→ Passer directement au contenu principal
The Pan African Music Magazine
©2021 PAM Magazine - Design par Trafik - Site par Moonshine - Tous droits réservés. IDOL MEDIA, une division du groupe IDOL.
Le lien a été copié
Le lien n'a pas pu être copié.
Nyokô Bokbaë ne choisira pas entre dollar, euro et CFA

Nyokô Bokbaë ne choisira pas entre dollar, euro et CFA

Le All-star band parisien arbore fièrement la diversité de ses influences, de Lafawndah et sa pop-thérapie au mogul Lil Wayne en passant par Bonnie Banane. De quoi faire valser — ou mieux, groover — toutes les identités. Interview en tir groupé.

On a rencontré le turbulent trio, qui s’exprime ici d’une seule voix et d’autres fois, individuellement. Il en va de même pour leur musique. Entretien pied-poing et argot fleuri avec Bamao Yendé, le Diouck et Boyfall (plus une apparition du producteur Rad Cartier), dans lequel on apprend que l’on peut dénoncer les imaginaires colonisés, citer la série de Manga One Piece et appeler Young Thug « papounet » dans la même foulée. L’altérité, c’est ici.

Bamao, le Diouck, Boyfall, racontez-nous la genèse de Nyokô Bokbaë…

Nyokô Bokbaë : Tout commence avec une amie commune de Bamao Yendé et du Diouck, puis une exposition pour le collectif Qui Embrouille Qui — Diouck avait à l’époque, un projet de un roman graphique —… Et puis, Bamao avait une prod à faire pour des Anglais, le Diouck a posé dessus en wolof, ça voulait rien dire, mais c’était gang, bref. En fait, de fil en aiguille, on a monté à plusieurs un protogroupe en 2017, Bamtoubala. L’expérience n’a pas duré, faute d’équilibre dans la formation, trop d’egos mêlés à trop d’immaturité en gros… Disons qu’avant le premier concert, on savait déjà que la formation ne durerait pas. À la dissolution de Bamtoubala, on a opéré une espèce de réduction, pour former le trio Nyokô Bokbaë.

Début 2018 donc ?

C’est ça, en janvier 2018, on commençait à vraiment faire du son tous les trois. Unis dans notre diversité. Parce qu’on est issus d’univers finalement très différents. Le Diouck nageait dans l’illustration, Bamao produisait déjà beaucoup et il était DJ, Boyfall l’a rencontré d’ailleurs lors d’une de ses soirées avec le YGRK KLUB. Mais Boyfall bossait justement dans la mode et le casting. À l’époque, il était en train de monter une maison de haute couture dans un squat. C’est le mood, le lifestyle, nos valeurs qui nous ont linkés ensemble. Et puis, notre capacité à avoir su nous émanciper de nos parcours très diversifiés pour se retrouver dans un truc hybride, pluriel, mais commun.

Ainsi qu’un référentiel musical commun peut-être ? À trouver du côté de la grime, de l’Afrique, d’Atlanta ?

–Le Diouck : On est incapables d’être aussi précis ! On ne suit pas une cartographie en particulier. Il n’y a pas un artiste spécifique que je ponce de ouf…

–Bamao Yendé : Wooo menteur !

–Boyfall : C’est clair tu veux qu’on parle de papounet ?

Papounet ? 

–Boyfall : Papounet c’est Young Thug, mec.

–Le Diouck : Ah ouais, mais Young Thug c’est Young Thug ! Lil Wayne ça m’a bercé de fou aussi.

–Boyfall : Moi Young Thug, je connais juste de nom et je sais que c’est le gars qui a mis des robes un jour… Mais c’est pas spécialement mon truc. Après, le post-Timbaland et évidemment Lil Wayne représentent tout mon collège et mon lycée, comme nous tous ici, vu qu’on appartient à la même génération. Cherche pas on n’écoute pas les mêmes choses, on n’a pas les mêmes obsessions musicales. On arrive de viviers musicaux trop variés.

