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The Pan African Music Magazine
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Alpha Blondy ‑ « Boulevard de la mort » (1986)

La chanson d’Alpha Blondy évoque la gigantesque artère rebaptisée « boulevard de la mort » par les Abidjanais. PAM vous en dit plus sur le contexte de la chanson, et le sens de ses paroles. 

L’histoire retiendra la décennie 70 comme celle du « miracle ivoirien » : la croissance économique est alors boostée par la montée des prix du café et du cacao dont le pays est à l’époque troisième et premier producteur au monde. Or, des projets de développement, le père de l’indépendance, Félix Houphouët-Boigny, en avait plein sa besace . Au point de se lancer, au cours de cette décennie , dans une série de grands travaux parmi les plus ambitieux que la Côte d’Ivoire ait connus. 

Histoire d’un boulevard

Boigny, c’est le nom du bélier en langue baoulé. Et Le Bélier de Yamoussoukro -sobriquet du président- a toujours rêvé son pays en grand. Ouverture du port en eaux profondes de San Pedro,  barrage et centrale hydroélectrique, développement d’unités agro-industrielles, transformation de Yamoussoukro, sa ville natale, en petite Brasilia, accroissement du réseau routier, notamment de voies express comme le Boulevard Giscard-d’Estaing, dernière grande réalisation de la décennie 70.  

Avant d’être rebaptisé par les populations riveraines «Boulevard de la Mort» le fameux boulevard Giscard d’Estaing, aussi appelé « VGE », ambitionnait d’offrir à la métropole d’Abidjan un axe rapide reliant le centre-ville à l’Aéroport International Félix Houphouet-Boigny. Construit en moins d’un an, il servira de théâtre à l’énorme défilé solennel donné à voir au Président français – dont il porte le nom- lors de sa visite d’Etat en Côte-d’Ivoire en Janvier 1978

Mesurant environ 100 mètres de large et huit kilomètres de long, la voie express longe, d’un côté, les communes de Treichville, Marcory et Koumassi. De l’autre côté, face à ces quartiers populaires, les zones industrielles 1, 2, 3 et 4. La masse des ouvriers, des manutentionnaires, des commis ou des mamans tenant des gargotes de restauration rapide aux abords des usines et leurs enfants, des chômeurs en quête d’emploi : tous devaient traverser au pas de course les 100 mètres de largeur du boulevard, dans un mouvement de flux et reflux continu du matin au soir.

Le nouvel ouvrage, joyau pour les automobilistes abidjanais, s’est immédiatement transformé en terrain de course pour les fous du volant.
Lors de son ouverture à la circulation, le magnifique boulevard ne comportait pas de passages protégés pour piétons, encore moins de tunnels ou de passerelles. Quiconque, obligé de traverser le VGE à pied, s’exposait à de gros risques… Il ne se passait pas un jour sans déplorer la mort d’un piéton tué par un chauffard. C’est le décès d’une de ces victimes anonymes  qu’Alpha Blondy chronique dans  Boulevard de la mort, issu de l’album Jérusalem enregistré en 1986 avec les Wailers en Jamaïque, dans le mythique studio Tuff Gong.

« Qui se préoccupe du cadavre d’un pauvre ?»

Quelques temps auparavant, à la veille de son décollage pour une nouvelle tournée internationale, le chanteur passait la nuit dans l’un de ces hôtels alignés en guirlande tout du long du fameux boulevard qui mène l’aéroport. Et c’est de sa fenêtre qu’un jour, il vit le corps d’un enfant écrasé par un chauffard, gisant sur le bitume. Le chant que lui inspire la scène est un cri d’indignation :

Moussô dôh dètchê la nibé Siraba kan yé
sur la grande voie, gît le corps du petit garçon d’une femme

Akoun’ tchila, Aboro karila, mobiri tigui dôh léka nonni
il a la tête fracturée, le bras cassé, c’est un chauffeur qui l’a écrasé

Wika, wika, wika Allah
Oh ciel ! Oh ciel! mon Dieu !

Kabini fadjêri dafê, Fôh kana seri fanan sé   
de l’aube au début d’après-midi

Founanguéni la ni bé sandji kôrô ninnin nan yé
le petit être est couché sous la pluie, dans le froid

Djon bé hinnin fangandan sou la

qui donc se préoccupe du cadavre d’un pauvre!

Wika, wika, wika Allah
Oh ciel ! Oh ciel ! mon Dieu

Boulevard Giscard d’Estaing Boulevard de la mort…

La force de l’écriture d’Alpha Blondy, et la dramaturgie de cette chanson sont concentrées dans une suite d’onomatopées qui miment le choc violent qui a eu lieu. Alpha lance :

« Pan,  Aï,Saï !)
Pan ! (le son du véhicule qui heurte le gamin)
Aï! (le dernier soupir du gamin)
« 

Saï! (C’est le concentré de: Saya Yé) traduction: voici la mort…Boulevard de la Mort s’écoute non seulement comme un poème de consolation des parents des victimes du boulevard mais surtout une interpellation des politiques à penser les projets  socio-économiques avec plus de conscience.

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