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The Pan African Music Magazine
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Cha Cha au Harem – la rencontre en France des exotismes latins et orientalistes, compilée par Born Bad Records

Pris entre décolonisation et aspirations nouvelles, la scène « Orientica » des sixties met en musique un Maghreb de milles et une nuits complètement imaginaire, naïf et délicieux. Morceaux choisis avec la compilation Cha-Cha au Harem signée Born Bad Records.

Hexagone, années 60. Plein emploi, croissance, construction du mur de Berlin à l’Est… Les gosses du “baby boom” sont désormais de jeunes adultes et veulent des transistors pour écouter fort Salut les copains, Johnny ou les Beatles. On commence à voir des publicités à la télé, mais il n’y a toujours qu’une chaîne. L’empire colonial s’effondre, et on réprime par le meurtre une manifestation d’Algériens organisée à Paris par la fédération de France du FLN… Au climax des trente glorieuses, la France nage en plein paradoxe. « Dans ce contexte, marqué par les heurts, voire les plaies encore béantes de la décolonisation, les opposés s’affrontent. Mais il y avait aussi de quoi se réjouir et être optimiste » explique Alexandre Gimenez, label manager et intervenant sur le projet Cha-Cha au Harem. « La croissance économique et le baby-boom en témoignent. La reconstruction bat son plein. Dans les foyers français, on rêve de tourisme et d’avion. Le moyen de locomotion est encore réservé à une élite mais se développe rapidement. Les caravelles, premiers avions biréacteurs civils produits en série, traversent ainsi l’espace aérien » poursuit Alexandre. « Le français découvre en voiture l’Italie, l’Espagne ; il se prend à imaginer des contrées ô combien plus lointaines. »

C’est au cœur de ce nouveau paradigme, de ces nouvelles aspirations, que la musique des sixties va apposer sa marque sur toute une génération : « en fait, les disques vont offrir aux quidams moyens une évasion bon marché sans se priver de quelques jeux de mots un peu olé-olé, histoire de rendre l’exercice un peu plus attrayant. Ainsi, une quantité délirante de musique d’inspiration latine ou orientale, regroupée derrière l’appellation “typique” va voir le jour. Versions pléthoriques, souvent difficiles à distinguer, des interprètes anonymes, peu de titres réellement marquants… S’aventurer dans les eaux mouvantes des orchestres provoquera à n’en pas douter des déconvenues mais, jaillissent ici et là, au milieu d’un vaste océan, quelques perles cha-cha-cha. »

C’est cet âge d’or très toc de l’Orientica que Born Bad vient de compiler dans Cha Cha au Harem – Orientica – France 1960/1964. Leo Clarens et ses Rythmes Orientaux, Kemal Rachid et ses Ottomans ou Ali Baba et son ensemble… On l’aura compris, cette compilation en dit bien plus long sur la France et ses fantasmes de l’époque que sur les contrées orientales qu’elle explore avec un exotisme débridé.

Mais derrière des formations montées de toutes pièces, des blazes tropicalistes et des paroles forcément captives de l’époque et ses clichés, se cachent des pépites d’arrangements et de créativité mélodique : « cette musique a quelque chose d’innocent et naïf, touchant à notre époque si cynique et prompte à juger instantanément. Bien arrangées, entrainantes, accrocheuses, les meilleures chansons du genre ont un charme délicieusement suranné. »

Cha Cha au Harem – Orientica – France 1960/1964, sortie le vendredi 28 août via Born Bad Records.

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