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Simo Cell et Abdullah Miniawy : histoire d’un coup de foudre artistique

Sur un album alliant chants poétiques d’inspiration soufie, trompettes et machines, le DJ français Simo Cell et l’écrivain, chanteur, musicien et acteur égyptien Abdullah Miniawy s’offrent une parenthèse électronique mystique aux sonorités ensorcelantes.

L’album Kill Me or Negotiate est l’aboutissement d’une rencontre fortuite entre deux artistes animés par la fièvre protestataire. Au premier abord, on pourrait croire que tout les oppose : l’un est DJ, producteur et désormais responsable de son label, tandis que l’autre est chanteur, poète, trompettiste et acteur égyptien connu pour son spectacle sombre et déchirant, Le Cri du Caire, joué au festival d’Avignon en 2018 aux côtés de son trio de jazz rejoint par Erik Truffaz. Pourtant ce mélange de sonorités organiques et de sons électroniques sonne comme une évidence.

Ce nouveau cri du cœur d’Abdullah, insufflé par son chant soufi, procure un déferlement extatique à tous ceux qui lui prêtent oreille. C’est d’ailleurs ainsi que le poète s’est engagé dans la révolution égyptienne de 2011, pour défendre la liberté d’expression à coup de textes protestataires. Se posant comme porte-voix d’une jeunesse militante, la transposition de ses paroles entre slam et psalmodie soufie sur de la musique techno est quelque part, une nouvelle forme de révolte essaimée à travers le monde. La réputation mondiale de Simo Cell dans le milieu de la musique électronique permet à Abdullah de toucher de plus gros mégaphones et un autre public, plus jeune, peut-être plus réceptif à la musique qu’aux grands discours. Ses textes aussi ont une autre saveur, plus métaphoriques, plus intimes aussi, marquant un nouveau tournant dans la vie de l’artiste égyptien désormais installé dans son appartement parisien – même s’il reste en contact avec ses amis emprisonnés en Égypte. Il n’a cependant rien perdu de ses élans artistiques, la ferveur de sa voix et sa trompette sont telles, qu’elles ravissent aussi bien le cœur que l’esprit. Le charme de ses chants soufis portés par des paroles profanes aux allures poétiques opère ainsi de la même manière qu’un slogan protestataire. Abdullah adopte la démarche d’un romantique révolté contre la société, en choisissant la nature comme refuge car c’est bien par elle que se manifeste tout le divin dans les paroles de ses chants.

Simo Cell & Abdullah Miniawy – « Pending in the pattern »
Deux astres qui se rencontrent

Pour Simo, cette nouvelle collaboration signée sur BFDM (Brothers From Different Mothers) – label incubateur de musique house et techno français géré par le DJ et producteur lyonnais Judaah – est un défi de taille qu’il n’avait pas vraiment vu venir. « Abdullah m’a contacté par mail. Il était à Paris et connaissait ma musique, je connaissais aussi la sienne, puis nous avons décidé de prendre un verre et ça a été un véritable coup de foudre ! Je lui ai proposé de venir dans mon studio à Pantin, juste pour faire de la musique ensemble et s’amuser, sans aucune ambition derrière. Il s’est vraiment passé quelque chose de fort artistiquement. » Tout a commencé dans ce studio de manière très spontanée, très innocente aussi, puisque Simo n’avait alors aucune idée du passé révolutionnaire d’Abdullah et ce dernier ne s’intéressait pas du tout à la musique électronique. « Je ne connaissais pas vraiment la techno ou la fusion des genres, je voulais simplement découvrir son univers. Au début c’était simplement des essais avec ma trompette, et puis nous avons évolué naturellement vers le mélange de nos deux styles. D’autant plus qu’au début mon instrument était l’élément central, puis je l’ai cassé, donc nous avons dû composer autrement en faisant de nombreux arrangements en studio pour le conserver. »

Cette fusion organique et électronique est palpable sur les titres « Sama-Learning How to Fly », « Caged in Aly’s Body » et « Weed in the Freezer », où la trompette d’Abdullah vient s’agréger à l’univers expérimental de Simo. Seulement pour arriver à ce résultat, il a fallu résoudre plusieurs entraves techniques. « J’ai le savoir d’un producteur mais pas celui d’un ingénieur du son, donc fondamentalement, c’était vraiment compliqué de faire une bonne captation de la voix d’Abdullah, explique Simo. Nous avons dû faire de nombreux essais, parfois il faisait un truc super avec sa voix et j’oubliais d’enregistrer ! (rires) Il y a eu deux phases, celle des jam sessions et celle de post-production en studio, de mixage et d’arrangement avec Abdullah. C’était une façon complètement nouvelle de faire de la musique pour moi. » 

Un double engagement : l’un pour la planète, l’autre pour la liberté d’expression

Le chant soufi égyptien d’Abdullah est céleste. En préférant la métaphore aux louanges sacrées, il affirme haut et fort sa liberté artistique. Dans ses invocations soufies, Abdullah fait appel aux éléments naturels pour exprimer des sentiments personnels profonds, en témoigne la création du titre « Pending In The Pattern ». « C’était dans mon ancien appartement, je me sentais un peu seul, je me suis penché à la fenêtre et j’ai imaginé ma chute du balcon. J’ai eu une sorte de réaction chimique dans mon corps liée à l’eau. Comme si cette eau que je voyais était en fait l’océan… Les paroles en arabe signifient : “Tu choisis pour moi la vue, tu choisis pour moi les larmes.” C’est une métaphore ouverte que je préfère garder pour moi mais que tout le monde peut comprendre… »

Quant à Simo, l’engagement se poursuit en faveur de la planète. Il s’est récemment exprimé dans une tribune de Libération sur sa volonté de continuer à être DJ mais pas à n’importe quel prix, en étant plus respectueux de l’environnement et par conséquent, plus en phase avec la scène locale. « Ce sont des décisions que je vais mettre en place en essayant de développer plus de résidences, parce qu’il y a beaucoup de DJ qui jouent toujours le même set dans plein de villes différentes, et pour moi, l’essence du DJ, c’est de prendre des risques, de toujours s’adapter. Donc quand on joue par exemple une semaine en résidence, il y a l’idée de proposer des sets différents chaque soir. Ensuite il y a des masterclasses que j’aimerais développer, en donnant des cours de manière locale. C’est assez incroyable parce que ça permet de se connecter avec des jeunes talents et pourquoi pas repérer des artistes susceptibles d’être hébergés sur mon label. C’est une autre façon de rencontrer des gens et de discuter avec son public parce que quand on est en club, typiquement il est deux heures du matin, il y a du bruit partout donc on échange quelques phrases mais ça reste assez succinct. Le fait d’avoir la masterclasse avant, ça rend la chose beaucoup plus humaine et ancrée. »

Ce qui pourrait paraître utopique en ces temps difficiles, répond malgré tout à des questions de terrain beaucoup plus pragmatique. « J’ai envoyé un mail à Jean-Marc Jancovici, un ingénieur sur l’industrie décarbonée, et je suis en contact avec son équipe pour réfléchir à ces questions, sur ce qu’implique une tournée, combien ça consomme, etc. Donc une approche beaucoup plus scientifique. » Un engagement assez fort pour ce jeune DJ à la notoriété déjà bien établie, qui s’ouvre de nouvelles portes très réjouissantes pour l’avenir.

L’album Kill Me or Negotiate est disponible sur toutes les plateformes de streaming via BFDM.

Sortie en version physique le 27 novembre et en pré-commande ici.

Simo Cell & Abdullah Miniawy – Kill Me or Negotiate
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