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Covid‑19 au Sénégal : "On est dans un film, et on est tous acteurs"

Comme partout ailleurs, la pandémie mondiale liée au Covid-19 impacte le secteur musical sénégalais. Depuis la décision du gouvernement d’interdire tout rassemblement public, les évènements musicaux sont annulés ou reportés, mais les artistes rivalisent de générosité en dons ou se mobilisent en musique. 

Photo à la une : Moh Dediouf

« Du 14 mars au 14 avril 2020, sont interdits sur l’étendue du territoire national, pour des raisons liées à la propagation du Covid-19, toutes les manifestations et [tous] les rassemblements de personnes dans des lieux ouverts ou clos’’. Cette décision prise par le ministre de l’intérieur samedi dernier dans la lutte contre le Covid-19 tombe comme un couperet pour les artistes et organisateurs de spectacles. Marchés fermés, mosquées fermées… Tout les évènements sont annulés, y compris les festivités du soixantième anniversaire de l’indépendance du pays, le 4 avril. Un coup dur pour tout le monde, dont celui des artistes et organisateurs de spectacles, qui prennent ce coup du sort avec philosophie. Certains se mobilisent contre le virus en mettant leurs moyens ou leur créativité au service de la lutte. Etat des lieux.


Mustapha Naham : « On reporte, car nous sommes dans un film et nous sommes tous acteurs »

La fin mars devait être riche en évènements musicaux. D’abord, les 26 et 28 mars à l’Institut Français de Dakar et Saint-Louis, le public attendait avec impatience les concerts de l’artiste Mustafa Naham. Ce dernier venait défendre son dernier projet avec le Français Dom Prévost et le burkinabé Kantala, créé entre Paris, Dakar et Ouaga.

« Ces reports et annulations et surtout la situation liée au coronavirus nous ramènent à notre humanité » réagit avec philosophie Naham. Il pense même déjà à la possibilité de faire des live sur Facebook pour accompagner les gens confinés. Lui qui habite non de la foret de Saint-Germain en Laye entend aussi profiter de cette période pour faire ses vocalises.

« Nous sommes dans un film et nous sommes tous acteurs. C’est un moment de solidarité et aussi à un niveau personnel, un temps pour mieux travailler ma musique » confie l’artiste avant d’ajouter qu’il serait extrêmement judicieux de se pencher sur le statut de l’artiste au Sénégal. 

Adam Sene, jeune chanteuse d’origine saint-louisienne, est forcément un peu déçue. Elle s’apprêtait à donner son premier grand concert dans sa ville, devant son public, mais elle a surtout investi beaucoup d’argent et d’énergie pour la préparation de ce spectacle prévu pour le 28 mars.

« Payer pendant plusieurs semaines le studio d’enregistrement pour les répétitions, confectionner des flyers également, tout ça nous a couté beaucoup de sous. Ce n’est pas facile pour les artistes indépendants, mais combattre le Covid-19 est plus important. Quand je pense aussi que c’est pour le bien de tous, cela me réconforte. La vie n’a pas de prix » assure-t-elle.

Mustapha Naham

Les cérémonies du soixantenaire de l’indépendance annulées

Chez Kojito, la prolifique maisons de production, qui permet à beau nombre d’artistes de tourner, la situation n’est pas tout à fait la même. Tous les programmes sont suspendus mais rien n’était prévu à long terme.

 « Pour les fêtes d’indépendances du 4 avril, nous étions en négociation avec des artistes, mais rien n’était encore ficelé » explique un des responsables de Kojito.

Par contre, souligne-t-il, cet arrêt peut être difficile pour des artistes qui vivent au jour le jour et au gré des prestations. Pour l’heure, Kojito attend le retour à la normale et se tourne vers d’autres créneaux.

