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The Pan African Music Magazine
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Soweto, une généalogie musicale par Lerato Lichaba d'Urban Village

PAM a rencontré le fondateur du groupe Urban Village, guitariste et chercheur d’art né à Soweto. En quelques vinyles, il retrace un morceau de l’histoire des musiques sud-africaines (60-80s), de leur village au grand shaker culturel de Soweto.

Lerato Lichaba connaît bien la musique de ses ancêtres. Quand il s’envole en solo avec sa guitare, ses racines zouloues refleurissent sur scène. Son groupe Urban Village est ancré dans le terroir familial et offre une synthèse inédite de guitares zoulous, d’indie folk, de chœurs inspirés de l’isicathamiya (chant a cappella zoulou que Sam Thsabalala et les Ladysmith Black Mambazo ont rendu célèbre) et de jazz, le tout porté par une énergie spirituelle entraînante. Son parcours personnel est révélateur de l’évolution de la musique sud-africaine : d’abord DJ et fan de house comme bien des jeunes de la génération post-apartheid, il renoue avec le maskandi de ses “oncles” (les voisins) du quartier de Mzinthlope, à Soweto. Ce genre typique que les travailleurs migrants du Kwazulu-Natal ont importé en ville l’a fasciné. Il commence alors à creuser sous le bitume, tentant de reconstituer, en quête de vinyles, la longue et riche histoire des musiques sud-africaines dont il nous offre un aperçu aujourd’hui, avec quelques-uns des disques de sa collection personnelle à l’appui. 

La musique de l’exode rural

Sa balade débute dans les années 1920 – période où les peuples Xhosa, Zoulou et Sotho qui peuplaient l’Afrique du Sud vivaient encore sur leur terre natale. Mais très vite, les populations de ces villages ont migré dans les grandes villes pour travailler dans les mines. 

Township Jive & Kwela Jazz

« Cette musique documente la période où les populations ont quitté leurs terres natales pour venir trouver du travail à Johannesbourg. Il s’agit principalement de musique faite à l’époque de Sophiatown. »

« Au fil du temps, la musique kwela est devenue la principale musique jazz d’Afrique du Sud. »

Spokes Mashiyne – “Meva”

« C’est celui qui a vraiment exploré l’usage de la flûte “pennywhistle”. À l’époque, les musiciens n’avaient pas les moyens de s’acheter des instruments comme un saxophone, une basse, etc. L’instrument le plus accessible était le pennywhistle, alors très populaire. C’est donc celui qui… C’est le Dieu de la musique kwela ! »

S. Tshabalala – “Bonakele”

« C’est le moment où le kwela rencontre les musiques maskandi et mitashiyo. Les artistes présents sur ce disque, parce qu’ils n’avaient pas le droit de participer à des “activités récréatives” (on les obligeait à travailler du lundi au samedi chez leur employeur) n’avaient plus que le dimanche pour s’amuser. Mais c’était compliqué pour eux ce jour-là car la loi leur imposait d’aller à l’église. La plupart d’entre eux se réfugiait alors dans des endroits dérobés où ils pouvaient jammer pendant des heures. Et c’est comme ça que ce disque est né ! »

La reconnaissance internationale, la fin de l’isolement

Certes, dans les années 60 et 70, les musiques noires se développent et sont diffusées à la radio, en particulier sur Radio Bantu – la radio créée par le gouvernement destinée aux auditeurs noirs. Mais elles sont surveillées de très près et une commission de censure veille à ce que les chansons subversives ou rebelles soient interdites d’antenne (en rayant par exemple avec une lame de rasoir les parties du vinyle qu’elle censure). Arrive le temps de la reconnaissance internationale pour de nombreux groupes : 

Paul Simon feat. Ladysmith Black Mambazo – “Diamonds On The Soles Of Her Shoes”

« Puis est arrivé un homme du nom de Paul Simon. »

« Cet album, Graceland, est celui qui a fait exploser la musique africaine à l’échelle internationale. Car les musiciens noirs sud-africains eux-mêmes ne croyaient pas en eux ou en leur musique, et quand Paul Simon est arrivé pour travailler avec eux et apporter leur musique en Europe, l’Afrique du Sud a gagné une énorme reconnaissance internationale, qui a permis l’éclosion d’un album de référence : Paris – Soweto. »

Mahlathini & Mahotella Queens – Paris – Soweto

« Ces deux albums sont pour moi les documents les plus importants de la musique sud-africaine. Car c’est comme ça que notre musique est arrivée en Europe. On pouvait enfin aller à l’étranger pour jouer et leur expliquer une autre réalité à propos de ce qui se passait réellement en Afrique du Sud, afin que le monde entier nous entende et nous aide avec l‘Apartheid. »

Lerato possède bien sûr les disques de Juluka, le groupe formé par Johnny Clegg et son camarade Sipho Mchunu, qui fit sensation avec son mélange de musiques traditionnelle zouloue, de mbaqanga, et de pop incarné par un groupe multiracial. Johnny Clegg qui continuera en solo avec le groupe Savuka devient à la fin des années 80 l’un des principaux ambassadeurs musicaux de la lutte anti-apartheid, occupant la tête des charts européens avec les chansons « Scatterlings of Africa » et « Asimbonanga », son hommage à Mandela.

Lui aussi est l’héritier du melting pot tradi-urbain qui s’épanouit à partir des années 60 dans les townships sud-africains.

Les années 60 : rencontre de la musique Zulu traditionnelle et du jazz township

Mahlathini & Amaswazi Emvelo

« Ici on est dans les années 60, quand les musiciens traditionnels du KwaZulu-Natal sont venus s’installer à Joburg. C’est donc un mélange entre la musique zulu traditionnelle et un jazz à la sauce township, ou plus simplement la musique township. C’est la prise de conscience des Noirs qui se disent, “Ok, maintenant on sait ce qu’on pourra faire une fois arrivés à Joburg !” »

Moses Mchunu – “Gijima Mfana”

« Moses Mchunu est un autre excellent musicien de maskandi qui a lui aussi aboli les frontières entre le jazz du township et la musique Zulu traditionnelle. »

La soul sud-africaine 

« C’est quand la musique des Noirs n’a plus subi de censure, et que tout était bon pour être diffusé à la radio [rires] ! Radio Bantu a alors produit des compilations de soul noire locale, mais le genre était largement influencé par les Nord-Américains, comme Clarence Carter, Percy Sledge, James Brown… On y comptait aussi des artistes habitués de l’Afrique du Sud et qui nous ont enseigné beaucoup de choses, et dont avons adapté le style de jeu en le mixant à notre musique soul d’Afrique du Sud. »

« Donc, Radio Bantu Hits Volume 1 ! Et c’est tout pour aujourd’hui… »

En effet, la liste est longue et ce voyage forcément parcellaire, d’autant que cette créativité débridée n’a cessé de s’épanouir avec la fin de l’apartheid, accouchant de nouvelles formes musicales (comme le kwaito, ou plus récemment l’amapiano). S’inscrire dans cette longue histoire, en s’inspirant de ce patrimoine urbain spécifiquement sud-africain, c’est le point de départ et la marque de fabrique du groupe Urban Village, qui publiera en janvier son premier album sur le label No Format. PAM vous en reparlera.

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