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Le label Ostinato et le Groupe RTD enregistrent un album historique à Djibouti
Groupe RTD © Janto Djassi

Le label Ostinato et le Groupe RTD enregistrent un album historique à Djibouti

Déjà fier de pouvoir brandir des compilations indispensables dédiées au Soudan, à la Somalie, à Haïti ou au Cap-Vert, Ostinato collabore aujourd’hui avec le Groupe RTD pour enregistrer un véritable album studio, une fois n’est pas coutume. PAM a saisi cette opportunité pour recueillir plus de détails auprès de Vik Sohonie, tête pensante du projet, tout en vous dévoilant un titre en avant-première.

Depuis la première sortie du label en 2016, chaque projet d’Ostinato est attendu comme un mini-évènement en soi. Évidemment, The Dancing Devils of Djibouti ne déroge pas à cette règle, et fait même l’objet d’une avancée majeure dans la philosophie du label. Quasi inexistant des débats lorsque l’on parle de musique d’Afrique de l’Est, la République de Djibouti recèle pourtant son lot de filons musicaux insoupçonnés. En 2016, le boss du label Vik Sohonie a commencé à solliciter les autorités radiophoniques de ce minuscule pays de la Corne de l’Afrique, dans le but de décrocher un accès à son immense collection musicale. Ostinato devint alors le premier label étranger à mettre la main sur ces ressources qui, de fil en aiguille, ont conduit son leader à rencontrer les musiciens du groupe RTD (Radiodiffusion-Télévision Djibouti), véritables incarnations vivantes de ces archives. Sollicité pour jouer dans des cérémonies officielles à Djibouti, le groupe sort enfin de sa cachette et tapisse pour la première fois la mappemonde de leur musique incroyablement riche et authentique. Grâce à un studio mobile, ils ont enregistré ensemble et en seulement trois jours — délai imposé par les autorités — un petit chef-d’œuvre où convergent chaudement des influences inhérentes à leur position géographique, entre musique indienne, reggae, jazz, et funk somalien.

Asma Omar – Buuraha U Dheer (The Highest Mountains)
Cette sortie n’est pour une fois ni une réédition ni une compilation. Quand as-tu pris cette décision d’enregistrer un album studio ?

J’ai toujours eu à l’esprit l’idée d’un album enregistré, c’est une progression naturelle. Si tu introduis la musique dite somalienne au monde, il est sage de commencer par une compilation historique et panoramique pour permettre aux gens qui ne l’ont jamais entendue auparavant d’apprendre, de comprendre et d’apprécier. Ensuite, tu peux donner un avant-goût de quelque chose de contemporain qui maintient des liens avec l’ancien. C’est la prochaine étape pour tous les pays dont nous avons publié des compilations. Personnellement, c’était aussi un nouveau défi passionnant. Créer des compilations et enregistrer un album studio sont deux choses très différentes, et au bout du compte, l’essentiel de la musique se traduit par l’enregistrement de nouveaux albums.

Tu fais référence aux médias qui voient la République de Djibouti comme un endroit dans lequel il ne se passe rien, et qui n’a pour seul intérêt que sa position géographique stratégique en Afrique. Qu’est-ce qui t’a attiré dans ce pays, et quel a été l’élément déclencheur ?

Djibouti se trouve sur une voie commerciale historique où transitent plus de 30 % du commerce mondial. Historiquement, de nombreuses cultures ont transité par-là, laissant à Djibouti une culture et un son très cosmopolites. L’idée de cet album a germé pour la première fois lorsque nous sommes allés à Djibouti pour obtenir la licence de deux chansons qui figuraient sur la compilation Sweet As Broken Dates. Nous avions alors découvert ce groupe et l’infrastructure musicale nationale de Djibouti. L’ancien directeur de la radio nationale était très insistant à l’idée que quelqu’un travaille avec toute cette musique qui dormait dans le pays. Il nous a présenté le groupe pour nous donner un avant-goût et nous avons été convaincus !

Groupe RTD en studio © Janto Djassi
Tu as écrit qu’« aucune entité étrangère n’avait obtenu l’autorisation de travailler avec les riches archives musicales de Djibouti », ce qui s’apparente presque à montrer un nouveau dinosaure au monde pour un paléontologiste. Quel est ton sentiment vis-à-vis de ce privilège, et de quelle manière as-tu approché les gens sur place pour obtenir cet accès ?

En 2016, nous avons commencé par rencontrer tous les hauts fonctionnaires qui nous ont montré le groupe, les archives nationales et toute la musique que Djibouti avait à offrir. Trois ans plus tard, alors que nous étions prêts à rentrer, nous sommes passés voir l’ambassadeur djiboutien en Allemagne qui nous a beaucoup aidés, en s’assurant par exemple que le chef des douanes de Djibouti puisse dédouaner tout le matériel que nous avions amené dans le pays. Ce fut un immense coup de pouce. À partir de ce moment, nous avons subi des jours de négociations avec de nombreux fonctionnaires différents, car tout devait être approuvé par plusieurs autorités. Traiter avec la bureaucratie gouvernementale n’est pas facile, car les gens du gouvernement ne sont pas des musiciens, ils sont parfois plus intéressés par leur capital politique que par la musique elle-même, et se demandent plutôt comment cet album pourrait les aider politiquement. Ce serait la même histoire partout. Après de nombreuses et difficiles négociations, nous avons réussi à obtenir l’accord.

Quelle est la réaction des artistes ? Comment vivent-ils le fait d’être bientôt entendus en dehors de leur pays ?

Il est difficile pour nous de transmettre au groupe ce qui se passe à l’étranger. Djibouti a été durement touché par le COVID 19 et il y a eu des fermetures strictes. Les musiciens n’ont pas souvent accès à l’internet haut débit qui nous permet de tout partager avec eux. De plus le contenu internet de Djibouti, également contrôlé par le gouvernement, est restrictif. Nous leur avons envoyé des photos des disques — nous ne pouvons pas encore envoyer de copies en raison des restrictions d’expédition pendant cette crise — et à mesure que les articles de presse arrivent, nous leur envoyons des liens et des captures d’écran. Il est très difficile pour eux de se faire une idée complète, mais je savais que ce serait le cas. Ils le ressentiront plus clairement quand tout cela sera terminé et qu’ils seront prêts à tourner. Il y a déjà eu beaucoup de sollicitations pour les booker en concert dès que ça sera possible. Je pense que ça ne sera pas une grande surprise pour les musiciens que les gens aiment leur musique, ils savent déjà à quel point elle est bonne !

Qui sont ces « Dancing Devils » du titre de l’album ?

« The Dancing Devils » est inspiré d’une pièce somalienne du même nom (en Somali : Sheydaan Bullow/Dancing Devils). Il s’agit après tout d’un groupe somalien, car le peuple et la culture somaliens sont répartis à travers l’Afrique de l’Est, séparés uniquement par des frontières coloniales artificielles. Il s’agit de la musique somalienne de Djibouti, et je me suis souvenu du nom de cette pièce, qui était aussi le nom d’un autre très ancien album de Somalie. J’ai pensé que c’était la description parfaite de leur musique enflammée.

L’album sortira le 5 juin 2020. Précommandez-le ici.

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