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The Pan African Music Magazine
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Black History Month : 5 chansons, 5 leaders historiques

Même si pour nous, le Black History Month c’est toute l’année, PAM en remet une couche en ce mois de février, et vous propose des articles dédiés. Comme cette playlist commentée de cinq chansons qui rendent hommage à cinq leaders historiques.

Soundiata Keïta

L’unificateur du Mali au XIIIe siècle fait partie des anciens souverains les plus chantés : d’abord, bien sûr, par les griots – appelons les djeli, puisqu’eux-même s’appellent ainsi. L’épopée mandingue qui raconte le mariage de Sogolon et du souverain du Mali, la naissance de Soundiata, son exil, sa victoire et son règne constitue un feuilleton dans lequel, depuis huit siècles maintenant, puisent les gardiens de la mémoire et les maîtres de la parole. Elle a aussi inspiré des artistes, de Tiken Jah Fakoly à Pepe Kalle, qui ont chanté son nom pour rappeler à tous – en reggae ou soukouss – la fierté que son histoire représente pour tout un continent. Car c’est aussi sous son règne que fut adoptée la charte du Mandé, déclaration des droits de l’homme qui précède de cinq siècles celle de la Révolution française.

Parmi les versions enregistrées de Soundiata, l’une d’entre elles en particulier a marqué son époque : elle est interprétée par le Guinéen Mory Kanté avec le Rail Band de Bamako, et raconte l’exil de Soundiata. Quand, chassé de la cour par son demi-frère qui s’est emparé du trône, il part avec sa mère trouver refuge auprès des souverains de la région, jusqu’à ce que tous s’unissent sous sa bannière pour combattre Soumahoro Kanté, le roi du Soso. Ce dernier retient prisonnier Gnankouman Doua, le griot de Soundiata. C’est Soumahoro qui lui donnera son balafon magique et le baptisera « Balla Fasseke Kouyaté », donnant ainsi naissance à la première lignée de griots. Ce moment – que Mory Kanté avait expliqué à PAM – est lui aussi est raconté dans « Soundiata, l’exil », un morceau de 28 minutes qui associe à merveille la profondeur de l’histoire et le tempérament sonore d’un orchestre moderne, où les guitares ont remplacé les ngoni et les balafons. À écouter absolument.

Rail Band – Soundiata l’exil (feat. Mory Kanté)
Zumbi dos Palmares

Quatre siècles après Soundiata, la traite atlantique bat son plein et vide l’Afrique de ses bras pour aller couper la canne, récolter le coton ou le café dans les plantations du Brésil, de Guadeloupe, de Cuba ou d’Haïti… Partout, ceux qu’on a mis en esclavage trouvent des manières de résister, et ceux qui parviennent à se révolter ou à fuir – les Marrons – gagnent les collines inaccessibles ou les profondeurs des forêts et y fondent des communautés. C’est le cas au Brésil, où dans le Nordeste actuel (à 200km au sud de Recife), se développe le Quilombo (communauté libre) de Palmares, où nait Zumbi (aux environs de 1655). La communauté, qui comptera plus de 20 000 âmes, compte aussi dans ses rangs des Indiens et quelques blancs sans terre. Enfant, Zumbi est kidnappé lors d’une expédition portugaise, et remis à un prêtre qui fera son éducation, le baptisant Francisco. Mais à l’âge de 15 ans le jeune homme s’enfuit, et rejoint le quilombo de Palmares que dirige son oncle, Ganga Zumba. Il s’illustre dans les combats contre les Portugais qui ne parviennent pas à défaire les Marrons. Un traité (de non agression) est finalement signé en 1678 avec Ganga Zumba, mais Zumbi comme d’autres le récuse, refusant que l’esclavage se poursuive partout ailleurs au Brésil. Il s’empare du pouvoir, et continuera de résister pendant  près 15 ans aux Portugais, qui finiront par le tuer le 20 novembre 1695. La date est restée au Brésil comme celle du « jour de la conscience noire », et l’on trouve des statues de Zumbi, symbole de la résistance et de la libération des Afro-Brésiliens, à Rio comme à Salvador ou São Paulo. Rien d’étonnant donc que ce héros ait été si souvent chanté, notamment par Jorge Ben, qui fit paraître le titre « Zumbi » en 1974 sur l’album A Tábua de Esmeralda. Elle s’ouvre par l’énumération des régions auxquelles ont été arrachés les esclaves emmenés au Brésil (« Angola, Congo, Benguela… ») et fait, en deux instantanés, le tableau de la situation esclavagiste : cette princesse africaine vendue avec sa suite aux enchères, ou encore ces messieurs qui regardent la récoltent du coton blanc par des mains noires. À chaque fois revient le refrain, lancinant… « Je veux voir , je veux voir… » Et apparaît enfin Zumbi le seigneur des guerres et des demandes, tel un orixá (serait-ce Ogun, la divinité de la guerre ?), qui viendra délivrer les asservis. La chanson « Zumbi » sera aussi reprise par Caetano Veloso.

