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The Pan African Music Magazine
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Dankélé, ou la bravoure du Bamba Wassoulou Groove

Le groupe malien Bamba Wassoulou Groove, héritier du légendaire guitariste Zani Diabaté, vient de faire paraître Dankélé, un nouveau disque aussi virtuose que détonnant. Une véritable machine infernale… à danser.

La nuit tombe sur Bamako, la fraîcheur pas encore. Les motos qui pétaradent et se fraient un chemin dans les embouteillages maintiennent la température si haute que même le thermomètre transpire. Affable, Maguette Diop — le batteur et leader du Bamba Wassoulou Groove — m’attend au bord du goudron. Ensemble, on se coule dans la fraîcheur de sa cour où m’attend l’eau du voyageur. On s’assied, prêts à discuter du nouvel album de cette formation comme il n’en existe pas d’autres, qui compte pas moins de trois guitares (et même quatre si on compte la basse). Il fallait bien ça pour faire revivre l’esprit de feu Zani Diabaté, guitariste de génie et fondateur du Diata Band (devenu « Super » Diata Band), décédé en 2011. Deux ans plus tard, Bamba Dembelé, l’un de ses compagnons de route, réunissait une troupe avec, en tête, l’envie de faire revivre l’héritage de Zani, tout en l’accordant avec son temps. Forcément, il fit appel à Maguette Diop, qui avait fait ses premières armes de batteur au sein du Diata Band.

© Vladimir Cagnolari/ PAM
Dans la cour du Diata Band

Il faut dire que Maguette avait grandi au bon endroit, pour ne pas dire aux premières loges : il habitait la même cour que Zani Diabaté, qui servait de lieu de répétition à cet orchestre qui a marqué les amoureux de la musique malienne.  Zani Diabaté, qui était tout autant percussionniste, danseur que guitariste avait fait ses classes au Ballet national du Mali, puis formé l’ossature de l’orchestre national. C’est quand ce dernier ensemble se disloque qu’il fonde le Diata Band, et prend son jeune voisin Maguette sous son aile. Le batteur se souvient « moi je voulais chanter, mais Zani m’a dit que j’n’étais pas bon, et il m’a dit de choisir un instrument : je me suis mis à la batterie ». Sous l’oreille avertie de son mentor, Maguette intègre le groupe et l’accompagne pour ses performances au village Kibaru durant toute l’année 1976. Mais mois d’un an plus tard, il est recruté par le Bida, l’orchestre régional de Koulikouro. Une aubaine : « Tu étais embauché directement au gouvernorat (de la région, NDLR), tu avais un salaire et tout…. Zani m’a encouragé, se souvient Maguette. Avec le Bida, j’ai fait la biennale de 1978, et on a été deuxième lauréat derrière le Kanaga de Mopti ». Héritières des semaines nationales de la jeunesse instaurées par Modibo Keita, le premier président du Mali, ces grandes compétitions qui réunissent à Bamako les meilleures troupes de théâtre, de danse, les meilleurs orchestres de tout le pays se poursuivent, mais tous les deux ans — sous le règne de Moussa Traoré. Tandis que le Diata Band décolle, Maguette passe ensuite aux Ambassadeurs, avant de rejoindre le Rail Band en 1990. Le célèbre orchestre du Buffet-Hôtel de la gare de Bamako où officièrent Salif Keita, Mory Kante ou Djelimady Tounkara continue alors de jouer tous les samedis soirs, quand arrive l’express de Dakar. L’aventure durera une quinzaine d’années, jusqu’à ce que la régie des chemins de fer du Mali soit privatisée, et son orchestre livré à lui-même, sans salaire ni scène où jouer. Coup de grâce : Zani Diabaté, son mentor, rend son dernier souffle dans un hôtel parisien. Autant dire que le coup de fil de Bamba Dembele, percussionniste du Diata Band (passé lui aussi par le Rail band) lui proposant de ressusciter la musique de Zani ne pouvait se refuser. « Quand Bamba nous a proposé de faire revivre Zani, j’ai d’abord coulé les larmes. Et puis Bamba c’était un très bon copain ». 

© Jacob Crawford, avec l’aimable autorisation de Lusafrica
L’esprit de Zani Diabaté, celui de Bamba Dembélé 

Deux autres anciens du Rail band ont aussi répondu à l’appel : le guitariste Moussa Diabaté et le bassiste Papis Diombana, rejoints par Bainy Diabaté (connu pour accompagner Djeneba Seck) et Abderahamane Diarra. Il ne leur manque qu’un chanteur : Ousmane Diakité.

En 2013, avec l’aide du tourneur Yorrick Benoit et du producteur (et fondateur du festival Musiques Métisses) Christian Mousset, ils enregistrent leur premier disque, sur lequel figurent en majorité des morceaux du Diata, remis au goût du jour. Un disque en forme de carte de visite, pour se lancer à l’assaut des scènes européennes. L’énergie des rythmes du wassoulou, l’expérience et le talent des musiciens et le fantôme de Zani Diabaté qui survole leur musique ne pouvait manquer de les faire remarquer en Europe.

« On voulait se mettre dans les pas de Zani Diabaté, dont on a repris des morceaux, plus des morceaux à nous. Maintenant, c’est un volume de compositions à nous, mais on a gardé l’esprit du Diata Band : faire danser les gens, c’est ça l’objectif du groupe, comme au temps du Diata Band. On modernise un peu. Mais c’est toujours une musique faite pour bouger », martèle le batteur. Le groupe, enthousiaste, n’en subit pas moins un terrible coup du sort. Bamba Dembélé, qui en était l’initiateur et qui avait donné son nom au groupe, décède fin 2018. C’est lui qui figure sur la pochette de ce nouveau disque, Dankélé. Maguette, à la regarder, a les larmes qui lui montent aux yeux.

Dankélé, c’est-à-dire brave en bambara. Le morceau ouvre le disque, et dixit Maguette, il est dédié « aux personnes qui travaillent dur pour gagner leur pain, les vendeurs ambulants qui marchent dès le matin, les gens qui souffrent, physiquement, qui donnent. C’est pour leur rendre hommage, et la chanson est là pour les motiver… il faut travailler dur si tu veux être dankélé. » 

Bamba Wassoulou Groove – Dankélé

Dankélé, c’est un nom qui colle bien aussi au fondateur du Bamba Wassoulou Groove, parti rejoindre Zani Diabaté de l’autre côté de la vie. Dankélé enfin, c’est un titre qui va à merveille à ce disque où les trois guitares se déchaînent, s’entrelacent pour tricoter des rythmiques machiavéliques et offrir des moments de grâce et de virtuosité. « On voulait faire cette musique-là pour danser, et puis comme on écoute d’autres choses, on y a mis parfois une pointe de funk, de blues ou de reggae… c’est le chemin de Zani, mais l’époque a changé donc on fait évoluer ça avec notre époque. »

Un disque dangereux, enregistré à l’ancienne, tous ensemble dans la même pièce (au Confort Moderne, à Poitiers), restituant leur groove irrésistible. Résultat : onze vrais morceaux de bravoure qui méritent d’être découverts en live. 

Maguette, fier de toute cette histoire, confirme : « si tu as aimé le disque, il faut venir nous voir sur scène ». Promis, dès que ce sera possible. 

© Renaud Barret, avec l’aimable autorisation de Lusafrica

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