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Nihiloxica, tumulte polyrythmique
Nihiloxica par Will Leeming

Nihiloxica, tumulte polyrythmique

Avec Kaloli, Nihiloxica signe un disque puissant, producteurs et percussionnistes s’alliant pour donner corps à une transe hypnotique où se mêlent polyrythmies ougandaises et techno des plus toxiques.

Fruit du télescopage réussi entre des percussionnistes ougandais du Nilotika Cultural Ensemble et deux jeunes producers de Leeds — fan de Refused et d’Aphex Twin, le groupe polyrythmique Nihiloxica est en train d’épingler Kampala sur la carte des villes africaines qui bouillonnent fort. Décrit par Gareth Main comme « le meilleur groupe sur Terre actuellement » dans The Quietus, Nihiloxica est sur le point de libérer ladite Terre du confinement grâce à Kaloli. Un premier album signé chez Crammed Discs, un des meilleurs labels sur terre actuellement. PAM a rencontré Spooky-J, batteur du super-combo : le Nyege Nyege Festival, les marabouts dans la ville, la première partie d’Aphex Twin et la scène ougandaise… Il nous dit tout. 

La réussite de Nihiloxica, la reconnaissance internationale de Wakaliwood — cette sémillante production cinématographique indépendante — en passant par le projet de label et de festival Nyege Nyege… L’Ouganda et sa capitale rayonnent littéralement à travers leurs scènes culturelles. Quel est le secret de Kampala ?

Étonnant toute cette créativité n’est-ce pas ? Je pense qu’une alchimie naturelle et vertueuse s’opère ici. Les gens sont très, très curieux. L’Ouganda est un des plus jeunes pays africains. Sur Kampala, le brassage universitaire dynamise la vie nocturne. Quand Derek (Derek Debru, cofondateur du festival Nyege Nyege en 2015, puis du label Nyege Nyege Tapes avec l’ethnomusicologue Arlen Dilsizian, NDLR) a initié son collectif, il était justement d’abord question d’une approche festive. Investir des lieux, des clubs. Et puis le mélange a bien pris entre les locaux et les expatriés qui vivent dans la capitale. Il y a quelque chose de sain qui se joue entre les deux publics. Comme un éveil. Les expériences de fête se sont vite structurées en résidence de musiciens, studios d’enregistrement et label, Nyege Nyege Tapes. Aujourd’hui, Kampala offre une véritable niche culturelle !

Nihiloxica est née de cette dynamique ?

Complètement. J’ai découvert Kampala il y a quatre ans, à l’occasion de la seconde édition de Nyege Nyege Festival. J’avais alors été invité pour une résidence grâce à une bourse. Le projet était un peu flou. Je suis arrivé sur place sans idée ni but précis, mais la rencontre au sein du Boutiq Studio avec le Nilotica Cultural Ensemble, spécialistes de rythmes ancestraux, a scellé l’histoire. J’ai adoré le lieu, sa vibration. Un mois plus tard, le premier EP de Nihiloxica était prêt !

Après un second EP, Nihiloxica sortira son premier album fin avril 2020. Mais cette fois-ci, vous avez quitté l’Ouganda pour enregistrer…

Oui, nous sommes partis à Bradford dans le Yorkshire pour mettre l’album en boîte. On a profité d’un concert au Printworks à Londres, où Aphex Twin nous avait invité à assurer sa première partie, pour enregistrer dès le lendemain. C’est au studio Hohm, sous la houlette de Ross Halden que nous avons capturé les huit tracks de Kaloli, notre premier opus. Enregistrer hors-sol a constitué un vrai défi. Il faut dire qu’on était plutôt habitués, jusqu’ici, à un rythme assez relax. Les conditions d’un studio à l’européenne, où chaque journée compte, ont vachement mis la pression aux musiciens. Mais je pense que cette étape était nécessaire, il nous fallait mettre un pied hors de Kampala pour bénéficier d’une plus grosse production. Sans renier quoi que ce soit de nos deux premiers EP bien sûr ! Mais bon, notre premier quatre titres (sorti en 2018, évidemment sur le label Nyege Nyege Tapes, NDLR) a été enregistré dans un salon. Cette fois-ci, nous voulions un gros son.

Est-ce qu’Aphex Twin est passé vous voir au studio ?

Malheureusement non (rires) ! J’ai grandi en Chine, et j’ai plutôt une base rock et métal avec un groupe comme Meshuggah. Ce n’est qu’à mon arrivée en Angleterre que je me suis mis à la musique électronique. Mais oui clairement, le travail d’AFX est une grande référence pour Nihiloxica.

Nihiloxica
Nihiloxica © Rita J. Cruz

Cette influence se devine beaucoup je trouve, notamment lorsque l’on se penche sur les motifs de synthés joués par Pete Jones.

En fait, même au-delà de la musique, c’est toute la démarche d’Aphex Twin, tout le biotope musical qu’il a mis en place — du rythme de ses sorties à ses nombreux avatars créatifs en passant par son indépendance — qui constituent des modèles très forts. Après, je suis tombé sur Refused à l’âge de douze ans, alors ça m’a fortement marqué. Leur album The Shape of Punk to Come, qui mélange hardcore, passage jazz et nappes électroniques est incroyable.

Refused est un groupe de hardcore polyrythmique c’est clair ! En tant que batteur de Nihiloxica, ton jeu est un peu différent qu’au sein d’une formation traditionnelle ?

Complètement même ! La batterie n’est plus la seule fondation rythmique ici, puisque par définition nous somme une formation polyrythmique. J’utilise mon instrument d’une autre façon, le snare (la caisse claire, NDLR) a un son différent et j’utilise beaucoup les cymbales, qui viennent apporter une palette sonore typique. En général, il ne faut pas que le tout sonne trop brouillon et confus, surtout du côté des rythmes, des percussions. Aujourd’hui, le line-up du groupe s’est resserré par rapport à la formation originale. Moins de musiciens signifie plus d’espace d’expression pour chacun.

Kaloli, votre premier album, signifie « marabout » en luganda…

Oui le marabout est notre mascotte depuis le début du groupe ! C’est l’oiseau qui figure sur notre merchandising, nos artworks. Quand nous avons découvert Kampala, il y avait ces silhouettes massives d’échassiers dans les arbres… Leur poids faisait plier les branches. Ces images m’ont marquées. Les marabouts sont des charognards qui se nourrissent dans les décharges. Ils sont d’étranges vautours urbains qui vivent en colonies. Issus de la nature, leur vie est pourtant liée ici au débordement de la ville, à son bouillonnement. Une fois dans les airs, ces immenses échassiers font néanmoins preuve de grâce. On peut y voir ici une allégorie avec Nihiloxica. À l’image du kaloli, notre musique est née d’un brassage étrange, d’un tumulte, mais elle tend vers de belles envolées.

Nihiloxica, Kaloli (Crammed Discs), sortie le 19 juin.

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