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Au ciel, le génial Letieres Leite discute avec Tony Allen
Source : gouvernorat de l’état de Bahia

Au ciel, le génial Letieres Leite discute avec Tony Allen

Le musicien et maestro brésilien est mort le 27 octobre des suites de la Covid-19. Producteur, directeur musical et pédagogue, il était aux commandes d’un fabuleux big band afro-brésilien inspiré par les richesses musicales de l’Atlantique Noir.

Vêtus de blanc et disposés en fer à cheval, les 25 cuivres et percussions de l’Orkestra Rumpilezz avaient fait sensation l’année dernière lors de la clôture du festival parisien Sons d’Hiver : un groove précis, des frappes millimétrées et une maîtrise de la polyrythmie due en grande partie à leur chef d’orchestre, Letieres Leite, homme simple mais déterminé à imposer ses convictions artistiques. Omniprésent sur scène, son inventivité laissera une trace indélébile dans l’histoire de la musique brésilienne. 

Conscience rythmique noire

Originaire de Salvador où il apprend la musique en autodidacte tout en suivant des études en art plastique, Letieres do Santos Leite a 20 ans lorsqu’il part tenter sa chance au sud du Brésil. Flûtiste et saxophoniste, il se fait remarquer en fondant différents groupes instrumentaux et en accompagnant des artistes locaux comme Nei Lisboa ou Renato Borghetti. Élève du clarinettiste Paulo Moura, il se fait engager comme arrangeur de l’orchestre symphonique de Porto Alegre, avant de quitter le pays en 1985 pour Vienne et le conservatoire Franz Schubert au sein duquel il étudiera six ans. C’est pendant son séjour européen que Leitieres Leite prend conscience des sous-genres musicaux africains, inconnus chez les Brésiliens, mais observés depuis les années 1940 par les Cubains et les musiciens de jazz américains. La découverte que chacune des musiques amenées aux Amériques par la diaspora africaine a une forme structurelle identique agit comme une révélation. Le musicien sera le premier à utiliser des barres de mesure ou la durée des notes pour évaluer la subtilité des rythmes afro- brésiliens. 

Après un passage par les orchestres de Berlin et de Londres, le musicien rentre au Brésil et fonde avec le guitariste Gerson Silva ,au mitan des années 1990 ,l’Academia de Música da Bahia (AMBAH), dont l’objectif est de former des instrumentistes, des chanteurs et des arrangeurs en musique populaire bahianaise. À l’AMBAH, où l’on apprend aussi la danse, les arts scéniques et la technologie au service de la production cinématographique, l’enseignement de la musique se fait selon une classification et une méthodologie rigoureuse en vigueur dans les grandes écoles mondialement reconnues comme Berklee ou l’Instituto Superior de Arte de La Havane, mais avec un plus qui compense l’insuffisance du point de vue européen pour expliquer les musiques issues de la diaspora noire, faîte de claves rythmiques, de pulsations et de mouvements circulaires : l’introduction des battements des mains et des pieds. « La musique s’apprend avec le corps », avait-il coutume de dire. 

Rumpilezz e Caetano – Quando o Ilê passar

Rumpilezz, l’orchestre de la synthèse

Le prolongement logique de cette méthode pédagogique qu’il nomme Univers Percussif Bahianais (UPB), c’est la création en 2006 de l’Orkestra Rumpilezz, un big band novateur constitué au départ de 19 musiciens : 5 percussionnistes (surdo, caixa, timbau, agogô, pandeiro, caxixi et atabaque) et 14 cuivres (4 trombonistes, 4 trompettistes, 4 saxophonistes, 1 flutiste et 1 joueur de tuba). Le nom du groupe reflète ses principales influences : les trois principaux tambours du candomblé (ru, rumpi et lê), associés aux deux z du jazz nord-américain pour la construction harmonique. Rumpilezz réunit toute la diversité des percussions bahianaises, du frottement des couteaux des sambistes de la région du Recôncavo, (Dona Edith do Prato, Roque Ferreira, Riachão) aux coups sourds des marteaux des blocos afro du carnaval (Ilê Ayê, Filhos de Gandhi, Olodum). En parallèle, Rumpilezzinho (Petit Rumpilezz), à la fois laboratoire musical et projet social pour enfants défavorisés (notamment les jeunes filles, complètement absentes jusque là des ensembles brésiliens), voit le jour. 

Letieres Leite e Orkestra Rumpilezz no Cena Instrumental

Le premier album éponyme de l’Orkestra Rumpilezz sort en 2009 et rappelle celui d’un autre compositeur érudit, originaire du Pernambouc celui-là : Moacyr Santos et son mythique album Coisas, qui faisait dialoguer dès 1965 les percussions d’origine africaine avec le piano et la contrebasse. Une relecture par le big band bahianais de ce manifeste afro devait d’ailleurs sortir à la fin de l’année. Le suivant, intitulé A Saga da Travessia (2016), chef d’œuvre de synchronie entre les cuivres et les percussions, célèbre l’incroyable richesse des ancêtres africains arrachés à leurs terres, débarquant au Brésil des navires négriers après une traversée de l’Atlantique dévastatrice. Remettre la contribution de la diaspora africaine dans la culture brésilienne à sa juste valeur, montrer que ses structures musicales les plus profondes sont nées dans les terreiros (lieux de culte) du candomblé, telle était la mission que s’était fixée Letieres Leite à travers Rumpilezz. L’intérêt du maestro pour son héritage musical ne date pas d’hier : à peine entré dans l’adolescence, le jeune Letieres intégrait déjà un orchestre afro-brésilien et prenait ses premiers cours de percussion auprès de maîtres de la musique populaire.

Letieres Leite & Orkestra Rumpilezz | A Saga da Travessia | Making Of | Selo Sesc

Au-delà de son aspect érudit et pédagogique, la contribution du Bahianais à la Musique populaire brésilienne est immense, la propension au dialogue de l’Orkestra Rumpilezz avec les autres artistes impressionnante. Parmi la centaine de projets que Letieres Leite a dirigés ou produit, citons ceux de Maria Bethânia, Gilberto Gil, Lenine, Caetano Veloso, Lucas Santtana, Daniela Mercury, Liniker ou bien encore d’Ivete Sangalo, dont il fut l’arrangeur durant près de 12 ans. Connu sur les scènes internationales pour son souffle percussif redoutable, le big band a partagé l’affiche avec le saxophoniste Joshua Redman, le trompettiste Steven Berstein et l’Afro Latin Jazz Orchestra du pianiste Arturo O’Farrill. À Sons d’Hiver, c’est un autre fervent défenseur de l’ancestralité qu’il avait invité, le batteur Tony Allen, parti lui aussi depuis rejoindre le monde des esprits.
La portée de l’Atlantique Noir, la rigueur de la clave africaine…ces deux-là n’ont pas fini de discuter.

Source : aloalobahia.com
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