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The Pan African Music Magazine
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Frigya, un pied dans le club, l’autre dans le cabaret
© Aymen Mahfoudh

Frigya, un pied dans le club, l’autre dans le cabaret

Avec le projet ultra-percussif Frigya, signé sur Shouka Records, les musiciens Imed Alibi et Khalil Hentati livrent un inventaire très subjectif – et tourné vers le club – des musiques populaires et traditionnelles qui traversent le nord de l’Afrique. En route pour la fusion.

Deux électrons libres pour une cartographie à quatre mains : les musiciens et compositeurs d’origine tunisienne Imed Alibi et Khalil Hentati se sont télescopés en studio pour dessiner les contours de leur propre Frigya sonore (Frigya, en ancien dialecte tunisien signifie Afrique).

Initié dès l’enfance aux percussions dans des orchestres populaires et classiques d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, Imed Alibi a croisé le fer aux côtés du groupe de rock fusion « les Boukakes », de Rachid Taha ou de la chanteuse Ghalia Benali. Il dirige depuis 2020 l’illustre Festival International de Carthage, en Tunisie. Voilà pour le calme.

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Côté tempête, voici Khalil Hentati, l’autre moitié du binôme. Très jeune, le producteur a pourtant fréquenté le Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes, au Palais Ennejma Ezzahra à Sidi Bou Saïd en Tunisie. Mais rapidement, le musicien – alors étudiant en cinéma – va découvrir les plaisirs des machines, de la transe et de la musique électronique. Il lance son premier projet solo électro et initie le projet Naboo, trois jours de fêtes décentrées en plein cœur de l’oasis de Tozeur. Membre du groupe N3rdistan, avec qui il tourne régulièrement, Khalil a intégré le très turbulent live band d’Arabstazy en 2019 : « en 2014, j’ai invité Imed Alibi, sans que l’on ne se connaisse personellement mais juste artistiquement, à m’accompagner en concert à l’Institut des Cultures d’Islam de Paris » se souvient le jeune producteur. « On a tout de suite kiffé. Cette configuration sous la forme d’un duo électronique percussif a tout de suite fonctionné. »

© Aymen Mahfoudh

D’autant qu’en studio, les deux musiciens vont concocter une formule atypique : « habituellement, lors de l’enregistrement de projets électroniques, on s’appuie d’abord sur des structures rythmiques techno, ou bass music, autour desquelles on va ensuite composer, habiller avec des samples ou des synthétiseurs » explique Khalil Hentati. « Sur Frigya, nous sommes vraiment partis de l’analogique, des matières percussives arabes ou nord-africaines traditionnelles apportées initialement par Imed. En fait, Imed m’a administré une véritable mise à jour des différentes rythmiques qu’on peut croiser en Tunisie, et j’ai ensuite produit autour. C’est le rôle de tout producteur de musique électronique, tu pars d’une matière existante. En l’occurrence, pour Frigya, je me suis enfermé au préalable une semaine entière en studio pour enregistrer Imed, qui m’a donné des heures de percussions ! »

Des heures de percussions tunisiennes. Et Khalil tient à l’origine de ces rythmiques : « le public ne le sait pas toujours, mais la majeure partie des projets électroniques qui contiennent des samples de darbouka ou des percussions dîtes ‘arabes’ utilisent en fait des rythmes égyptiens. L’Égypte domine l’inconscient collectif en termes de percussions. Leur scène est hyper développée, installée depuis beaucoup plus longtemps que les autres. L’Égypte est, à ce titre, hégémonique en termes d’influences musicale. Pour Frigya, nous nous sommes appuyés sur la tradition percussive tunisienne, qui est plus rare, parfois plus complexe aussi, avec des structures polyrythmiques déconstruites mais très riches. »

Les huit titres ainsi produits déploient un groove vénéneux, complexe, qui vient se heurter à des percussions cinglantes. On pense pêle-mêle au big beat massif des Chemical, ou aux débuts très acides de Prodigy. Dans le même temps, Frigya trouve parfaitement sa place au sein des productions Shouka Records : à l’instar de leur précédente sortie – Irun de Nuri –, la musicalité ici y est extrêmement soignée, et les incartades panarabes ou nord-africaines, parfaitement maîtrisées. Ce LP hybride se ballade un pied dans le club, l’autre dans un bar enfumé du centre de Tunis, brayant du mezoued, la musique populaire de Tunisie : « il y a un équilibre, délicat, à trouver entre puissance électronique et aisance d’écoute. Il faut trouver la bonne balance entre le son club, où ce sont les kicks qui mènent la danse, avec la musique traditionnelle, qui elle, n’est pas faite pour être jouée sur un sound system, car elle contient une logique beaucoup plus organique » confie Khalil. « Le mixage, sur des projets de la sorte, est essentiel. »

© Aymen Mahfoudh

C’est l’autre atout majeur du projet : Frigya a été entièrement mixé par AMMAR 808. AMMAR 808, ou le projet hypnotique du Tunisien Sofyann Ben Youssef. Depuis son home studio installé en banlieue de Copenhague, l’homme-orchestre règne sur la Global Bass européenne : « on a laissé à Sofyann de vrais espaces, de vraies libertés quant à l’équilibre sonore du LP », poursuit Khalil. « En tant que compositeur, il est assez connu pour la puissance de ses compositions électroniques, mais en tant qu’ingénieur du son, il sait aussi donner de la respiration au mix. De façon à ce que tu puisses aussi écouter Frigya installé tranquillement dans ton canapé, au casque, sur une platine vinyle. On est ravi du résultat ! Pour nous, cet équilibre étrange entre sonorités organiques et poussées club est parfait. » 

Matière sonore en voie d’autonomie, Frigya va connaître de nouvelles versions : de nombreux remixes sont à prévoir, on chuchote ici les noms de Deena Abdelwahed, de Mechant Mechant et d’AMMAR 808, qui pourraient incessamment rendre visite aux huit morceaux d’Imed et Khalil. 

L’internationale panarabe s’organise dans la fusion et la percussion !

Frigya de Imed Alibi & Khalil Epi, disponible le 3 décembre chez Shouka Records.

Frigya – Dajkovo (live session)

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