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The Pan African Music Magazine
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A$CII DAGGER, l’interview pieds‑poings

De la « mort de Dieu » à leur nouveau clip tourné dans un Ritz abandonné, on a croisé le fer et le feu avec A$CII DAGGER, le groupe rap le plus chaud de l’hémisphère sud.

A$CII DAGGER (on prononce d’ailleurs « Asski Daïgueu »), le nouveau projet horrorcore qui secoue Cape Town, vient de sortir South of Hell : un premier EP bouillant, porté par le single « Ghost », dont le clip vient à peine d’être mis en ligne. Le groupe est né sur les cendres de DOOKOOM, groupe  électro-hip-hop incendiaire qui, entre beats agressifs, synthés distordus et paroles sans concessions signées Isaac Mutant, déclassait largement les tentatives subversives de Die Antwoord.

Au départ de leur chanteur et parolier, le groupe explose, avant de se recomposer autour de deux de ses membres originels : l’artiste visuelle SPO0KY et Human Wa$te, alias Dplanet, équivalent Sudafricain d’un El-P, qui a signé des instrumentaux pour des légendes nationales comme Pro Kid (RIP), l’immense Ben Sharpa (RIP), mais aussi Yasiin Bey (Mos Def) ainsi que David Banner, haute-figure de la trap d’Atlanta. Le binôme va rapidement s’adjoindre les percussions de POTT$ et dénicher une nouvelle pépite lyricale, Dada Shiva.

Dookoom est mort, vive A$CII DAGGER ! Stabilisé en 2020 autour de ce nouveau line-up, le néo-gang drill a charbonné, à l’ombre du confinement, une palanquée de nouveaux morceaux. « Rising », « Voodoo Time » ainsi que les quatre titres de South of Hell, leur premier et très attendu EP. Entre trap sudiste, Drill anglaise ou incartades de guitares Noise massives, le combo sud-africain s’abreuve aux sources les plus poisseuses de la Bass Music. Leur imparable single « Ghost », dont le clip vient tout juste d’être mis en ligne, établit la preuve, en son et en image, du caractère pyromane de Human Wa$te, Dada Shiva, SPO0KY et POTT$.

Leur amour pour le whisky et Skepta, leur haine pour le confinement et l’occident… PAM a rencontré — en visiorama — l’infâme posse du Cap : A$CII DAGGER, l’entretien pieds-poings, c’est ici et maintenant.

A$CII DAGGER – Ghost (Official Music Video) / réal. Wendy Fredriksson

A$CII DAGGER est né sur les cendres de feu Dookoom, après que le rapper Isaac Mutant avait quitté le groupe… Parlez-nous de la genèse de cette nouvelle formation.

Human Wa$te : Dookoom est mort, Dookoom n’est plus, c’est une certitude. Mais le reste d’entre nous à toujours voulu poursuivre l’aventure. Et continuer à faire de la musique. Au moment de la séparation, je n’en pouvais plus de la musique et je ne voulais surtout plus entendre parler des rappeurs ! On m’a pourtant parlé de Shiva, alors que je m’étais promis de ne plus jamais bosser à nouveau avec un MC du Cap…

Dada Shiva : Pour ma part, je connaissais déjà Dookoom de réputation ! Et quand on m’a demandé si je voulais rencontrer Damian (alias Dplanet, alias Human Wa$te), je me suis jeté sur l’occasion. Le reste appartient à l’histoire.

SPO0KY : L’histoire en devenir !

Human Wa$te : On s’est finalement rencontrés avec Shiva et on a immédiatement accroché à l’idée de faire de la musique ensemble.

Juste avant le premier confinement n’est-ce pas ? Ça fait un peu de vous un « lockdown band » non ?

Dada Shiva : On a stabilisé la formation du groupe juste avant le confinement en fait, à l’époque on avait déjà eu le temps de mettre en boîte cinq ou six morceaux, si je me souviens bien.

Human Wa$te : Mais la période d’enfermement a été extrêmement prolifique, parce qu’on est des Soulja boys of lockdown mec ! On a bossé pendant des mois. Sur près d’une vingtaine de jams, on a enregistré quelque chose comme cinquante tracks, sachant qu’on en a mis facilement trente à la poubelle, peut-être même plus ! J’ai arrêté de compter tu vois. On était bourrés, prisonniers dans nos têtes et on a fait du son d’arrache-pied.

