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The Pan African Music Magazine
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KUTU : journal de bord d’une tournée bouleversante (1/2)
© Aurore Fouchez

KUTU : journal de bord d’une tournée bouleversante (1/2)

Le groupe KUTU, qui mêle jazz, machines et grooves éthiopiens, revient d’une tournée mouvementée en Afrique de l’Est. Son architecte, le violoniste Théo Ceccaldi, nous a envoyé son journal de bord. Avant le prochain concert, le 13 novembre au festival Africolor.

PAM vous fait gagner des places pour leur concert le 19 novembre au Plan (91). Pour participer, envoyez votre nom et prénom à [email protected], en précisant « KUTU » en objet de mail.

22 octobre. Transit. Aéroport d’Istanbul. 18h12.

Dernière gorgée de bière en vitesse avec Valentin (basse), Laetitia (claviers) & Sébastien (notre ingé son) puis direction le Soudan, Khartoum. À ce qu’on lit vite fait sur google, la consommation d’alcool est passable de 40 coups de fouet, et il y a un couvre-feu à minuit. Les fêtards que nous sommes sont pris d’une soudaine angoisse. Mais l’excitation de mettre les pieds dans ce pays que l’on connait très peu demeure la plus forte. Quels paysages ? Quelle musique ? Quels humains nous attendent ?

À l’arrivée, c’est la chaleur qui nous prend. Près de 40 degrés, de jour comme de nuit. Lou – qui travaille à l’institut français – nous accueille vers 00h et balaie d’un seul coup tous ces préjugés. Elle a l’air bien guillerette et nous annonce qu’elle arrive d’une fête privée sur les toits de la ville. On s’y joint volontiers ,après avoir déposé les valises à l’hôtel et appris qu’une de nos deux chanteuses a loupé son avion. Inch’Allah, demain la team KUTU sera au complet, après plus d’un mois sans se voir, depuis notre concert de Jazz à la Villette.

23 octobre.

Nous sommes pris en charge par les 2 chauffeurs de l’Alliance, Fawad & Mahmoud qui nous transportent dans une autre partie de la gigantesque Khartoum. Nous traversons le Nil à l’endroit de la jonction entre le Nil bleu et le Nil blanc.

Aujourd’hui c’est rencontre avec des musiciens soudanais pour préparer ensemble deux morceaux que nous jouerons le lendemain, à la fin de notre concert au Sama International Music Festival. Le pari est pris cette année de décentrer le festival dans un lieu qui s’est chargé de sens lors de la grande révolution de 2019 qui a mené à la chute du président Omar El-Béchir, et rebaptisé aujourd’hui Omdurman Cultural Center.

Retrouvailles avec les deux chanteuses, Haleluya & Hewan, et nous nous mettons au boulot. Les filles apprennent les textes en arabe à une vitesse hallucinante, et nous faisons tourner et retourner encore la chanson. Joutes improvisées avec le saxophoniste local qui fait tenir son bec avec du scotch. De gens passent et partent de la salle, des petits viennent se mettre aux percussions avec des tempos bien ancrés, tout le monde est joyeux et étonné par cette fusion improvisée. Nous avons conscience de vivre un moment rare, peu d’étrangers viennent par ici.

24 octobre. Omdurman Cultural Center.

Le concert a 2 heures de retard, mais les gens sont là, campés sur leurs sièges, et nous attendent de pied ferme. La journée a été laborieuse avec les plus longues balances de notre vie :). Cyril (batterie) est arrivé hier soir tard, sans ses cymbales ni ses baguettes perdues par la compagnie, d’un autre désert, celui du Texas où il enregistrait pour une chanteuse mexicaine. Notre Ingé son, Seb, n’a rien lâché et les équipes étaient super motivées ,mais il manque cruellement de matériel et l’électricité est tellement aléatoire…ça va ça vient. Petite frayeur quand un des techniciens commence à réparer une prise reliée à tous les effets de Valentin, avec une petite cale en bois bien fragile. On se dit que si ça pète, il pourrait prendre une sacrée décharge. L’installation son est aussi aléatoire que la météo en plein juillet en Bretagne. Et quand on sait qu’on est le premier groupe à balancer sur cinq, on se dit qu’on n’est pas au bout de nos surprises.

On monte sur scène et on est heureux d’avoir fait tout ce périple. Au bout du deuxième morceau, les gens sont debout collés à la scène et ça bouge, et ça filme dans tous les sens.

On aura eu beaucoup de problèmes techniques, mais on n’aura jamais rien lâché dans l’énergie du concert et on sent que la musique passe en face, et quel bien ça fait à tous de communier ensemble et de se lâcher dans un pays si empli d’interdictions.

L’after est joyeux avec un peu d’alcool de datte qui circule sous le manteau, un DJ qui clôture la soirée et quant à nous, nous projetons de nous lever assez tôt pour quelques visites avant de regagner la deuxième étape de la tournée, le Kenya & Nairobi.

