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La Dame Blanche : « ELLA, c’est Elle. ELLA c’est Nous Toutes. »
© MaxiGuterman

La Dame Blanche : « ELLA, c'est Elle. ELLA c'est Nous Toutes. »

L’artiste met sa flûte et son cigare au service de la lutte contre le patriarcat. Yaïté Ramos et son personnage mystique dévoilent un album dansant, entre hip-hop et cumbia, dans une ode à la féminité aux allures divinatoires. Rencontre.

Yaïté Ramos grandit à Cuba entre les rythmes bembés et les danses de cultes aux Orishas (divinités vénérées aussi bien chez les Yorouba, au Brésil que par de nombreux Afro-Cubains, ndlr). De son enfance, elle garde en souvenir l’odeur du tabac et de l’arroz con frijoles (riz et haricots) de sa mère. Elle y apprend aussi la fierté des femmes cubaines et découvre très tôt la puissance de sa voix. D’abord choriste et flûtiste, son joli timbre est repéré par Sergent Garcia, puis elle devient la chanteuse du producteur argentin El Hijo de la Cumbia, connu pour sa fusion de la cumbia et de l’électro. La puissance de ses rêves la transporte jusqu’à Paris, où elle devient La Dame Blanche, personnage captivant, sensuel et mystique. Le hip-hop devient alors son terrain de prédilection pour y incorporer toute sa richesse musicale. Avec son énergie scénique, elle entame alors des tournées et des festivals dans le monde entier. Fille de Jesus « Aguaje » Ramos, directeur musical du célèbre Buena Vista Social Club, c’est pourtant à sa mère, Iris Rodriguez, qu’elle souhaite rendre hommage à travers son quatrième album : ELLA

D’où vient le nom de votre personnage ?  

Il y a beaucoup de cultures qui connaissent l’anecdote de cette dame blanche qui hante les rues. Elle est vraiment connue dans le monde entier et je pense que c’est un bon petit clin d’œil à ma spiritualité. C’est bien sûr très ironique, ça fait toujours sourire quand je dis que je suis La Dame Blanche, mais celle que j’incarne apporte de bonnes nouvelles, ce n’est pas comme l’esprit qui amène les malheurs, j’ai converti ça en autre chose. 

Sur le nouveau clip de votre titre « La Mentalista », issu de votre nouvel album, on vous retrouve une nouvelle fois avec un cigare à la bouche. Quel genre de symbole le cigare est-il pour vous ? 

Ce n’est pas seulement pour faire comme à Cuba, où le cigare est associé à La Havane et Fidel Castro, c’est aussi parce que dans notre religion il a une grande importance. Comme pour l’encens dans d’autres cultures, le cigare apporte cette touche que les esprits aiment bien, et c’est vrai qu’à la maison de temps en temps, au moins une fois par mois, quand on fête quelque chose, tout le monde amène son petit cigare. Je viens aussi d’une région très connue pour sa qualité. Quand tu arrives à Pinar del Rio, l’odeur de cette terre humide et de la feuille de cigare est présente du matin au soir.

© MaxiGuterman

N’est-ce pas aussi un symbole de lutte contre le patriarcat ? 

Oui, quelque part ça donne aussi une petite connotation rebelle. Un homme avec un cigare ça interpelle moins qu’une femme, mais je ne suis pas la seule. C’est juste un petit détail, mais pour moi, c’est là où commence le combat. 

Cet album intitulé Ella rend hommage à votre maman, Iris Rodriguez, et aux femmes en général puisque chaque titre de l’album est un portrait féminin, pourquoi cette ode à la féminité ?  

Évidemment déjà je suis féministe : je ne suis pas la plus radicale, mais je pense qu’au vu du succès du féminisme de nos jours, on arrive à imposer notre parole, et je voulais mettre mon petit grain de sable pour cette cause et pour toutes ces femmes battues. C’est un hommage à ma maman, mais ça c’est très facile à dire, derrière cette petite phrase, il y a aussi un hommage à toutes les femmes, à la non-violence, à la paix, à l’amour, la sexualité… 

Vous jouez également de la flûte traversière, qui ouvre d’ailleurs le bal de ce nouvel album, d’où vient cette affection particulière pour cet instrument de la musique classique ? 

Je suis flûtiste, c’est mon instrument. J’ai commencé à l’âge de huit ans à jouer de la flûte traversière et je voulais être une grande flûtiste classique, mais bon, la vie t’amène où elle veut, et aujourd’hui je me retrouve à faire du hip-hop, mais la flûte c’est mon arme de combat donc du coup c’est sûr qu’elle fait la différence. 

