de bombes durant la Guerre de Libération (1954 -1962).

L’engagement du groupe, qui sait porter la plume dans les plaies de la société, ne date pas d’hier et réagit aux spasmes de l’actualité. En 2017, Democratoz avait sorti un titre et un clip aussi fort que clair pour répondre à la xénophobie dont les migrants d’Afrique subsaharienne étaient les victimes. Comme si l’Algérie ne faisait pas partie de l’Afrique !

On retrouve dans Mazel la même quête de justice. On y retrouve Fares Belchehb (cuivres), Mehdi Benzarga (claviers), Abderrahmane Boubaya (guitare), Sadek Bouzinou, (lead vocal) Amine Malek (basse), Abdelhalim Mokedem (batterie), Nassim Slimani (guitare) et une pléiade de  musiciens invités**. Composé de neuf titres dont six, tels que « Pollution »,  « Mazel », ou encore « Krahna melboulitik » (Nous sommes las de la politique), ont déjà été chauffés sur scène et révélés sur Youtube, l’album dévoile trois nouvelles compositions inédites toujours dans leur style original, qu’on ne saurait réduire à du reggae-raï. Car on y retrouve de la soul, du jazz, du diwan, de l’afrobeat et une multitude de sonorités qui font danser la jeunesse algérienne et transcendent les frontières de ce grand pays bien souvent hermétique. Avec Mazel, Democratoz revalorise et, forcément… démocratise la figure du Rastaman souvent stigmatisée en Algérie. 


*décennie noire : la période de guerre civile qui opposa l’armée algérienne aux mouvements islamistes, et qui causèrent la mort d’innombrables civils.

** Faycal Aliouane, Hocine Benameur, El Hadi El Hassar, Dounia Kar Soussi, Raja Kateb, Younes Kati, Bensafir Lekhal, Mehdi Medaghri, Amine Naas, Yacine Tandjaoui. 

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