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The Pan African Music Magazine
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99GINGER ou la célébration de l’afro-fusion
Kirou Kirou et Vanna / © @Amigoblondo

99GINGER ou la célébration de l’afro‑fusion

Depuis son essor en 2018, le collectif parisien 99GINGER s’est établi comme l’un des meilleurs ambassadeurs du son afro-diasporique. Trois de ses membres, qui entendent bien construire des ponts entre les cultures, ont raconté leur vision à PAM. Interview.

Au départ de l’aventure 99GINGER, il y a d’abord ce constat : l’éclectisme musical et la nuit parisienne, ça faisait deux. Kirou Kirou, cofondateur du collectif avec le producteur et DJ Lorkestra, observait alors d’un œil distant la frilosité des DJ et organisateurs de soirées de la capitale à faire tomber les barrières musicales. Force tranquille dotée d’une oreille affutée à force de sonder les abysses de Soundcloud, le jeune DJ d’origine éthiopienne fédère alors autour d’un même moteur une équipe aux horizons divers et aux compétences complémentaires, faite pour s’affranchir des diktats. Ni trop hype, ni trop underground, l’équipe 99GINGER réunit aussi bien des DJs, des vidéastes, des photographes, des graphistes ou encore une journaliste qui, en l’espace de trois ans, se sont imposés en savants défricheurs de talents ,et en ambianceurs décomplexés. Leurs soirées mélangent habilement hip hop, musique électronique et tout ce qui se trouve aux croisements de la musique afro, le tout en brassant un public pluriel dans un esprit de communion et de légereté. Mais leur ambition ne s’arrête pas là. Après la sortie de Müguu, compilation internationale qui célèbre leur troisième anniversaire en réunissant leurs coups de cœur, puis une Boiler Room de très haut niveau au casting cinq étoiles en septembre dernier, l’heure est venue d’en savoir plus sur ce crew influent et pourtant discret qui apporte une nouvelle impulsion à la vie nocturne parisienne.

Kirou Kirou | BR Paris: 99GINGER

Comment est né le collectif et autour de quelles valeurs s’est-il développé ?

Clarisse Prevost: 99GINGER a été créé il y a trois trois ans, en 2018, par Eddy (Lorkestra, qui ne fait plus partie du collectif aujourd’hui, NDLR) -producteur et DJ, et par Kirou Kirou, qui est aussi DJ. Le but avec 99GINGER, c’est qu’on avait l’impression qu’il y avait une place complètement vacante sur la scène parisienne. Il y avait un public mais il n’arrivait pas à trouver les soirées qui lui correspondaient. Avec typiquement toutes les nouvelles cultures : batida, afrobeats, baile funk, à l’époque on parlait même de « future beat » : autant de scènes qui partaient pour la plupart de Soundcloud et autant de genres qui se sont mélangés. Du coup, l’idée était de créer une entité qui puisse répondre à ces besoins, ceux de toutes les communautés underground qui ne trouvent pas les soirées qu’elles souhaitent faire.

Kirou Kirou : Je pense que c’est un peu né de la frustration qu’à cette époque, les scènes musicales étaient vraiment séparées, très techno ou très rap, il n’y avait pas vraiment grand chose entre les deux…ou alors tu allais en soirée, et tu voyais que les gars prenaient des risques à jouer des trucs assez éclectiques. Et en fait j’ai commencé à mixer, j’étais booké à Amsterdam, à Londres où les scènes musicales étaient très mélangées. Puis, tu rentrais à Paris et on était encore un peu en retard. J’avais justement envie de mixer dans des soirées comme ça et je ne trouvais pas, alors on s’est dit : « vas-y on va faire nos propres soirées ». J’ai commencé à mixer en 2017 je crois, tout s’est enchaîné dans la foulée.

