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Slimka, rappeur à six vitesses et zéro complexes
© Mehdi Sotot / @sototgraphy

Slimka, rappeur à six vitesses et zéro complexes

À 27 ans, le rappeur genevois publie son quatrième projet, le plus abouti de sa jeune carrière.

Cassim Sall aka Slimka aka L’enfant du peuple a sorti son premier album : Tunnel Vision. Après avoir fait ses classes au sein des XTRM Boyz (Di-meh – Makala – Slimka) le rappeur suisse poursuit le développement d’une mosaïque musicale insaisissable. De ses performances en athlétisme à celles sur scène, rencontre avec un artiste en quête de vitesse, qui fonctionne à l’instinct et fuit la lassitude.

Avec Tunnel Vision, Slimka s’impose comme un véritable senseï dans son style. Multiflow, multiforme, la musique de Slimka se conjugue au pluriel. L’énergie du rock imprègne son rap et se mêle à son univers oscillant principalement entre R’n’B aérien, fusion jazz/funk et trap stellaire. Et s’il poursuit la même direction artistique depuis sa première mixtape, No Bad Vol.1 (2017), Slimka ne s’impose aucune limite : « Si Varnish me fait une prod Kizomba lourde, j’y vais direct. Mais il faut que ça reste dans mon identité. Je ne me forcerai jamais à faire quelque chose pour avoir un hit interplanétaire. C’est vraiment au feeling, je kiffe tout style de musique. Même le rock c’est lourd ! Tout est une question d’énergie. »

Slimka – Hollywood

C’est au contact de ses parents, et plus particulièrement de sa mère qui l’a élevée, que Slimka développe sa versatilité artistique : « Dès le début, mes parents étaient déjà très ouverts musicalement. Ma musique provient de cette période. Ma mère écoutait beaucoup de hip-hop et de reggae, genre Beenie man. Et un des premiers sons qui m’a matrixé aussi c’est Baby Girl d’Aqua : J’entendais ce son à chaque fois que j’entrais dans une boutique et ça m’a marqué. »

Marqué par la chanteuse de R’n’B Aaliyah, ainsi que les rappeurs Clipse ou 50 Cent, Slimka se familiarise avec le rap en participant à des ateliers d’écriture dans une maison de quartier genevoise. Mais avant d’y consacrer toute son énergie, c’est dans le sport qu’il l’a déployée : « J’étais à fond dans le sport. À douze ans, j’étais champion romand sur 60 mètres en athlétisme. J’ai aussi fait du foot pendant une dizaine d’années, j’arrêtais, je reprenais. Puis j’ai fait du jerk. C’est du hip-hop avec un mélange de plusieurs styles de danse. J’en ai fait jusqu’à mes 20 ans environ. Ça dansait même vers Gare du Nord, habillé avec des slims, des grosses chaussures et pleins de couleurs. »

À travers le jerk, Slimka développe une science du show et ses échanges avec le public alimentent son énergie. Des aptitudes qui lui forgent un caractère de performeur et qu’il reproduit sur scène aux côtés de Di-meh et Makala, avec qui il forme les Xtrm Boyz dès la deuxième moitié des années 2010 : « Toute ma vie, c’est Makala et Di-meh qui m’ont donné l’impulsion et motivé. Le mouvement jerk commençait à mourir, il n’y avait plus trop de compétitions et en même temps je sortais de l’adolescence. J’ai commencé à bédave et chiller avec des rappeurs, à faire des freestyles dans la rue. Même si les lyrics c’était pas les meilleurs, quand je suis arrivé, j’avais mon flow. J’essayais des trucs sans complexe et les gens kiffaient cette mentalité, donc je me suis dit qu’il y avait un truc à faire. J’ai sorti le clip Cadillac avec Makala, ça m’a boosté et j’ai arrêté de danser. »

Et c’est avec ses frères suisses du label Colors que Cassim Sall devient Slimka. Alors que la performance scénique est trop souvent relayée au second plan au sein de la nouvelle génération, les trois amis signent une première tournée mémorable : l’esprit est punk, l’énergie déborde, ils crient à s’en casser la voix et leur synergie est impressionnante de fluidité. « Sur 70 concerts, on a fait que 3 répétitions. C’est ça qui est magique, il n’y a pas de réflexion, c’est que de l’énergie. Les premiers concerts qu’on a fait, on était cheums. Je suis maigre, je me mets à poil, j’ai pas de complexe. L’autre il est gros, il se met à poil, il a pas de complexe. Ça saute sur la scène, ça fait monter les gens, ça saute dans le public. C’est un spectacle. Sur scène je suis en transe. Trente ou quarante minutes avant un concert, je suis en bad : j’ai trop envie de dormir, je parle à personne. C’est une préparation pour qu’à mon arrivée sur scène, je puisse tout libérer. Sans filtre. »

