Ostinato Records écrit son troisième chapitre dédié au funaná

Après l’excellente compilation Synthesize the soul et la récente réédition du meilleur de Grupo Pilon, Ostinato Records continue de raconter l’histoire culturelle du Cap-Vert et de sa diaspora européenne à travers un recueil essentiel. 

A partir des années 50, quelques Badius -habitants de l’île de Santiago- entamèrent un voyage vers São Tomé, dans l’unique but de s’y acheter un accordéon. De retour au Cap-Vert après quelques années de labeur dans les plantations de café et de cacao pour pouvoir se payer le billet du retour, les musiciens firent de cet instrument africain légendaire, la gaïta, un véritable symbole de rébellion contre la domination portugaise et les injustices associées. Bitori, dernier pionnier encore actif sur la scène, est logiquement l’un des protagonistes de cette nouvelle compilation qui décrit en musique une page importante de l’histoire de l’archipel et de l’émigration de ses habitants. Dans une interview donnée à PAM en 2017, il nous expliquait d’ailleurs l’origine du mot qui donnera son nom à ce style singulier : « c’est le nom qu’on donnait à la poussière qui s’élevait du sol lorsque les gens se rassemblaient dans la rue pour danser et chanter cette musique. C’est aussi le nom qu’on a donné à ces rassemblements ».

C’est donc dans un contexte d’oppression que ces autodidactes vénérés par leurs concitoyens inventent ce genre, écrivant l’histoire des Badius entre les notes de leurs accordéons diatoniques, au risque de se faire arrêter par la police portugaise. Le rythme rapide, l’ambiance festive appelant au rassemblement et les paroles incisives et n’étant pas du goût du colon, le style reste relativement isolé jusqu’en 1991, année des premières élections démocratiques au Cap-Vert. Grâce à leur impact fédérateur sur la population, les festivals de musique deviennent alors le meilleur vecteur pour une campagne politique efficace. Les jeunes artistes se prennent alors le funaná de plein fouet et le style s’exporte enfin dans la foulée grâce au groupe Ferro Gaïta, dont le best-seller arriva aux oreilles de producteurs issus de la diaspora capverdienne installée en Europe, en particulier à Rotterdam aux Pays-Bas. La compilation s’intéresse donc à cette courte période de la fin des années 90 pendant laquelle les maîtres du genre furent enfin enregistrés grâce à ces producteurs convaincus, donnant leurs lettres de noblesse à un moyen de protestation festif longtemps resté dans l’ombre. Pour illustrer cette sortie, Ostinato choisit le grog, boisson distillée à base de sucre de canne et consommée lors des fêtes funaná. De quoi boire et danser sans modération…

Pour Me A Grog: The Funaná Revolt in 1990s Cabo Verde, le 14 octobre 2019, en précommande dès maintenant.

Lire ensuite : Bitori – Legend Of Funaná : le meilleur album de funaná