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The Pan African Music Magazine
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Cimafunk : la bombe latine sort un nouvel album
© Arevalo Cuba

Cimafunk : la bombe latine sort un nouvel album !

El Alimento, le nouvel album de la star cubaine, marie l’effervescence afro-cubaine avec l’exubérance du P-Funk américain, et – de George Clinton à Chucho Valdes – convie une foule d’invités de classe. Attention, gros potentiel dansant !

Pendant que les rues de Cuba s’enflamment et que le pouvoir met la pression sur les artistes et les citoyens qui manifestent contre un pays asphyxié par la dictature et les pénuries (bilan au 15 novembre : un mort et des centaines d’arrestations), une tornade funk s’échappe de l’île.

Elle dribble les demandes de visas, les passes sanitaires et la géopolitique : l’artiste le plus populaire de Cuba maronne ainsi à travers le monde depuis des mois… Mexique, États-Unis, Europe, clips, tournées, concerts… il observe les combats de son île, de loin.

Comme ses ancêtres qui fuyaient l’oppression des plantations en partant dans la forêt, le chanteur Cimafunk a fait un pas de côté pour faire sa révolution, en musique. Son royaume idéal, il le dessine avec un funk mutant hypervitaminé, qui secoue aussi bien les héritages afro-cubains que ceux de Parliament-Funkadelic, avec la tchatche latino d’un gamin qui a grandi en pleine explosion du reggaeton et qui a craqué sur le chic romantique de la trova. De quoi ouvrir toutes les portes du Nouveau Monde…

Sa manageuse tempère un peu quand même: « ça demande pas mal de sueurs administratives » de traverser l’Amérique latine, les États-Unis et l’Europe quand on a un passeport cubain aujourd’hui. Mais, avec sa coiffure high-afro à la Will Smith dans le Prince de Bel-Air, ses pantalons pattes d’eph’ colorés et son visage poupin, Erik Iglésias Rodriguez n’a peur de rien, il est sûr qu’il peut traverser toutes les frontières, même les plus invisibles. Surtout depuis qu’il s’est rebaptisé « Cimafunk ».

« C’est important pour moi de créer un nom de scène en hommage aux Cimarones, les esclaves qui ont fui leurs maîtres pour vivre librement dans les forêts et les montagnes. J’ai été bouleversé par le livre de Miguel Barnet qui raconte la vie incroyable d’Esteban, un vrai Cimarron qui avait 104 ans quand l’auteur l’a rencontré en 1963! J’ai collé le mot « funk » à « Cima » parce que j’adore cette musique : tous les instruments, même les cuivres, sont utilisés comme des percussions, c’est ce qui rend ce groove irrésistible ! »

© Damian Díaz

P-Funk et Cima-Funk 

En bon disciple de James Brown, adoubé par le parrain du P-Funk, George Clinton lui-même (qui participe d’ailleurs à ce nouvel album ), Cimafunk fabrique effectivement une musique d’une nouvelle trempe, un funk transpirant qui se transcende plus encore sur scène et transforme chaque concert en une vraie claque, administrée pied au plancher avec la discipline et le groove de James Brown, les délires afro à la Parliament, et le torse saillant et rutilant façon Felattitude, au bout de quelques morceaux. Et surtout une capacité à tout chanter avec justesse et spontanéité…

Chaque concert de Cimafunk est différent, chaque interprétation de ses morceaux aussi, et il révèle sur scène ses talents de compositeur autant que ceux de showman. « Je ne sais jamais comment ça va se passer, je sais juste que je vais m’éclater, donner le max et laisser les gens en garder ce qu’ils veulent » souffle la jeune star cubaine, qui n’hésite pas à inviter dans chaque ville un artiste à le rejoindre sur scène (ainsi, le saxophoniste Jowee Omicil a débarqué sur la scène du New Morning à Paris le 10 novembre dernier).

Parfois Cimafunk débarque sur scène avec une prière pour les ancêtres venus d’Afrique (« Faustino Congo ») ou un slow en mode crooner à l’alma romantica (l’âme romantique)… mais très vite, les chemises trempées tombent et le trentenaire cubain met sa fièvre, son audace, son humour et surtout son énergie débordante au service de la propagation des bonnes ondes, à l’image de son premier tube Me Voy, dont les vues dépassent déjà les 3 millions… une écoute Cimafunk, docteur, fait toujours du bien !