Vanna : Moi j’ai rejoint Kirou en cours. On s’est rencontré en festival, c’était à Marvellous Island, ça c’est fait assez naturellement, bonne connexion. Ils étaient en train de monter 99GINGER en parallèle et, pour leur première grosse soirée, ils m’ont invité à jouer parce qu’ils me suivaient sur d’autres trucs que je faisais avant avec Yard, Fald, les résidences que j’ai faites au Social Club. Je pense que j’étais un peu un des précurseurs sur ce truc de genres hybrides, de mélanger le hip-hop et la musique électronique. Je pense que ça a un peu donné des idées à des petits collectifs comme 99GINGER de vouloir organiser leurs soirées avec leur communauté. Je me suis retrouvé là-dedans comme si j’avais fait un bond en arrière de dix piges, quand je commençais à organiser mes premières soirées aussi. J’avais envie de les soutenir dans leur projet, on continuait à se checker, à se donner des conseils et puis petit à petit j’ai intégré le truc à force de faire des petits consultings, à donner des idées, à échanger avec Kirou, j’ai rejoint la team naturellement. J’ai un peu ce rôle de grand frère, j’essaye un peu de structurer le truc avec l’expérience que j’ai de la vie nocturne. Je l’épaule sur la direction artistique. J’ai raison ou pas (rires) ?

Qu’est ce qui fait selon vous que ce genre d’évènements n’existait pas avant à Paris ?

Clarisse : Je pense que c’était encore trop underground et qu’il y avait une espèce de diktat de la musique électronique très parisiano-parisienne : house, techno, etc. Mais il n’y avait pas encore d’effervescence pour ces genres qui sont devenus beaucoup plus gros maintenant. Avant je pense que c’était vraiment trop une sous-culture, les gens ne connaissaient même pas forcément, maintenant il y a un public. Typiquement, la musique africaine, c’était pas populaire avant, maintenant tu la retrouve dans tout, c’est devenu à la mode donc les gens kiffent de venir à des soirées comme ça. Et mine de rien c’est tout de même de la musique de niche, ça met tout le monde d’accord parce que ça fait danser mais c’est quand même de la niche donc c’est compliqué. C’est pour ça que nous on a cette volonté de se connecter avec toutes ces scènes underground internationales, avec d’autres villes.

Clarisse Prevost / © @Amigoblondo

Justement, comment est-ce que vous vous connectez avec ces scènes internationales ?

Clarisse : On fait des compilations, des guest mixes, on fait des soirées aussi. Par exemple, la tournée Blooming Tour en 2019, on est parti à Porto, Montréal, Toronto, Hambourg et à Londres. Vu qu’on est des diggers, on connaît les scènes, les collectifs cools qui nous ressemblent, c’est un peu nos homonymes étrangers. Typiquement XXIII à Porto, Bone Soda à Londres, à Montréal il y en a plein aussi, c’est surtout Kirou qui les connaît tous. Pour les connaitre c’est pas compliqué, on se retrouve sur Soundcloud, sur les réseaux. C’est surtout la musique qui nous connecte à la base, mais pas que, c’est toute une culture, c’est les sapes, les espèces de mindsets (état d’esprit, ndlr), c’est plein de trucs qui nous connectent.

Quelle est votre vision du travail de curation ?

Kirou : On a envie d’être assez avant-gardistes dans notre curation (la curation est la sélection et la mise en en valeur de contenus préexistants, ndlr), et d’avoir plus ou moins un temps d’avance entre ce qui se passe et ce que les gens écoutent ici et maintenant.

Vanna : C’est donner de la force à une scène alternative, à des artistes émergents, à faire découvrir des nouvelles choses, on a un point de vue sur ce qu’il se fait et je pense qu’on a un œil assez critique dans le domaine artistique en général. Du coup on apporte un peu notre expertise à ce niveau-là : « il faut suivre ce mec là parce que dans pas longtemps il va monter ». Avec la petite structure qu’on est, on essaye de les mettre en avant par les évènements qu’on organise, de les faire performer pour les faire connaître à un public parisien, français, qui n’irait pas forcément checker ces mecs là de lui-même. Et c’est ce qui fait un peu notre force, c’est d’avoir cette envie de faire découvrir des gens talentueux dans des domaines différents.