En parlant de combat, votre album s’inscrit dans le mouvement contre les féminicides lancé en Argentine #NiUnaMenos (Pas Une de Moins). Vous dites « ELLA, c’est Elle, ELLA c’est Nous Toutes », pensez-vous qu’on assiste aujourd’hui à une nouvelle vague féministe en Amérique latine ? 

Oui, de manière très forte et c’est pour ça que je voulais donner ma version et y donner cette force qu’il y a chez nous les femmes cubaines, la transmettre au monde entier et peut-être que dans une des phrases de mes chansons, il y aura un mot qui touchera une femme, un foyer, ou un homme qui en prendra conscience. Mais c’est un album pour danser, c’est pas la guerre totale ! Je parle aussi de l’amour, de la terre, de beaucoup de choses… 

« La Maltratada » – La Dame Blanche

« La Maltratada », deuxième single de l’album : de quoi parle cette chanson? 

« La maltraité » c’est une femme à bout de force qui dit à un homme « ta pensée me maltraite et à la fin, on se fait du mal tous les deux ». J’essaie très ironiquement de mettre en musique la maltratada pour lui donner un peu de force et qu’elle lui ferme la porte. 

Ce titre reprend la makuta cubaine, une musique et une danse basées sur des rythmes originaires du Congo qui accompagnaient les cérémonies royales de couronnement, qu’est-ce que ces rythmes et cette culture représentent pour vous ?  Est-ce aussi une manière de rappeler à chaque femme le pouvoir qu’elle porte en elle ? 

Exactement, et je pense que les makutas, on les danse inconsciemment à Cuba maintenant. La makuta, comme tous les autres rythmes qui viennent d’Afrique sont adaptés dans la musique urbaine. Mais que ce titre m’ait amené à ce rythme et à ces paroles-là, c’était de la pure coïncidence et c’est pour ça que la spiritualité est toujours là quelque part.

Dans la santeria cubaine, il y a de nombreuses divinités féminines (Yemayá, mère des poissons et des eaux, Oya, déesse du fleuve Niger, Oshun, déesse de la rivière), ont-elles inspiré vos portraits ?

Évidemment, ça fait dix-sept ans que je suis santera et ça fait partie tous les jours de ma vie. C’est une sorte d’espoir, et bien sûr si je t’invite à la maison tu vas les voir toutes les trois comme des princesses! (sur l’autel dédié aux divinités qu’on trouve dans bien des maisons cubaines, ndlr).  Il y a quelques jours c’était leur fête, et c’est sûr et certain que dans chacune de ces femmes-là, il y a une petite part de Yemayá, d’Oshun, d’Oya, elles sont la représentation de toute cette force qui est cachée dans une femme. 

© MaxiGuterman

Pensez-vous que l’aspect divin et religieux de cet album, conçu comme une sorte de panthéon féminin, peut changer l’imaginaire collectif, très souvent centré autour de divinités masculines et est-ce qu’en tant que femmes on peut se réapproprier ces divinités ? 

Évidemment, et je ne pense pas seulement à notre religion afro-cubaine : dans toutes les religions il y a une déesse très forte, qu’hommes, femmes ou enfants vénèrent. C’est sûr qu’on voit plus souvent des dieux garçons qui sont des guerriers, mais il y a aussi pas mal de femmes. Elles sont toujours là, c’est elles qui amènent la soupe. (rire) 

La trap, la cumbia, le hip-hop, le rap, le reggae, l’électro et même la transe syncrétique : vous mélangez des genres musicaux dans un cocktail explosif. Est-ce cela l’affirmation de soi ? 

C’est tout à fait ça, j’ai eu beaucoup d’autres projets avant d’y arriver : j’ai fait du latin jazz, de la musique classique, du pur jazz, je suis passée par un large panel musical, et j’arrive au hip-hop avec tout ce mélange musical où je m’impose parce que j’aime toutes les musiques. Je ne veux pas faire que du rock ou que de la salsa, je voulais vraiment m’épanouir musicalement avec un hip-hop à mon goût, et la cubanité va être là de toute façon parce que j’aime mélanger tous ces rythmes, ça donne un potentiel qui me comble. Le hip-hop réunit tellement de choses, il y a tellement de liberté dans ce style, que je l’ai choisi. Oubliez la flûte classique, ça sera dans le hip-hop maintenant. 

Écoutez La Dame Blanche dans notre playlist Women Power sur Spotify et Deezer.

Ella, maintenant disponible chez Boa Viagem Music.

Ella – La Dame Blanche
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