Jorge Ben Jor – Zumbi (Áudio Oficial)
Kwame Nkrumah

Le leader panafricaniste a été maintes fois chanté, même si le coup d’état (1966) qui mit fin à son règne fut suivi au Ghana d’une longue période de silence. Il faut dire que le souvenir immédiat qu’il laissa dans le pays fut assez différent de son aura à l’étranger. À vrai dire, Nkrumah était un leader panafricain, même si son combat pour l’indépendance du Ghana lui avait servi de tremplin. C’est d’ailleurs à cette ascension et aux espoirs qu’elle suscite que rend hommage Lord Kitchener, un chanteur de Trinidad qui débarque à Londres en 1948, peu après le départ de Nkrumah pour le Ghana. C’est de là qu’il assiste à la montée en puissance du CPP (Congress of People’s Party), à l’incarcération puis à la l’accession à la primature de celui qui plus tard se fera appeler l’« Osagyefo », le rédempteur. Et c’est aussi de Londres qu’il chante, juste avant l’indépendance du Ghana, le fantastique exemple de ce pays qui non seulement accédait à l’indépendance avant tous les autres en Afrique, mais qui devenait un phare pour toutes les populations noires du monde.

Le drapeau national offre un merveilleux spectacle
Avec ses couleurs rouge, or et vert
Et en son centre une étoile noire qui représente la liberté de l’Afrique

Cette histoire, PAM vous l’a racontée en détail dans une série dédiée baptisée « Ghana Freedom ».

Birth of Ghana
Nelson Mandela

Le 11 février 1990, Nelson Mandela, aka Madiba (de son nom de clan) était enfin libéré, après 27 années en détention. Le jour même, il déclarait vouloir continuer la lutte, faisant preuve d’une détermination, et d’une humilité, qui impressionnèrent le monde entier.

« Je suis ici devant vous non pas comme un prophète, mais comme votre humble serviteur. C’est grâce à vos sacrifices inlassables et héroïques que je suis ici aujourd’hui. » Certes, Mandela faisait allusion à la résistance quotidienne de tout un peuple contre un système. Au rang de ceux qui ont activement milité pour sa libération, les artistes eux aussi furent pour beaucoup. Et ce, qu’ils soient sud-africains ou originaires d’autres pays (on se rappelle, entre autres, du concert de Wembley en mondodiffusion). Mandela, pendant et après sa détention, mais aussi après sa mort, est certainement la figure de l’histoire afro la plus chantée. De Danyèl Waro à Miles Davis en passant par Salif Keïta ou Burning Spear, PAM avait dressé une sélection d’artistes qui lui avaient rendu hommage. Parmi eux, évidemment, Johnny Clegg dont la chanson « Asimbonanga » (nous ne l’avons pas vue) est devenue un tube international. « Ma génération, expliquait le chanteur à PAM, n’avait jamais vu à quoi ressemblait Mandela, et c’était même un crime d’avoir une photo de lui. Certains ont fait de la prison pour ça. On ne l’avait jamais vu. On savait ce qu’il avait fait, mais c’était juste un nom. Ca, c’était un fait. Asimbonanga, Mandela : ‘nous ne l’avons jamais vu, là où il est, là où ils le retiennent’. C’est tout ce que je dis. » Mandela le rejoindra par surprise sur scène à Francfort, en 1999, pour un moment resté dans l’histoire.

Johnny Clegg (With Nelson Mandela) – Asimbonanga – 1999 Fran
Thomas Sankara © Thierry Secretan
Thomas Sankara

La trajectoire de Thomas Sankara, dont on juge en ce moment au Burkina Faso, un quart de siècle après sa mort, les assassins présumés, aura été celle d’une comète éblouissante dans le ciel de l’Afrique et des relations Nord-Sud. Près de 25 ans après les indépendances, s’engageait avec « Tom Sank » la lutte pour une véritable indépendance : consommer et produire localement, refuser de payer la dette, rééquilibrer les relations entre pays riches et pauvres, mais aussi, au Burkina, entre hommes et femmes… autant de chantier que celui qu’on surnomma « le Che africain » lança de front, enthousiasmant les uns et dérangeant les autres, qui ne lui pardonneront pas. Son verbe haut, ses idées claires et justes, lui valurent en effet bien des ennemis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Assassiné le 15 octobre 1987 à l’âge de 37 ans, Sankara (auquel on doit le nom « Burkina Faso », « le pays des hommes intègres » en lieu et place de « Haute-Volta ») est surtout remarquable par l’héritage qu’il laisse. Il est apparu de manière éclatante lorsqu’en 2014, une révolution populaire mit un terme au régime de Blaise Compaoré, l’un des principaux suspects du procès en cours. Lors de ces évènements, « les enfants de Sankara » étaient à la manœuvre et parmi eux le rappeur Smockey, porte-parole du mouvement Balai Citoyen, qui quelques années plus tôt enregistrait avec son camarade sénégalais Awadi (dont le studio à Dakar s’appelle… studio Sankara) une chanson en hommage au capitaine devenu icône.

Président THOMAS SANKARA by Smockey and Awadi

Découvrez tous nos articles publiés à l’occasion du Black History Month.

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