Vous avez justement lancé votre propre plateforme pour cette raison. Qu’est-ce que l’on y retrouve ?

Kirou : C’est beaucoup d’éditorial, d’interviews, des critiques un petit peu aussi. Pour moi c’est pas vraiment un média, c’est plus une plateforme de curation, où tu retrouves vraiment tous nos contenus. Le but c’est n’est pas du tout de faire des articles tous les jours, c’est juste de nous exprimer sur quelque chose que l’on kiffe et qui nous intéresse.

Vanna : C’est de réunir un peu nos travaux sur un seul et même endroit. Parce qu’aujourd’hui tu as nos émissions sur des stations de radio, tu as nos podcasts qui se retrouvent là, on a des articles qui sont sur d’autres médias, on a nos editos shooting photo pour des marques qui se retrouvent sur leurs sites. Au final, l’idée c’était un peu de centraliser les choses et de dire : « Bon voilà, on fait beaucoup de choses pour les autres, pourquoi pas faire des choses pour nous, et avoir notre truc et le mettre en avant, c’est là où on va archiver tous nos travaux, un peu comme notre CV ». C’est la même réflexion qu’on a eue en créant le label 99GINGER, c’est qu’on a toujours joué la musique d’autres artistes, d’autres labels, etc. Et je pense que là, l’envie avec le label c’était de jouer nos trucs à nous, de créer nos projets à nous. Sur la compilation qui est sortie il y a quelques mois, l’idée c’était ça : réunir les artistes qu’on a kiffés et qu’on a découverts pendant le confinement. Et de dire : « Ça c’est un projet 99, on va jouer nos tracks « à nous »  ».

© @Amigoblondo

La compilation va-t-elle ouvrir la porte aux artistes du label 99GINGER ?

Kirou : Je pense que c’est une étape différente de sortir un EP d’un artiste qu’une compilation par exemple. La compilation, c’était plus une célébration des trois ans du projet 99GINGER. Après on va sortir des EPs bientôt, il y a des projets cool qui arrivent, on va refaire des compilations. Moi je t’avoue j’aime beaucoup les compilations parce que ça ramène une énergie qui est totalement différente. Comme disait Vanna, c’est le début d’une branche qui se crée comme le média, comme la partie event, ça va se développer aussi.

Vanna : Ce qui est cool c’est que c’est vraiment des choix qui se font naturellement et instinctivement. Tu vois, quand on a commencé à travailler ensemble, on s’est pas dit : « il faut qu’on fasse ci, il faut qu’on fasse ça, etc. » En fait c’est juste la suite logique d’un enchaînement d’événements : on a fait une soirée, puis deux, trois, où ça a plutôt bien marché, et on se dit : « viens on fait vraiment des soirées, on fait une compil’, deux compil’, pourquoi pas faire un label tu vois ? » Je pense c’est ce qui est important aussi dans le projet, c’est que l’énergie est spontanée, elle est saine, il n’y a pas de stratégie derrière. Alors oui on a envie de réussir à se professionnaliser un peu, parce que c’est comme ça que tu vas plus loin. En ayant un socle solide, une bonne base qui fait que tu travailles plus vite, que t’es plus efficace, mais ça c’est encore en cours. Il y a plein de nouveaux projets qui sont en train de se passer, comme le label, c’est relativement nouveau pour nous. Si on a un coup de cœur sur un artiste que l’on kiffe, l’idée ça va être de le faire venir chez nous, et d’essayer de créer son projet avec lui. Et pas seulement de signer un truc sur un projet qui est déjà fini. Sur la première compilation officielle sous le label c’était un petit exercice. Maintenant je pense qu’on commence à capter comment faire, et au final c’est pas quelque chose qui est genre : « pain in the ass ». Ce sont des projets excitants !

Retrouvez l’actualité de 99GINGER sur leur site.

Müguu, disponible sur toutes les plateformes.

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