© Gary Van Wyk

Justement, est-ce que « Ghost » est une des compositions qui a émergé de cette période créative… pour le moins singulière ?

Human Wa$te : « Ghost » est sorti à la toute fin. On est passé par plein d’étapes avant ça.

Dada Shiva : Tout le son qu’on a produit et enregistré auparavant nous a permis de fixer les bases d’un langage musical commun, d’une interprétation, d’une vision commune du son d’A$CII DAGGER. En même temps, ce temps était également nécessaire, puisqu’il nous a permis de nous imprégner les uns des autres. Car nous nous affectons mutuellement. En son, comme en image d’ailleurs.

SPO0KY : C’est vrai que visuellement, on fait bouger les lignes. De notre premier morceau, « Rising », sorti fin novembre 2020, à ce qu’on fait aujourd’hui, les choses ont changé. Shiva me nourrit avec ses mots et ses lyrics, et j’espère qu’il en va de même pour moi. On a désormais établi un aller-retour qui ne cesse de s’affiner, c’est trop cool.

Comment, justement, expliquez-vous cette volonté de vous déployer sur tous les formats, qu’ils soient sonores ou visuels ? C’était déjà le cas pour Dookoom, et il semblerait qu’à nouveau, A$CII DAGGER soit une expérience totale…

SPO0KY : On est doté de cinq sens, sinon plus. Pourquoi être avare et limiter l’expérience créative à seulement un ou deux d’entre eux ? Du son pour les oreilles, des basses qu’on peut presque toucher en live, des visuels pour le regard… Embrassons-les tous, alimentons tous les canaux sensoriels !

Dada Shiva : On bosse ainsi depuis le début et ça ne va pas changer. Comme je te le disais, on s’engendre, créativement, les uns les autres. Je suis sensible aux interactions que je peux avoir avec tous les autres membres du groupe. Et de fait, je vais m’adapter aux apports et aux échanges que je peux avoir avec Damian, POTT$ ou SPO0KY. C’est d’ailleurs comme ça que toutes relations humaines devraient s’opérer selon moi. Là reposent les bases de cette expérience audio-video-sensorielle qu’on déploie ensemble.

© Gary Van Wyk

En quoi peut-on faire le parallèle entre South of Hell, le titre de votre EP , et South African ?

Dada Shiva : Honnêtement, je n’avais jamais réfléchi au titre du projet dans ces termes, South Africa, South of Hell… Mais maintenant que tu le dis, cela fait sens avec ce que l’on fait. South of Hell fait d’abord référence à une expérience humaine, un voyage spirituel, la quête d’un individu, le fait qu’on ne sait jamais jusqu’où peut descendre l’enfer (How hell is not as deep as it can get). Je ne vais pas partir en grandes considérations philosophiques ni t’assommer avec des noms de penseurs, mais quelqu’un à dit un jour « Dieu est mort ». Et si Dieu est mort mec, alors les mortels sont victorieux. C’est nous qui gagnons, tant que nous sommes là.

SPO0KY : Ici bas, c’est nous qui faisons le boulot !

Dada Shiva : Chacun des moments que nous vivons est une victoire, car nous l’emmenons dans le trépas avec nous, pour toujours. Perdre ne fait pas partie de la condition mortelle. À l’inverse des immortels. C’est ça que raconte South of Hell.

Human Wa$te : Le Nord et leur monde nous bouffent la laine sur le dos depuis des années, nous prenons la parole depuis la moitié sud de l’Équateur, depuis le sud, le vrai, le sud de l’enfer, South of Hell!

Dada Shiva : (rires) Tu vois mec, c’est un titre avec différent niveaux d’entrées.

En parlant d’entrées justement, qui vous a filé les clefs d’un Ritz abandonné pour y clipper « Ghost »?

Human Wa$te : Attends mec, tu n’imagines quand même pas qu’on va répondre à ce genre de questions, sérieusement ?

SPO0KY : Par contre, on peut te dire qu’il s’agit bien d’un vrai Ritz !