–Le Diouck : C’est ça le truc justement. On arrive à se retrouver à des carrefours où se croisent musiques du Sénégal, soul, jazz et même du rockabilly à l’ancienne genre Chuck Berry, moi j’ai graillé ça à fond !

En même temps c’est Lil Wayne et aussi Young Thug, dans une autre mesure, qui ont permis de casser un certain moule hyper normé dont sortait la musique américaine dite « urbaine »

Mais exactement ! Et c’est ça qu’est trop kiffant, ils ont cassé la roue mec ! Pendant deux ans, Lil Wayne en featuring c’était la garantie absolue du succès. Après, en tant que gosses français des années 2000, on est aussi hyper influencés par les Matt Houston, Tragédie, Leslie en passant par Wallen. Et puis dans nos cercles parisiens, plus tard, des découvertes comme Lafawndah et surtout Bonnie Banane constituent d’énormes claques, on était pas prêts ! Bonnie Banane, c’est clairement une des personnes qui nous a poussé à faire de la musique, c’est notre marraine la bonne fée !

© Bettina Pittaluga

Bon, là c’est justement la bonne, vous lâchez enfin votre premier opus Parc de Princesses ?

(rire général), Mais c’est vrai qu’on avait annoncé un projet baptisé Parc de Princesses à l’époque ! On est dans le teasing à mort, on a annoncé beaucoup trop de trucs depuis deux ans ! C’est fluctuant, Nyokô Bokbaë, on est dans la mise à jour en continu ! Bon, plus sérieusement sur le fond, on a un projet album qui arrive. Après, sur la forme, rien n’est décidé pour le moment, la période est trop changeante. Au niveau de la vie du groupe, cette année a créé un moment intéressant de création ensemble, mais aussi de repli sur soi de la part de chacun des membres. On parvient à être prolifiques ensemble, mais aussi individuellement. Tu vois dans One Piece (une série de mangas, NDLR), quand ils partent tous chacun de leur côté, pour revenir plus fort ensemble ensuite ? 2020 nous a fait pareil.

Les sorties des singles VT ZOOK I et II avaient déjà donné le ton ? 

NB : De malade ! La connexion avec Rad Cartier a été décisive dans la vie du groupe. Lui développait son concept de freestyle avec VT ZOOM et, à notre contact, c’est devenu VT ZOOK, l’alternative dansante ! Le premier morceau a vachement plus, on a eu des bêtes de retours, les gens étaient tellement chauds qu’on n’a pas pu s’empêcher d’en envoyer un second. Ça nous a ouverts au fait de faire des sons avec d’autres personnes, l’idée n’est pas d’enfermer Bama (Bamao Yendé, NDLR) uniquement dans la production. Bama qui produit finalement de moins en moins au sein du groupe, puisqu’il y chante de plus en plus, il prend des cours de chant avec la mère de Boyfall d’ailleurs… Bref, gros détonateur VT ZOOK, ça a près d’un an déjà ! Ça été bénéfique pour la cohésion du groupe.

Le « VT ZOOK II » est incroyable !

NB : Les conditions d’enregistrement aussi. Ce son, initialement, existait uniquement à l’état de maquette, mais on l’avait mis de côté. Un soir, Lala (&ce), Rad (Cartier) et le Diouck ont commencé à tripper dessus, il y avait déjà un délire Matrix, d’où le bail (truc, NDLR) avec la red pill ou la blue pill… Boyfall a lâché « follow le rabbit » en studio, on a tous trouvé ça « ultra-gang ». Ça posait, ça s’endormait tour à tour. En fait, en une session studio à Saint denis, genre minuit sept heures du mat », c’était plié ! Le morceau a leaké (fuité, NDLR) au sein de notre groupe de potes qui se le sont complètement approprié. Avant sa sortie, on pouvait l’entendre dans nos soirées ! Et puis c’est un morceau collaboratif, la premier avec Lala. Auparavant, on la croisait beaucoup plus dans la night qu’en journée. Et puis, assez rapidement, on est devenus très potes… Qu’elle nous rejoigne sur cette part. II de VT ZOOK c’était une évidence, ça matchait de trop.

