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The Pan African Music Magazine
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Rap : Tunis arrive !

Rap : Tunis arrive !

Du regretté Cheb Terro au MC polyglotte Ktyb en passant par le producteur Feddini, PAM vous propose une première plongée — subjective — dans la scène rap et trap tunisienne.

Après une longue période de sourdine passée sous la surveillance de la police de Ben Ali, la culture en Tunisie s’est révélée, dynamisée par le souffle des Printemps arabes. Le début des années 2010 fut, à ce titre, une sorte d’année zéro pour le monde musical : redoutable sur le dancefloor, plus expérimentale et exigeante dans ses versions studios, Tunis rayonne désormais grâce à la puissance créative de sa scène électro. Une scène talonnée de près – et désormais chaînée – aux actrices et acteurs du hip-hop local. 

Ils et elles s’appellent Ktyb, 4lfa, Koast, ratch0pper ou Popytirz, et se font régulièrement les porte-voix d’une jeunesse post-révolution en danger. Les grands savoirs de base – sampling, kickage – hérités de la côte Est américaine sont digérés depuis longtemps en Tunisie : producers, beatmakers, rappeurs comme trappeuses se sont largement convertis aux ad-libs sudistes, au vocoder ainsi qu’à des productions bounce, truffées de basses et de nappes poisseuses, les mêmes qui ont fait la gloire des traphouses d’Atlanta.

Voici donc le premier volet de notre inventaire très subjectif de la scène rap et trap tunisienne, avec, au casting pour cette partie, le regretté Cheb Terro, 4lfa, KTYB, Feddini, Aeli, ainsi que les talents issus de la diaspora avec l’infâme « Paname All-Har » de Tunisiano (feat. Alkpote, ISK, Sadek et Brulux).

Cheb Terro – « baghdad disco »

18 juin 2020

Cheb Terro, c’est l’astre noir qui a traversé la galaxie musicale tunisienne, le temps d’une jeunesse amputée. Décédé cette année, l’auteur a jeté sur la toile, de façon tout à fait désordonnée, une palanquée de morceaux qui ont rebattu les cartes du game tunisien. Cheb Terro a rappé la dépression, son amour de la scène sudiste de Memphis tout comme la camisole chimique, sur des instrumentaux de Phonk façon Triple Six Mafia, ou des samples de Darkwave signés Forever Grey – comme sur le hit « baghdad disco ». Ce spectre d’influences large, ce grand écart musical a aggloméré ces dernières années en Tunisie les publics noise, rock et rap sous l’étendard d’un seul et même rappeur : personne n’y était parvenu jusqu’ici.  « Rayen est né à Tunis, mais a vécu toute sa vie à Sousse », nous a raconté Razan, sa sœur. « Il avait commencé le rap dès le collège, avant de lancer son groupe Toxic Club avec ses amis, à Sousse. » Si le rappeur a marqué toute une génération c’est, d’après sa sœur, grâce à un muscle créatif puissant. Et acéré : « Rayen faisait du stylisme, il montait ses clips lui-même, il a d’ailleurs tourné deux court-métrages avec ses potes. Il pouvait écrire, produire et enregistrer un morceau en une nuit. Ses textes jaillissaient de façon pulsionnelle, très brute. » Très portés par les émotions, les morceaux de Cheb Terro résonnent pourtant parfaitement avec les maux de la jeunesse tunisienne : « Rayen pouvait s’y ouvrir sur son enfance, ses dépendances, il critiquait le système tunisien de façon très dure. » Un romantisme sombre, des mélodies gothiques pour une voix fumigène qui convoquent à un même banquet – posthume,  Koopsta Knicca, Lord Infamous ou plus récemment Lil Peep. On imagine Cheb Terro en train de festoyer en studio avec eux, désormais.

4lfa – « 3ich »

16 août 2021

« Alfa avec un 4, c’est moi » s’amuse Saif Amri. L’artiste a de quoi se réjouir : en une poignée de singles, un album et deux EPs, 4lfa s’est installé comme le rappeur incontournable de la scène tunisienne. Originaire de la turbulente ville de Kasserine, dans le centre-ouest du pays, il débute le rap lors de ses études à Sousse, au sein du binôme Insanity, aux côtés de Cosmic. L’heure est alors aux fondamentaux : kickage de lyrics techniques sur des instrumentales East-Coast. Une recette de base, partout dans le monde où le rap fait des émules. Rapidement, 4lfa va s’envoler en solo, et s’affranchir de la tradition sonore new yorkaise. Sur la toile, ses clips – « Loco », « Basic » ou « Beautiful » –, sont pris en charge par les objectifs d’Ilyes Cherni, vidéaste aux images éthérées et hyper soignées. Aux côtés du compositeur Souhayl Guesmi dit ratch0pper, 4lfa s’aventure alors sur des interprétations plus pop, parfois chantées. Le garçon reste un gros kicker, mais il va s’ouvrir au groove – celui d’un Mac Miller, d’un Isaiah Rashad ou même d’un Drake –, ainsi qu’à une palette plus chaude, dûe à son pygmalion de producer, également connu pour être un pianiste largement influencé par les romantiques. Son premier album 11 titres, El 7Keya El Kol, est sorti cet été.