Human Wa$te : Le sud en général, l’Afrique du Sud, Capetown en particulier, voilà l’état de délabrement dans lequel on erre, on est au Ritz mec ! L’idée ici était de donner une traduction visuelle au concept de solitude. Initialement, ce morceau est né de très grosses quantités de whisky ingurgitées seuls, chez nous. Tous laissés pour compte, solitaires. Le confinement en Afrique du Sud, c’était vraiment Hardcore mec. On a passé des mois, peut-être même une année complète, je n’arrive même plus à vraiment me souvenir, sans croiser une seule âme qui vive. Ça fait de toi un fantôme dans ta propre vie. Tu t’observes faire… Rien. Tu es juste hanté par tes souvenirs, tu te regardes de l’extérieur, tu te mets à hanter ta propre vie. Tu deviens un fantôme. Moi j’étais bourré tous les soirs, je grattais des lyrics et je composais des beats. Comme tu le sais, les meilleurs beats sont composés par accident, ce n’est pas un scoop. Si tu te mets en tête de faire des beats incroyables, ils seront tous nuls crois-moi. Bref, l’instru de « Ghost » sort, comme ça, à l’instinct, et j’appelle immédiatement Shiva. Je lui dit mec, où que tu sois, quoi que tu fasses, enregistre-toi là-dessus, maintenant, je suis prêt !

Dada Shiva : (rires) C’est vrai qu’on était dans le même état à ce moment-là. Tu faisais la fête, moi aussi. Quand j’ai reçu cette prod, je me dis : « enfin, c’est ça que j’attendais ! »

© Gary Van Wyk

Est-ce que ça résume le processus de création chez vous ? Damian t’envoie une prod et tu te mets à l’écriture ?

Dada Shiva : Tu sais, j’écris beaucoup, mais jamais, jamais, je n’arriverai au bout des montagnes de beats composés par Damian. Il a un stock de production pas croyable. Il compose tout le temps. Donc oui, c’est lui qui mène le processus créatif. Tout part de ses instrumentaux, c’est Damian qui donne le ton.

Human Wa$te : Alors ça c’est vraiment le point de vue de Shiva. Parce que moi je ressens exactement l’inverse. Il y a quelque chose de l’ordre du Ying-Yang qui se joue ici. Shiva, pour moi, est le parolier du groupe et quand je compose des beats, c’est précisément pour servir le génie de son écriture. La prod de notre premier single, Rising, je l’ai composée en deux minutes et je l’ai envoyée, accompagnée d’autres beats à Shiva. Ce n’est que sous sa plume que le morceau s’est retrouvé magnifié, et a pris une forme nouvelle. En soi, un instrumental seul ne signifie rien, ça je l’ai appris de ma longue expérience à composer des beats justement.

Damian, tu te mets justement à rapper un peu sur ce nouveau projet. Avec ta voix plus grave, ça teinte A$CII DAGGER d’une wave phonk, qui rappelle les structures questions-réponses de Three 6 Mafia et de la scène de Memphis…

Human Wa$te : Pure question et pure référence aussi ! Pour ça, je puise dans mon passif avec Dookoom, le groupe avec lequel j’ai pris le mic pour la première fois, ainsi que mon creuset d’influences anglais. À la Skepta. D’ailleurs une de mes rimes préférée vient de lui, ça fait: « One line flows yeah I got some of those ». J’aime dropper des phases disons, stupides mais géniales…

SPO0KY : Damian est dans le sol, Shiva lui, plane dans l’éther !

Human Wa$te : C’est Shiva le vrai lyriciste du groupe. Lui, il va plus rimer des phases aux intrications complexes, à l’image d’un MF Doom ou plus récemment d’un Earl Sweatshirt. Et il n’est qu’au début de sa quête !

Un dernier mot sur la dynamique très particulière qui semble vous lier à votre label, les Marseillais d’I.O.T. Records ?

SPO0KY : Lorsque Dookoom s’est arrêté, et que nous avons mis sur les rails ce nouveau projet, nous avons reçu un soutien tellement précieux du label… Cela signifiait beaucoup pour nous. I.O.T. Records est la maison la plus engagée qu’un groupe puisse trouver et rêver. C’est rare et précieux.

Human Wa$te : L’équipe d’I.O.T. Records, c’est notre famille. On a signé des contrats, mais pour être honnête, nous n’avons pas besoin de les lire. Parce que nous sommes liés à ce label par autre chose. Par des liens de confiance, les mêmes qu’entretiennent les sœurs et les frères. C’est aussi simple que ça mec.

Retrouvez A$CII DAGGER dans notre playlist Pan African Rap sur Spotify et Deezer.

South of Hell, EP disponible via I.O.T. Records.

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