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Tiloun s’en va au paradis du maloya
Crédit photo : Didier Vuagnoux

Tiloun s’en va au paradis du maloya

Le chanteur Tiloun, un des piliers du maloya, est décédé le 5 juillet à La Réunion. Retour sur le parcours de ce géant à la voix d’or, sensible et authentique. 

Avec la mort à 53 ans de Jean-Michel Ramoune, alias Tiloun, le dimanche 5 juillet, le maloya perd l’une de ses voix les plus authentiques et la Réunion, un fier défenseur de l’identité créole, un homme de lien social, un dalon au bon cœur. 

“Le maloya c’est une force, une douceur, un lo sucré ! Mi vois ça comme un moyen d’expression, une tribune”, confiait Tiloun au Journal de l’Île de la Réunion en 2012. Travailleur social le jour à Saint-Denis, chanteur à plein temps, Tiloun avait gagné le respect de ses pairs maloyèrs. C’est d’ailleurs le légendaire doyen Firmin Viry, auprès duquel il a joué pendant quatre ans, Gilbert Pounia ou encore son ami Danyèl Waro qui l’avaient poussé à enregistrer Dé Pat Ater, un premier album paru en 2008, qui le conduirait sur devant de la scène, malgré sa réticence envers ce qu’il appelait le « zafèr commercial ». Invité régulier du festival Sakifo à la Réunion, Tiloun avait reçu le prix Fanal de la SACEM, tourné en Europe comme en Inde, et enregistré son deuxième album, Kas In Poz, à Madagascar en 2012. Ce “Léo Ferré de l’Océan Indien, cette voix bouleversante de géant orphelin” (selon les mots de Stéphane Deschamps dans les Inrockuptibles en 2011) y chantait sa famille, proche et ancestrale, s’entourant de chœurs chauds pour célébrer les retrouvailles entre les deux îles et apaiser les douleurs de l’histoire, la sienne comme celle de la Réunion. Au Kriol Jazz Festival à Praia l’an dernier, Tiloun et la chanteuse cap-verdienne Elida Almeida célébraient ensemble les créolités transocéaniques le temps d’une création intitulée avec gourmandise Rougailverde.

En février 2019, Tiloun sortait Konfidans chez Sakifo Records, huit titres poétiques et politiques où se mêlent kora, mbira, flûte bansuri, valiha malgache et, bien sûr, tous les ingrédients de base du maloya, sati, kayamb, roulèr et bobre en tête. Un troisième album à l’image du métissage qui fait tout le sel de l’âme réunionnaise, la fameuse « batarsité » chantée par Danyèl Waro. Ce dernier se souvient : « Tiloun, c’est une couleur, une voix, une manière de chanter, une présence. On le croisait souvent dans les kabars, il était vraiment dans la transmission. » Un passeur qui connaissait la valeur de l’héritage… Dans « Ô Maloya », Tiloun égrène les noms des maloyèr qui lui ont ouvert la voie, de Françoise Guimbert à Gramoun Lélé, et sur « Matrikil« , Tiloun rend hommage à Danyèl Waro comme à Nelson Mandela. 

La terre et l’éther

À cause d’une enfance chaotique, Tiloun grandit au foyer La Source à Saint-Denis de la Réunion et c’est là qu’il s’initie au chant, à la musique péi, à la danse et aux percussions alors qu’il traîne volontiers avec Alain Peters, Ziskakan, Tikok Vellaye ou encore le chanteur de rue Henri Madoré. Tiloun commence à écrire et à jouer dans les kabars, mais c’est sa rencontre avec Firmin Viry qui change le cours de sa vie car ce dernier lui transmet l’âme profonde du maloya, spirituelle et rebelle. Sans aucun doute, Tiloun était un homme d’engagements : s’il poussait récemment une gueulante contre le rougail en boîte et l’industrialisation du patrimoine culturel réunionnais, le chanteur avait aussi défendu la cause des Chagossiens, expulsés de leur archipel puis déportés vers l’Île Maurice et les Seychelles dans les années 60 par le Royaume-Uni. Atteint de diabète, Tiloun militait également au sein de l’association Odhirathon qui soutient la recherche, et avait pour projet d’écrire un livre sur l’obésité. 

 « On devait se voir vendredi dernier, il m’avait un donné un recueil de ses poèmes pour le relire, « Litani pou mon péi ». Tiloun té un moun franc, honnête, grand défenseur de la langue créole et son écriture est pleine de domounité » déclare le poète et militant Patrice Treuthardt, co-fondateur de Ziskakan. Avant son hospitalisation, le chanteur venait d’achever une résidence de création au Kerveguen à Saint-Pierre, et s’apprêtait à s’installer au Kabardock au Port pour travailler sur son nouveau live tout en menant de front plusieurs projets avec l’énergie de la jeunesse. En musique bien sûr, deux veillées sont prévues au centre funéraire de Primat à Saint-Denis pour rendre hommage à Tiloun ce lundi soir à partir de 20 heures, et mardi soir également entre 20 heures et 22 heures. 

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