KTYB (feat. EMP1RE) – « BAYAN »

23 septembre 2021

Née au début des nineties, lancé sur les petites scènes tunisoises armé de son mic, avec entre autres, le crew Trippy Boyz à la fin des années 2010, Katybon – devenu entre temps KTYB –, c’est le lyricist hybride, en constante évolution. S’il s’est fait les dents, en première instance, sur le boom bap de Talib Kweli ou Mos Def, le rappeur n’a eu de cesse rompre, ces dix dernières années, avec l’académisme East Coast de ses débuts. Aujourd’hui KTYB rappe, trappe comme un vrai sudiste, avec ou sans vocoder, en arabe et même en anglais. L’artiste est capable de se poser sur des samples d’Aphex Twin comme des instrumentales électroniques au groove hyper acides, cousues main par son producteur attitré, Feddini… Feddini qui nous confiait d’ailleurs. : « KTYB, c’est le rappeur avec la plus grande ouverture que je connaisse. Il passe son temps à prendre des risques, à se glisser dans les petites curiosités sonores que je lui propose… Un vrai caméléon ! » Une amplitude musicale extrêmement riche, effectivement une des mieux maîtrisée de la scène tunisienne, qui a trouvé une de ces consécrations cette année, avec la sortie du side-project Bon Vent. Bon Vent, ou un LP enregistré aux côté de Mahdi Machfar et d’4lfa, nouveau trio d’un rap progressif finement ciselé, qu’on sent inspiré des actuelles productions signées par l’immense collectif américain Griselda : « Bon Vent est une collaboration instinctive, sans chemin de route préétabli », explique KTYB. « Ce LP, c’est une aventure, une quête intuitive, uniquement motivée par l’envie de faire de la musique tous ensemble ! » L’artwork de cet album est réalisé par l’artiste NZX, qui s’est inspiré « des représentations d’artisans que l’on trouvait sur les timbres tunisiens du début du vingtième. » Selon le designer « ce trio d’artisans représente parfaitement la synergie d’4lfa, Ktyb et Mahdi Machfar sur ce projet. »

Feddini (feat. KTYB) – « ARDH ARDH »

25 juin 2021

Mordu par les machines à l’âge de quinze ans, le jeune Feddini va jeter son dévolu sur le beatmaking, soutenu entre autres par 8soopa du groupe Mascott : « j’étais et je continue d’être un sacré geek. Pour moi, faire de la musique, c’était sur un ordinateur, avec des logiciels », se souvient le producteur. « On était au début des années 2010, les choses étaient moins simples en Tunisie à ce moment-là. Le Hip-hop, comme toutes les autres expériences culturelles nouvelles, la jouait plutôt discret. Les réseaux étaient très concentrés, chacun faisait profil bas d’une certaine façon. Cela rendait notre musique et les acteurs de cette toute petite scène très précieux. »

Biberonné aux classiques américains « des refrains de Nate Dogg aux couplets du Wu Tang », Feddini – en nerd patenté –, va entamer une exploration scientifique de la scène rap : « jusqu’à tomber sur Roots Manuva, la scène dubstep anglaise, puis, par polarité, sur la scène dub française avec High Tone ou Zenzile. En fait, j’avais compris qu’on pouvait faire rapper les gens sur des matières étranges, hybrides, électroniques. » Adepte du grand crossover musical, Feddini cite aujourd’hui Kevin « The Bug » Martin comme une référence : « entre hip-hop industriel et jazzcore, ce mec n’a jamais choisi. J’aime cette liberté, cette intégrité. J’aime également que cette vaste fusion puisse résonner aujourd’hui dans notre amour pour la trap. » Un grand écart que le producteur opère depuis 2018 aux côtés de Ktyb, trapper polyglotte avec lequel Feddini charbonne Fog Juice, un nouvel EP soutenu par le single « ARDH ARDH ».

D.Zimm – « Horizons Intro »

1er octobre 2021

Après avoir éclusé les studios comme les cabines DJ de Paris, Dubaï ou Los Angeles, le producteur Aeli – né et ayant grandi à Tunis –, continue de faire vibrer l’attrape-rêve américain… Toujours installé sur la côte ouest, il vient de produire les instrumentaux de deux singles, ainsi qu’un album entier : « je bosse désormais avec la jeune Kandisha ainsi que Michelle Majors, une chanteuse R’n B, toutes deux basées à Los Angeles » explique Aeli. Le musicien vient de sortir le 22 octobre Horizons , premier album de l’artiste spoken word californien D. Zimm : « je bosse des esthétiques très variées, entre la production d’artistes R’n B comme des projets de slammers », s’amuse le beatmaker. Dénominateur commun de ces productions ? « L’utilisation des fréquences basses, qui confèrent un côté bounce, heavy bass, que j’aime beaucoup. Après, au niveau des gammes, du choix des instruments, j’essaye toujours de glisser des sonorités nord-africaines, auxquelles je reste très attaché, et qui sont un peu devenues ma signature ici ! »

Tunisiano (feat. Alkpote, ISK, Sadek, Brulux) – « 00216 »

2 juillet 2021

Petit pays devenu grand par le dynamisme de sa diaspora, la Tunisie a fait éclore de nombreux talents hors-sol. C’est le cas en France, l’autre pays du rap tunisien. Petite réunion au sommet ici, en délicieuse compagnie d’Alkpote, ISK, Sadek, Brulux, sûrement les meilleurs M.C. hexagonaux d’origine tunisienne, réunis par Tunisiano sur le titre « 00216 », l’indicatif téléphonique de la Tunisie. Paname All-Har ! 

Votre soif de rap n’est pas encore rassasiée ? Abonnez-vous à notre playlist Pan African Rap sur Spotify et Deezer !

Rayen « Cheb Terro » Hermassi
1997-2021
Rest In Power

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