25 octobre. Hotel Assaha.

7h40 du matin : les bruits de la ville sont étranges. Je me rends compte qu’il n’y a plus d’internet ni de téléphone, mais c’est sûrement une coupure temporaire. Il fait déjà très chaud. Je descends. Dans la petite salle de la réception de l’hôtel, tout le monde a les yeux rivés sur la télé. Le coup d’État qui a été préparé dans la nuit par les militaires dans la nuit est en cours. Les Soudanais sont dans la rue, furieux, bien décidés à ne pas laisser le retour des forces armées au pouvoir.

Il n’y a plus de moyen de communiquer avec l’extérieur, car tout a été coupé et l’aéroport est fermé, apprend-on. Notre hôtel est juste derrière la base militaire et engoncé entre deux artères principales où se déroulent des affrontements. Le premier jour ça tire, à petites ou à grosses balles : de ma fenêtre je peux apercevoir les jeunes civils lancer des pierres sur les militaires. Ça court, dans un sens et puis dans l’autre, puis ça se calme pour quelques minutes, et le vrombissement des cris unis s’entend plus loin, un peu plus sourd. Et puis, quand ça chauffe trop au-dessus de nos têtes, nous nous réfugions à l’intérieur.

Commencent alors une longue attente et des émotions en montagnes russes. Il n’y a plus vraiment de jour ou de nuit, d’heures, le temps s’allonge et la petite famille des réfugiés de l’Hôtel Assaha se forme. Interdiction de sortir de l’hôtel. Il y a Luc et Saintrick, les deux frères de Dakar qui sont venus apporter leur aide au festival sur la technique et la production. À plusieurs reprises, nous organisons des petits concerts improvisés dans la cour, très tard le soir, ou après le déjeuner. La musique résonne et nous appelons cela « concerts pour la paix ».

Il y a aussi les hommes d’affaires libanais venus pour conclure une affaire depuis 4 mois, une Allemande, un comédien italien séparé de sa troupe, car il voulait rester quelques jours de plus dans le désert. Et bien sûr Fabrice et Lou, qui ont organisé notre concert, qui passent régulièrement nous voir pour nous apporter les nouvelles fraiches, mais ils en ont souvent moins que nous, car ils n’ont pas accès à internet chez eux.

Des rumeurs circulent souvent sur la réouverture potentielle de l’aéroport et des vols, et nous apprenons à nous servir de flighttrack pour voir si des avions sont en approche. Nous décidons aussi de monter un petit studio d’enregistrement dans la chambre de Seb pour travailler sur de nouveaux morceaux avec KUTU. Nous le rebaptisons « Studio » 114 du nom de sa chambre et on passe chacun à son tour poser des sons sans dire au suivant quel est le mood pour lui laisser la surprise. Le soir, nous réussissons à dégotter des petites bouteilles plastiques d’alcool frelaté de datte ou d’orange, que nous partageons avec les agents soudanais chargés de notre sécurité.

28 octobre. Khartoum. 8h02. Bureaux d’Ethiopian Airlines.

L’hôtesse nous confirme que la rumeur est vraie. Un avion d’Ethiopian Airlines pour Addis est bien prévu le jour même à 15h45. A priori ce sera le seul de la journée et sûrement de la semaine, car le samedi une immense manifestation dans les rues de Khartoum est prévue, ce qui devrait encore entraîner l’aéroport. La directrice du Goethe Institute nous prête des dollars pour que nous puissions changer nos billets et je reviens à l’hôtel sans trop croire que nous allons réellement décoller l’après-midi même.


Nous aurons loupé notre concert au Kenya, mais nous relançons Addis, car notre concert le 30 est désormais possible, en activant tous les réseaux pour attirer tout le public en deux jours. Nous sommes inquiets et tristes de laisser le peuple soudanais et nos nouveaux amis restés coulés au sol dans cette situation angoissante. Mais nous sommes heureux de pouvoir reprendre le chemin de la tournée et de pouvoir jouer à Addis dans quelques jours, là où cette musique est née, curieux de voir les réactions du public éthiopien.

Retrouvez KUTU en tournée cet automne :

  • 13/11 – Africolor, Nanterre
  • 16/11 – Festival Jazzdor, Strasbourg
  • 17/11 – Scène nationale, Orléans
  • 18/11 – Periscope, Lyon
  • 19/11 – Le Plan, Ris-Orangis
  • 20/11 – Moods, Zurich (Suisse)
  • 23/11 – Jazz au fil de l’Oise, Pontoise
  • 24/11 – Metronum, Toulouse
  • 26/11 – Jam, Montpellier
  • 27/11 – Family, Landerneau
  • 03/12 – L’Estran, Guidel
  • 04/12 – Le Pannonica, Nantes
© Aurore Fouchez
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