« Nous nous concentrons sur nos autres activités et suspendons la production de spectacles conformément à la loi. Tout en espérant que ce coronavirus disparaisse très vite » conclut avec sérénité notre interlocuteur

Moh Dediouf : « Le coronavirus montre la fragilité de certains métiers, surtout en Afrique »

Moh Dediouf dont le grand concert de retour était prévu le 27 mars a été obligé aussi de reporter sa rencontre avec ses fans. Pour lui, l’affaire est simple, il va y avoir « un avant et un après » Coronavirus tant ce Covid-19 a mis en lumière les nombreuses tares qui touchent le secteur musical.

« D’abord je réfute le mot  ‘’industrie culturelle’’, car il n’en existe pas réellement au Sénégal. Le coronavirus montre à souhait la fragilité de certains métiers en Afrique. C’est le moment de tout repenser » déclare-t-il avant d’insister sur la capacité de résilience du peuple sénégalais, qui tous les jours fait face à toutes sortes de crises.

 « Il nous faut une introspection qui va au-delà des dates de concerts reportés. Il est difficile de dire à un peuple qui vit dans la résilience permanente, même si cela est nécessaire et important, de l’être encore plus en cette période de coronavirus. La résilience, c’est son quotidien » martèle-t-il amer.

De Youssou Ndour à Y’en a marre : les artistes se mobilisent

Dès que la possibilité d’une propagation du coronavirus dans le pays a commencé à faire l’actualité, les artistes se sont mobilisés. Youssou Ndour est le premier à être monté au front, vendredi 13 mars, avec son opération intitulée : Daan Coronavirus ou « vaincre le coronavirus ». En plus, d’avoir remis un important lot de matériel et des équipements sanitaires (pour une valeur de 10 millions de FCFA) la star mondiale a mis son groupe de presse GFM (télévision, radio, quotidien et journal en ligne) en mode combat contre le coronavirus. Même des cours de rattrapage pour les élèves du primaire sont diffusés en direct à la télévision. 

Youssou a été suivi par Waly Seck et Pape Diouf qui ont respectivement donné des enveloppes de 5 millions et 6 millions FCFA.

Dans cet élan, le mouvement hip-hop n’est pas en reste. Le mouvement Y’en a marre a lancé un nouveau single dénommé « Fagaru Ci Coronavirus » ou Prévention Coronavirus. La vidéo, très bien faite, conscientise les populations sur la présence effective du virus dans le pays et leur rappelle les règles d’hygiène à observer. Simon, Fou Malade, Kilifeu et compagnie ont frappé un coup utile et bienvenu dans un contexte où les populations, fatalistes et obnubilées par la dépense quotidienne, ne se sentaient pas trop concernées par ce Covid-19.


Le Festival International du Baobab reporté, son initiateur offre une playlist aux confinés

Autre évènement majeur repoussé à une date ultérieure, c’est le Festival International du Baobab initié par l’ancien Président de S.O.S Racisme Fodé Sylla, aujourd’hui ambassadeur itinérant dans son pays d’origine. Prévu du 8 au 12 avril, il vient d’être reporté à cause du Covid-19 également. En attendant, son initiateur, se dit convaincu que le report va servir à mieux préparer la première édition de cette manifestation et invite le monde, en attendant, à replonger dans les grands classiques de la musique africaine.

« Je demande personnellement aux gens de  respecter les consignes d’hygiène édictées par l’OMS et pour ceux qui sont dans des pays déjà arrivés à un stade de confinement, de garder espoir. Profitez d’ailleurs du confinement pour revisiter les grands classiques africains : Angélique Kidjo, Youssou Ndour, Oum Kalsoum, Toumani Diabaté, Oumou Sangaré, Tiken Jah Fakoly, Kora Jazz Trio, Myriam Makeba, Papa Wemba, Alpha Blondy, Aïcha Koné. » Une véritable playlist.

Au moment où nous écrivons ces lignes, le Sénégal a enregistré 42 cas de coronavirus confirmés, dont deux guéris. Pour l’heure, le classique festival de Jazz de Saint-Louis prévu du du 27 mai au 1er juin est en sursis. Si l’épidémie reculait d’ici là, il serait le seul évènement musical d’envergure au programme ces mois qui viennent … Il ne nous reste plus qu’à rester chez nous, et à croiser les doigts !

  

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