© Fernanda de la Torre

Dr Funkesntein

Son premier album, sorti en 2017, s’appelait d’ailleurs Térapia (Thérapie), et le nouvel album, El Alimiento (littéralement « l’Aliment ») de cet ancien étudiant en médecine prouve que thérapie latino et bons remèdes funky font toujours du bien au micro de ce Dr Funkenstein cubain, autodidacte en musique.

« On peut dire que je suis devenu docteur à ma façon, car on soigne tout à notre niveau, résume Cima. Ma musique me nourrit, elle me connecte au futur et au passé et j’espère qu’elle peut soigner ceux qui l’écoutent! Pour moi, faire ce disque pendant la pandémie ça a été une vraie thérapie. J’y puisais mes protéines et mes vitamines, d’où ce titre! »

Pendant que le monde se fermait et que chacun marronnait à la maison, Cimafunk devait renoncer au public, et il a donc commencé à travailler sur cet album à distance, en invitant sur son ordi, ceux dont il adore la musique (George Clinton, Lupe Fiasco, ChocQuibTown, CeeLo Green, Chucho Valdés), avec la collaboration d’un illustre producteur : Jacks Splash, qui sait soigner des stars comme Kendrick Lamar, Alicia Keys, John Legend, Solange, Valerie June ou Tank & the Bangas :.

« On ne s’est jamais rencontrés physiquement, mais le courant est vraiment passé avec Jack! Je n’étais pas sûr que ça puisse marcher parce que, jusque-là, j’avais toujours tout bricolé moi-même, mais j’ai tout de suite compris qu’on avait les mêmes goûts et la même culture musicale ! Jack est très généreux, il m’a beaucoup appris. Certains producteurs aiment garder leurs petits secrets, mais lui, il me disait : je fais ça comme ça, essaye ! Tout était très naturel entre nous ! Et puis j’ai eu a chance d’avoir comme invités des gens que j’admire particulièrement » explique Cimafunk.

Cette bonne énergie collective et généreuse transpire d’ailleurs tout au long du disque, qui sonne juste et que l’on jurerait enregistré en live, tant il se construit comme un appel à la scène.

« Faire ce disque c’est comme un rêve devenu réalité, je l’ai pensé comme un concert, avec un tas d’allers-retours avec des gens que j’apprécie, et notamment mes « parrains en musique », Chucho Valdès et George Clinton, que j’ai pu rencontrer en vrai ! Chucho était un des premiers artistes cubains à mettre du funk dans la tradition afro-cubaine et George Clinton, lui, m’a raconté qu’il a beaucoup écouté de musiques cubaines dans son salon, quand il était coiffeur! Il y a de toute façon une vraie connexion entre nos musiques : partout, les esclaves sont arrivés pour travailler, mais ils ont laissé leur groove ! » résume Cimafunk.

© Fernanda de la Torre

Certes, bien avant lui, les rythmes sont passés d’un côté et de l’autre de la mer, depuis le 19e siècle, via New York et La Nouvelle-Orléans, mais peut-être pas avec une telle efficacité sur dancefloor digitalisé…

Même s’il fait incontestablement danser avec El Alimiento, Cimafunk raconte aussi son île et ses maux, notamment dans le titre ‘Sale Del Lo Malo’ qui évoque sa province natale, Pinar Del Río, à l’ouest du pays. C’est là qu’il a grandi, près de la forêt et de ses puissantes grands-mères. « Elles m’ont appris le droit chemin, et m’ont connecté à mes racines africaines. Même si j’ai fait quelques bêtises dans ma jeunesse, j’ai compris que je devais savoir qui j‘étais et d’où je venais », sourit Cimafunk qui fait remonter ses racines familiales au Nigéria…

Dans ‘Esto Es Cuba’ (dont le sample principal est un clin d’œil au « California Love » d’un autre docteur, le Dr Dre, et 2Pac), Cimafunk nous embarque pour un tour de Cuba, un voyage au-delà des champs de tabac de Pinar Del Río et des cigares envoyés à l’étranger. En passant par l’héritage des Marrons, il questionne les découvertes supposées de Christophe Colomb, et fait même un stop à Guantanamo, qui, par les hasards de l’histoire et des dominations, est une des villes les plus funky de Cuba « parce que les habitants arrivaient à capter la fameuse émission américaine funky « Soul Train » grâce aux antennes que les GI’s ont installé dans la prison »…

Comme Cimafunk, le funk surgit donc encore avec puissance là où on ne l’attend pas forcément, non pas pour retrouver le chemin, mais pour continuer à le tracer… Et à ce prix-là, on reprendra bien un aller-retour !

El Alimento de Cimafunk, toujours disponible. 

© Fernanda de la Torre
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