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Le cœur de Mamady Keïta s'est arrêté de battre le djembé

Le cœur de Mamady Keïta s'est arrêté de battre le djembé

Le 21 juin, le maître percussionniste Mamady Keïta s’éteignait en Belgique, après une vie entière dédiée à faire connaître et enseigner son instrument fétiche, le djembe. Il laisse sur cette terre des générations d’élèves, et des foules d’admirateurs.

Le maître et joueur de djembé Mamady Keïta nous a quittés à l’âge de 71 ans, apprenait-on le 21 juin, jour de la fête de la musique, sur la page Facebook de l’académie Tam Tam mandingue qu’il avait fondée. De quoi rendre tristes les très nombreux élèves qu’il avait formés, ainsi que les mélomanes du monde entier. 

Connu sous le surnom affectueux de Nankama (« celui qui est né pour ça »), le maestro aura forgé et pérennisé de son vivant un immense héritage : préserver et populariser le djembe ouest-africain et son répertoire. Un grand oeuvre qui aura occupé une bonne partie de ses plus de cinquante ans de carrière, durant lesquels — outre l’enregistrement de treize albums — il aura publié trois livres d’enseignement et de notation des percussions, de très nombreuses vidéos tutorielles, et même la première et unique application dédiée à l’étude du djembé. 

Né en 1950 dans le village de Balandugu, dans le Wassoulou guinéen, le jeune Mamady Keïta montra très tôt son talent pour la percussion. Cela ne parut pas surprendre sa mère, qui avait été avertie par une diseuse d’avenir que son dernier né accomplirait de grandes choses. Madame Keïta fit ainsi fabriquer un petit djembé pour son fils qui, quand il eut atteint l’âge de sept ans, fut placé comme apprenti auprès de Karinkadjan Kondé, un maître-tambour qui l’initiera au djembé dans les règles de la tradition, faisant de lui un djembefola (un joueur de djembe, en langue malinké). L’éducation que reçut le jeune Mamady fut complète, car elle comprenait — outre la musique — la connaissance des traditions villageoises et l’histoire du Mandingue et des ses populations. Une manière d’apprendre qui jouera beaucoup sur la pédagogie qu’il développera plus tard quand il se décidera à transmettre son savoir sur l’instrument et ses origines. On rapporte qu’un des premiers gestes qu’accomplit son maître, Karinkadjan Kondé, fut de laver les mains de l’enfant avec une préparation secrète d’herbes médicinales, afin de les protéger de l’intensité du jeu sur l’instrument. Mamady expliquera d’ailleurs toujours à ses étudiants que grâce à cela, il n’avait jamais eu les mains endolories. 

En 1964, il n’avait alors que quatorze ans, le jeune Keïta est sélectionné par le ministre de la culture guinéen pour intégrer la troupe du Ballet National Djoliba, un ensemble qui s’inscrivait dans la politique de promotion de l’authenticité culturelle chargée, selon le voeu du président Sékou Touré, de fonder une identité nationale moderne et de représenter le pays nouvellement indépendant. Lui et 500 musiciens resteront neuf mois durant sur une des îles de Loos, au large de Conakry, pour qu’il n’en reste que 45 à la fin. Mamady est de ceux-là, et devient soliste l’année qui suit. Deux ans plus tard, il participe au film Africa Dance, réalisé par Harry Belafonte (qui fut en ces années l’ami de Sékou Touré, avant que leurs chemins ne se séparent pour des désaccords idéologiques).

Avec le Ballet National Djoliba (dont il deviendra plus tard le directeur artistique, en 1979), Mamady tourne dans le monde entier, en particulier dans les pays du camp socialiste, et remporte des prix prestigieux comme cette médaille en 1969 au festival panafricain d’Alger. La mort de Sekou Touré en 1984 tarit du même coup le financement des ensembles nationaux qui doivent alors « se chercher ». Mamady se tourne vers l’étranger. Ca tombe bien, on l’invite à venir enseigner la percussion en Belgique. 

En 1988, Il y forme son propre groupe, Sewa kan (littéralement « le son de la joie ») et enregistre son premier album en son nom, qui porte le nom de sa région d’origine, Wassolon. Trois ans plus tard sort le documentaire Djembefola, réalisé par Laurent Chevallier, qui raconte le retour au village du percussionniste après une longue absence, et présente des images inédites de ses performances. Le film d’une heure devient culte pour tous ceux qui s’intéressent au djembe.

C’est pour eux justement que Keïta ouvre en 1992 à Bruxelles sa propre école, l’Académie de Djembé « Tam Tam Mandingue », qui enseigne l’art, l’histoire et la culture du djembe. Reconnu pour sa chaleur et aussi sa patience comme enseignant, Mamady aura créé les premiers diplômes de djembé, qu’il délivrait après avoir lui-même testé les étudiants non seulement sur leur connaissances musicales (du djembé et aussi du dundun — l’ensemble de trois percussions basses qui accompagnent souvent le djembe) mais aussi sur leurs connaissances en culture mandingue. 

Keïta a aussi vécu ces dernières années au Mexique et continuait à enseigner et à jouer partout dans le monde, adaptant sa pédagogie à la pandémie en donnant des cours via Zoom. Il s’est éteint dans la paix et l’amour de sa famille à Bruxelles, victime de la faiblesse de son coeur, qui s’est arrêté de battre, faisant taire aussi le djembé du maître. Ses disques et ses enseignements lui survivront pour longtemps.

Mamady Keïta, Djembefola (août 1950 – 21 juin 2021)

Djembeföla Film
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