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The Pan African Music Magazine
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JuJu Rogers, le souffle du changement

Après le mystique et sublime 40 Acres N Sum Mula, le Berlinois JuJu Rogers nous aide à sortir de cette crise sans fin avec The Buffalo Soldier Tape, une pièce musicale lumineuse qui tisse des liens entre l’Europe, les États-Unis, l’Afrique et les Caraïbes.

« Il y a le feu à Minneapolis. Laissons-le brûler… » C’est par ce message de révolte que JuJu Rogers entame le magnifique « Minneapolis ». L’artiste afro-américain aborde en chanson, sous un angle paradoxalement optimiste, les manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd, faisant écho à ceux d’Oury Jalloh, Tonou Mbobda ou Rooble Warsame, décédés après avoir été interpelés par la police allemande. « Mon dernier album était sombre et mystique », explique-t-il. « Cette fois-ci je voulais que les gens sourient, c’est un feu révolutionnaire, ça n’est pas quelque chose de négatif mais plutôt un moment d’émancipation.» Dans son flow mi-rap mi-reggae, JuJu multiplie les références, comme celle au classique « Wind of Change » du groupe allemand Scorpions : « le vent du changement qui souffle le feu à travers le monde… C’est ce que j’ai ressenti avec ces évènements », nous dit-il. « Nous avons connu beaucoup d’incidents racistes, mais cette fois-ci, j’ai senti que le feu de la révolution s’était propagé à travers le monde, notamment à Berlin, où 60 000 personnes sont descendues dans la rue lors des manifestations Black Lives Matter. »

JuJu Rogers – Buffalo Soldier (Live Session)
Résistances 

Musicalement, l’idée de JuJu est ici de tisser des liens entre les peuples pour raffermir cette prise de conscience globale autour du racisme institutionnalisé, dont est victime la diaspora installée en Europe ou aux Etats-Unis. « C’était important que le Monde ait pu voir cette cruauté raciste et son effet, en vidéo, sans aucune censure », continue-t-il, toujours attristé par les images. « Pour les gens qui n’avaient pas conscience de ce qui se passait, c’était peut-être utile, mais bien évidemment le meurtre d’une personne non-armée n’est jamais nécessaire. » Ce réflexe de résistance a toujours été dans l’ADN de JuJu. Son père, G.I. afro-américain arrivé en Allemagne après la chute du régime nazi, a aussi connu la ségrégation. C’est en son nom et en référence à la chanson de Bob Marley que JuJu Rogers a choisi la métaphore des Buffalo Soldiers, surnom donné à la fin du 19e siècle aux régiments de l’armée des Etats-Unis composés de soldats noir-américains. « Les liens avec le continent africain, la diaspora caribéenne, la musique reggae roots, la chanson de Bob Marley et évidemment mon histoire personnelle en Europe, tout cela avait du sens, et la connexion s’est faite », explique l’artiste engagé.

Les dreadlocks de la pochette -les siens- constituent eux aussi une autre référence politique à peine masquée. « Les Buffalo Soldiers étaient appelés de la sorte par les natifs américains à cause de leurs cheveux qu’ils portaient en locks, donnant l’allure d’une crinière de bison », raconte-t-il, « les cheveux ont toujours été un identifiant politique à travers l’histoire, en particulier pour la population noire et la diaspora. » Derrière ses messages fédérateurs et sa signature musicale unique, c’est là tout le travail de fond effectué par JuJu, qui creuse au plus profond de ses racines culturelles, familiales et spirituelles.

© Nils Hansen
Le devoir de l’artiste

Buffalo Soldiers n’est ni un album, ni un EP, mais une « tape ». Une parenthèse musicale spontanée, résultante de deux ans d’introspection : « pendant le confinement, j’ai essayé de rester moi-même, de montrer ma solidarité envers les gens, et après tout ce temps à créer de la musique, je me suis aussi remis en question ». JuJu reprend même les mots de Nina Simone, en se demandant quel est son « devoir d’artiste » au sein de cette période tristement inédite. « Je pense que l’art a toujours joué un rôle important dans les moments historiques, et inversement », développe-t-il, « mais je n’avais encore jamais vu cette dualité ». Dès le début de la pandémie, le Berlinois prend du recul et s’interroge sur son rôle, sans se laisser abattre par le climat qui pèse lourd sur les épaules de tous. A contre-courant, il se met à composer des mélodies plus douces, de la musique « liée au besoin d’avoir plus d’énergie positive dans le monde, même si à la fin, le message, la recherche et la revendication pour la liberté sont les mêmes ».

Cette Buffalo Soldier Tape est indéniablement plus organique que ses précédents travaux. C’est un disque sincère, où le chant remplace souvent le rap, et où les éléments roots et dancehall résonnent entre les beats hip-hop, à l’image du morceau éponyme. « Ça m’a pris du temps, mais j’ai le sentiment de me diriger vers la création de mon propre son, quelque chose de vraiment différent de notre compréhension des genres », assume-t-il. « Le jazz a toujours joué un rôle important et la musique roots prend de plus en plus de place dans ma vie, mais le message reste très similaire à celui du JuJu de l’époque hip-hop. » Ici, les ponts se dessinent non seulement grâce aux mots, mais aussi dans ces sonorités cosmopolites sublimées par les couplets ponctuels du rappeur chicagoan Mick Jenkins et du reggaeman Jesse Royal. En rassemblant de la sorte, JuJu Rogers renforce le sens de son message et s’établit en tant qu’artiste international.  Un pas de plus vers un monde meilleur, en attendant que le vent tourne et le conduise vers sa « prochaine mission ».

The Buffalo Soldier Tape, disponible à partir du 18 mars.

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