Qu’est-ce que vous retenez de cette année placée sous le signe du confinement musical ?

NB : Ça nous a permis d’expérimenter chacun dans notre coin, loin de notre zone de confort qu’est le groupe finalement. Nous, l’année dernière, on était physiquement éparpillés, entre la France, le Maroc, le Portugal, à la One Piece, vraiment ! On a bossé dans notre coin, on a gagné en maturité.

Par rapport au chant notamment ? Puisque finalement il n’y a pas de chanteur ni de rappeur « de formation » au sein de Nyokô Bok »… 

NB : Pour les parties chantées, c’est simple, au début, on se cachait tous un peu les uns derrière les autres. On va pas te mentir. Et puis Bama nous a envoyé en pâture, genre « vas-y cobaye, à toi ! » (rires)
Mais cette expérience, au-delà des retombées plutôt positives qu’on a pu en tirer, nous a surtout permis de dépasser un certain manque de confiance en nous. Quand tu n’as pas spécialement de technicité, et que, du coup, ton intimité sort directement brute, telle quelle, comme ça, sans forme ni structure, ce n’est pas simple. C’est une mise à nu par rapport à une oreille qui juge de l’extérieur. Parler, chanter, slammer, rapper, c’est faire vibrer ton corps au final. C’est une façon de faire de la musique qui est, encore une fois, très intime en fait. Après, aujourd’hui, on a une méthodologie hyper collective, sans rôles préétablis pour chacun des membres, c’est cool.

Comment expliquez-vous que cette musique, hybride, ghetto, urbaine, panafricaine, peine-t-elle encore à trouver son public en France ? On a le sentiment qu’ici, elle reste cantonnée à une forme de niche alors qu’aux États-Unis ou en Angleterre, le pas est déjà franchi depuis longtemps… 

Rad Cartier : Mais ça, c’était avant nous. C’est bon maintenant, On est là, on arrive.

NB : Et puis en France les plus jeunes sont hyper chauds aussi. Après ouais, dans le fond t’as pas tort, disons qu’il y a ici un gros problème de retard. Dû, selon nous, à un problème d’espace d’expression pour le pluriel des identités. Le contexte historique explique cela. Sans être trop technique, ce qu’il faut comprendre c’est qu’au sein des grands empires occidentaux, ce sont les diasporas qui donnent le la, vivifient et font avancer le Top albums. 

C’est vrai qu’en Angleterre, aux États-Unis ou en France, la nouveauté musicale vient des diasporas, et depuis longtemps

NB : Sauf que la différence, c’est qu’en Angleterre et aux États-Unis, les diasporas n’ont pas été divisées, voire carrément annihilées culturellement comme ça a été le cas en France. C’est dû au système colonial, et on ne va pas rentrer dans cette question. Mais côté conséquences, ce qu’on appelle black culture aux États-Unis a, par exemple, un vrai espace pour s’exprimer. Or, ce n’est pas le cas pour la France. Communauté est un gros mot ici. Il y a très peu de place donnée en France pour les communautés. Elles sont systématiquement inhibées, beaucoup plus que dans le monde anglo-saxon par exemple. Ici on est minorisés et empêchés d’être communisés. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles notre génération a autant regardé les States. C’est la raison pour laquelle le Post-Young Thug parvient à influencer des artistes jusque dans l’hexagone. On a moins accès aux leviers ainsi qu’à de vrais moyens pour organiser notre propre rassemblement. Rassemblement qui permettrait de prendre de la puissance. Après, encore une fois, les jeunes des générations qui arrivent, sont super chaudes. Et puis on est là désormais, notre projet arrive cette année, c’est sûr !

Nyokô Bokbaë est dans la mise à jour en continu. Vous pouvez écouter le trio ici, souscrire à l’actu de la glorieuse Fédération du boukan pour suivre les projets solos ou en équipe de Boyfall, Bamao Yendé & Le Diouck.

Chargement
Confirmé
Chargement
Confirmé