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Moonshine sort sa nouvelle mixtape, et présente le Congolais DJ P2N

Dans SMS For Location Vol. III, sa nouvelle compilation gratuite disponible le 13 décembre, le collectif et label fait entendre sa bande de cousins « afro-globaux ». Parmi eux, P2N, DJ et producteur qui vit à Lubumbashi, en RDC.


Back to Congo

Le collectif Moonshine, basé à Montréal, s’apprête à sortir une nouvelle compilation le 13 décembre prochain. Ce sera le troisième volume de la série de mixtapes SMS For Location, qui réunit les sons afro-globaux produits par les artistes d’un collectif qui s’élargit et développe sa toile à travers le monde, de Nairobi à Montréal en passant par Santiago du Chili, Stockholm, et tout récemment Lubumbashi. La deuxième ville de RDC, toute proche de la frontière zambienne, est aussi loin de Johannesbourg que de Kinshasa la capitale. Autant dire qu’elle est la porte qui relie l’Afrique centrale à l’Afrique australe.

C’est là, dans la capitale des « mangeurs de cuivre » (en référence à l’histoire minière de la cité), que vit DJ P2N, nouvelle recrue du collectif. 

Pierre Kwenders et Hervé Kalongo, deux des fondateurs de Moonshine, eux-mêmes originaires de RDC, ont découvert le son de P2N au cours d’un voyage à Kinshasa. Son titre « Likolo« , en collaboration avec DJ Amaroula de Kinshasa, circulait partout, et représentait à merveille « une dynamique assez jeune de la musique congolaise qui embrasse la musique électronique. C’était assez nouveau, avec des sonorités très ouvertes vers l’extérieur » se souvient Hervé Kalongo qui ne parvenait pas alors à trouver de qui pouvait bien émaner ce son que Shazam ne trouvait pas, puisqu’il était absent des plateformes numériques. 

Mais une chose était sûre, il y avait là un artiste dont la musique correspondait à 100 % à l’esprit de Moonshine, qui justement cherche à offrir une plateforme aux musiques afro-électroniques globales. 
 

Crédit : Ceylan Logan


P2N : mangeur de cuivre, mangeur de beats

C’est finalement sur un groupe WhatsApp – par lequel circulent tant de musiques au Congo — que nos deux Moonshiners découvrent l’auteur de ce son qui les obsède. Mais il faudra attendre leur retour à Montréal pour récupérer le contact de P2N. Il se trouve qu’Akantu, l’un des producteurs de Moonshine, était lui aussi originaire de Lubumbashi et qu’il avait vécu dans la même rue que le DJ. 

P2N, c’est le nom de scène de Prince Molowai, né le 18 décembre 1992 à Lubumbashi. Joint au téléphone, il explique que, fan de Booba, il a ajouté un second N à son prénom, devenant ainsi « Prinnce », autrement dit « P2N ». Voilà pour les présentations. 

Après le lycée, ses parents l’envoient en Afrique du Sud pour poursuivre des études « sérieuses » de Business Management, mais lui s’éprend des machines, de la house dont le pays est un des phares, et change de direction en s’inscrivant à l’université locale pour développer ses connaissances sur la musique et le son. Il se produit dans des soirées congolaises et sort ses premiers sons sur YouTube. Évidemment, ses parents se rendent compte de la supercherie et Prince doit rentrer manu militari en RDC, et son père lui confisque son passeport histoire de garder le contrôle sur le fiston. Nous sommes en 2014, et un nouveau chapitre s’ouvre pour le jeune DJ. Dans sa ville natale, il ouvre son propre studio, Isuba Drums, et commence à développer ses propres productions, en collaboration avec DJ Spilulu, un camarade qui, comme lui, revient d’Afrique du Sud. « On a aimé le son d’Afrique du Sud, mais on voulait le faire dans notre langue… on a fini par créer un son, » explique P2N, qui s’inspire aussi des musiques de sa région, telle que celle des Bemba (qui vivent de part et d’autre de la frontière RDC-Zambie), des rythmes du Kasaï comme des percussions de récupération (bidons, casseroles) qui servent dans la musique de rue. On pourrait y ajouter le coupé-décalé, qui en puisant abondamment dans la musique congolaise, l’a recrachée en « sauce graine » (sauce ivoirienne) cuisinée avec des machines. Ce mélange particulier chez P2N, à la fois local et global, a séduit les fondateurs de Moonshine qui, de collectif organisant des soirées, s’est aussi mué en label. DJ P2N sortira d’ailleurs son premier EP dans les prochains mois chez eux.

Pierre Kwenders et Hervé Kalongo devraient aussi faire le voyage à Lubumbashi pour travailler avec le producteur — qu’ils rencontreront physiquement pour la première fois- en janvier prochain, PAM vous en reparlera. En attendant, on peut donc le découvrir sur leur nouvelle mixtape, qui marque le cinquième anniversaire de Moonshine. 
 


SMS For Location Vol. III

Les mixtapes SMS For Location, dont le 3e volume paraît ce vendredi 13 décembre, conservent l’esprit des soirées moonshine, qui ont transposé le concept de la petite fête entre amis dans une cuisine — avec la musique et l’enjaillement pour ciment — à de grandes soirées rassemblant des communautés les plus diverses au Nomad, un loft du Mile-End de Montréal, puis dans des lieux différents capables d’accueillir de plus en plus de monde. Chaque mois après la pleine lune, le collectif envoyait au dernier moment par SMS le lieu jusque là tenu secret de la soirée. C’est donc le SMS qui est devenu un lien entre les membres d’une communauté qui s’est élargie et diversifiée au fil des ans. « SMS pour adresse », c’est ainsi qu’on pourrait traduire le titre de ces compilations, rappelle Hervé « Coltan » Kalongo, qui s’occupe, entre autres, de la direction artistique de Moonshine. Pour ce troisième numéro, le collectif/label ne s’est pas départi de l’esprit « fête de cuisine », mais la cuisine est devenue mondiale, mettant à jour un réseau de cousins qui de part et d’autre du globe dessinent une famille élargie. P2N feat. DJ Boyoma à Lubumbashi donc, mais aussi le duo Merci & Marco qui marie les sons afro et électro à Santiago du Chili, Pedro du label Enchufada à Lisbonne, Dinamarca à Stockholm ou encore la DJette Coco EM de Nairobi, pour un interlude en swahili où résonnent des messages politiques : « Nous ne croyons pas en nous-mêmes. Il n’y a pas de place pour la haine dans ce monde aujourd’hui — Nous sommes magiques lorsque nous sommes unis. » Comme quoi, l’enjaillement n’exclut pas, bien au contraire, la prise de conscience… et danser peut tout à fait rimer avec penser. Quant à Pierre Kwenders, il collabore avec le DJ et producteur new-yorkais Uproot Andy, pionnier du mouvement Global Bass, pour nous emmener à Gbadolite. Le village natal de Mobutu, dont le maréchal fit une cité toute à sa (dé)mesure, fut peu à peu abandonné après sa mort, au point de devenir une ville fantôme. 

Vous l’aurez compris, voilà une mixtape qui représente au mieux l’esprit d’une famille qui se découvre, un peu partout sur la planète, des frères cachés. 

À partir du 12 décembre, vous pourrez vous la procurer gratuitement en envoyant – via WhatsApp – un SMS au 1 514 612 4859. Et le 13 décembre, sur toutes les plateformes. 

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