Imprimant leurs noms dans l’esprit des aficionados du rap, les Xtrm Boys sont parvenus à imposer l’image d’une scène genevoise explosive et ultra-créative au-delà de leurs frontières : « J’ai kiffé cette période même si à la fin on était cuits : Di-meh a perdu sa voix, il a eu un glaucome. C’était la première tournée de notre vie et elle a duré un an et demi. T’ajoutes à ça les soirées, la tize et la fumette, laisse tomber. On a eu de la chance de pouvoir faire ça, mais maintenant que la porte est ouverte, on va pas la maintenir. Il faut que les gens suivent. Et c’est ce qui se passe. Les gens sortent des choses et sont de plus en plus entreprenants, c’est cool. Je pense qu’on a motivé certaines personnes à se mettre dans le mouvement. »

Slimka – Headshot

Parmi les meilleurs artistes francophones sur scène, Slimka est tout aussi impressionnant musicalement et visuellement. Comme en témoigne les clips léchés, percutants et colorés d’« Hollywood » ou « Headshot », réalisés par Exit Void. Accompagné par une quinzaine de producteurs talentueux, parmi lesquels PH Trigano, Varnish La Piscine, Benjay, Loubensky, The9AM, S2000… Slimka a fait évoluer son processus créatif pour Tunnel Vision : « C’est une émancipation musicale, en terme d’ouverture. Maintenant j’essaye de travailler en direct avec les artistes, que ce soit featuring ou beatmaker, pour qu’il y ait un réel échange et qu’on s’accorde. J’ai aussi fait 4 résidences où j’ai pris le temps de discuter avec des gens, même s’ils ne font pas de prod, juste pour échanger. C’est ça mon émancipation. J’ai commencé l’album en 2019 avec le featuring aux côtés de Laylow et “Tunnel Vision”. Puis ça s’est monté petit à petit. J’ai besoin de recul, d’écouter et discuter. Si on aime pas un truc, on ne le met. J’aime la vitesse, mais je ne suis pas dans la précipitation, il faut que le travail soit carré. »

En l’espace de quatre projets, Slimka a bâti un univers à son image : ouvert, à la fois calme et déjanté et surtout instinctif. Animé par le souhait de rassembler et le besoin d’échanger, le rappeur suisse a même donné une tournée de 10 concerts, en suisse romande, à l’été 2020 : « c’était lourd, c’est là que je suis rentré dans le perso de l’enfant du peuple. J’avais déjà des idées et une discussion avec mon père, qui travaille dans le social, m’a donné envie de faire un truc avec des jeunes de maison de quartier à Genève. J’ai transmis l’info à mon gars qui taffe à la Radio Télévision Suisse et il a tellement kiffé l’idée qu’il m’a proposé de le faire dans toute la suisse romande. Donc on a fait une tournée (10 dates) et dans chaque ville où on passait on invitait 2/3 artistes du secteur. »

Partagé entre ses origines italo-allemandes, du côté de sa mère, et Sénégalo-Maliennes du côté de son père, Cassim Sall se sent très concerné par le continent africain, même s’il n’a jamais pu visiter ses pays d’origine. Malgré tout, en 2018, il s’envolait pour le Bénin à Cotonou, aux côtés de Di-meh et Varnish la Piscine, à la rencontre de l’immense groupe Gangbé Brass Band. Une expérience humaine, permise par la musique, qui l’a profondément marquée : « C’est un des pays d’Afrique les plus deep pour moi : C’est le berceau du vaudou et c’est de là que tous les esclaves partaient. Tu captes comment est le monde. L’expérience avec le groupe était lourde, mais c’est pas ce qui m’a le plus marqué : il y a un petit de 17/18 ans qui n’avait jamais nagé, et on l’a fait nager pour la première fois de sa vie. On a aussi rencontré des gens qui prient le dieu Python. C’est un dieu pour eux : ils ont des maisons avec des pièces remplies de pythons, des vrais ! Ils les portent et les vénèrent. Après le groupe c’est des darons, ils sont déjà connus au niveau international et sont venus en Suisse. »

Sans confondre vitesse et précipitation, Slimka prend de court la concurrence en restant focus sur sa vision artistique. Porteur d’une esthétique virevoltante tout en étant doté d’un flow extensible et ravageur, il se nourrit du partage des énergies. Et plus il s’alimente, plus l’enfant du peuple multiplie les crises de boulimie.

Tunnel Vision disponible sur toutes les plateformes.

Écoutez Slimka dans notre playlist Pan African Rap sur Spotify et Deezer.

© Mehdi Sotot / @sototgraphy
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