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The Pan African Music Magazine
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Bunny : le dernier des Wailers ne gémira plus

Le compagnon des débuts de Bob Marley, cofondateur des Wailers, s’est éteint le 2 mars. Il aura aussi mené une longue carrière solo, gardant précieusement son indépendance et sa fidélité à Rasta. PAM lui rend hommage. 

Il a poussé son dernier gémissement. Le dernier Wailer vivant s’est éteint en Jamaïque, à 73 ans. C’est ce qu’a confirmé son manager Maxine Stowe : le compagnon de route des premières heures de Bob Marley en musique (et aussi son demi-frère par alliance) qui avait eu une attaque cet été, avait depuis fait plusieurs séjours dans les hôpitaux de l’île.

Après Bob Marley, en 1981, puis Peter Tosh assassiné en 1987, Bunny Wailer est donc le dernier de ce trio mythique du reggae à disparaître. Le Premier ministre de Jamaïque, Andrew Holness, a été le premier à lui rendre hommage publiquement en qualifiant sa disparition « de grande perte pour le pays ».

Malgré son surnom de Wailer (« pleurnicheur » ou « gémisseur »), on a rarement vu le dernier des trois piliers des Wailing Wailers (le groupe original de Bob Marley ) se plaindre ou perdre le cap de sa bonne espérance dans le reggae. Même s’il avait parfois cédé à quelques sirènes digitales, Bunny veillait sur le reggae roots en bon père de famille rastaman : avec parcimonie et sérieux. Mais il aura publié sous son nom une vingtaine d’albums, dont deux d’hommage à Bob Marley lui-même. En fait, plus qu’un Wailer (un pleurnichard), Bunny Wailer était surtout connu pour être le Black Heart Man, « l’homme au cœur noir », l’homme lion, le rastaman insondable, taciturne, qui se faisait rare sur les scènes et dans les avions, préférant le zion de la Jamaïque aux sirènes du showbiz. Pourtant, la célèbre institution des Grammys l’avait récompensé par trois fois, après cinq nominations.

Bunny et Bob, Trenchtown rocks

Bunny Wailer est né sous le nom de Neville Livingston en 1947 à Kingston. Marley et lui sont devenus amis très jeunes puisque Cedella Booker, la mère de Bob Marley fréquentait le père de Bunny, ce qui faisait d’eux des frères du ghetto, à Trenchtown. En 1963, ils ont formé les Wailers avec Peter Tosh et c’est en 1965 que sort leur premier album Wailing Wailers (qui contient leur premier hit « Simmer Down », paru sur le label Studio One de Sir Coxsone). « La première fois que j’ai rencontré Bob et Bunny, se souvenait Johnny Moore, le trompettiste maison du Studio One qui a participé à l’enregistrement de « Simmer Down », je travaillais avec les Skatalites sur Brentford Road (au Studio One). Ils sont arrivés avec Peter Tosh et d’autres gamins avec qui ils étaient à l’époque, comme Junior Braithwaite. On a vu qu’il y avait quelque chose d’unique chez eux chez ces jeunes gens, et on a essayé de faire de notre mieux pour les aider à faire grandir leur talent. A l’époque, ils avaient un truc dans leur musique qui faisait penser aux Impressions, puis ils ont évolué et ils ont réussi à créer leur propre son. C’est ce qu’on voulait entendre dans le studio : une musique avec un feeling Jamaïcain, quelque chose de populaire d’ici plutôt qu’un truc venu des USA ou d’ailleurs ! Aujourd’hui encore, leur musique reste très puissante. A cette époque quand on enregistrait on était quatre ou cinq sur un micro, donc si on faisait une connerie, il fallait tout recommencer, alors on ne faisait pas d’erreur… ! »

Peu après cet enregistrement, Marley quitte le pays pour aller travailler aux Etats-Unis dans une usine de l’État du Delaware, tandis qu’en 1967 Bunny est emprisonné pendant plus d’un an pour possession de Ganja. Au retour de Marley et à la libération de Bunny, les Wailers se reforment et vont enflammer les meilleures écuries reggae du pays chez Coxsone, Lee Perry, Leslie Kong (ce producteur sera vilipendé pour avoir voulu enregistrer un album baptisé Best of the Wailers  – le meilleur des Wailers -, ce à quoi Bunny lui aurait répondu que le meilleur des Wailers était encore à venir…)

Ce meilleur à venir, c’est peut-être la rencontre du trio avec le public occidental, qui – entre autres – va populariser le reggae dans le monde, après que Chris Blackwell, le patron d’Island, était entré dans leur vie.

Le « Blackheart man » en solitaire 

En 1976, le Wailers se séparent, Marley sort l’album Natty Dread, et signe la fin du trio de sa jeunesse formé avec le militant Peter Tosh et le mystique Bunny Wailer, qui signe quant à lui l’un de ses plus beaux albums, Blackheart Man, sur Island – le même label que Bob. Bunny y parle notamment de ce caractère de « Black Heartman », d’âmes réincarnées (« Reincarnated Souls ») et de l’entrée du monde dans cette fameuses ère du Verseau, pendant laquelle le lion rasta s’est éteint, le 2 mars 2021. 

Mais deux rastamans, c’était peut-être un de trop pour le label Island, et Bunny Wailer forme son propre label, Solomonic Records, pour publier le magnifique en 1977 l’album Protest enchanté par sa voix de falsetto.
On le verra régulièrement porter la mémoire du fabuleux trio qui va inscrire le reggae sur la carte du monde dans différents documentaires, mais c’est le célèbre rappeur américain Snoop Doggy Dog qui lui fait crever l’écran en 2012 dans son trip filmé en Jamaïque, Reincarnated, dans lequel le toutou turbulent du rap US part rendre hommage au vieux lion du reggae et joue tout autant la carte de la réincarnation que la filiation musicale…  Sur une île, où la musique ne cesse de se recycler, nul doute que l’âme musicale de Bunny Wailer  saura trouver sa juste réincarnation, en bonne et due forme.

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