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Moonchild Sanelly, le monde au féminin
© Phatstoki

Moonchild Sanelly, le monde au féminin

La star sud-africaine exige le respect pour l’ensemble de la gente féminine, des rebelles badass aux romantiques brisées. Discussion avec une future reine du monde, qui présente son nouvel album Phases.

Pendant longtemps, Moonchild Sanelly a été un scandale ambulant. Malgré sa participation à certains des plus grands hits locaux de la décennie ; malgré des tournées internationales dans le monde entier ; malgré une invitation de Beyoncé sur l’album The Lion King (2019) ; pendant longtemps, son nom a surtout fait les gros titres pour des sujets sans rapports avec la musique, accompagné par des adjectifs comme “scandaleux”, “choquant” ou “indécent”. Ces actualités ont souvent été liées à l’apparence ou à la sexualité de la chanteuse : alors que les rappeurs et artistes pop masculins y consacrent des chansons entières, ils semblerait que pour une femme, artiste ou non, le fait de parler ouvertement de sexe soit encore un problème pour certaines personnes. Pourtant, dès les premières minutes de notre entretien, il est clair que Sanelly, née Sanelisiwe Twisha, ne se censurera pas pour ces dernières. « Ce genre de choses arrive encore parce qu’il y a beaucoup d’hommes, et on apprend aux hommes que les femmes sont des servantes, faites pour fournir des bébés », dit-elle après avoir pris une profonde inspiration, avec le ton d’une personne habituée à se répéter. « Et on dit aux femmes d’être des ladies, et les ladies ne sont pas censées savoir où se trouve le clitoris, les ladies ne sont pas censées dire ce qu’elles aiment et avoir une voix dans la chambre à coucher. À ce stade, je suis en train de devenir la personne que j’aurais aimé avoir quand j’étais enfant. Parce que si j’avais eu une chanson à la radio qui me parlait des plaisirs du sexe, j’aurais remis en question les moments où j’étais harcelée et molestée sexuellement. Une chanson qui m’aurait fait me sentir bien dans mon corps, une chanson qui m’aurait fait me poser des questions si je suis violée, etc. Je suis une lady, mon corps m’appartient, et cela n’enlève rien au fait d’être une lady. »

À coup de morceaux malicieux comme « Where De Dee Kat » et de clips suggestifs comme « Online », Sanelly a pris l’habitude de choquer. « J’adore le fait de secouer tout, tout le monde, tout le temps », nous glisse-t-elle même avec un sourire espiègle. Une habitude qu’elle avait déjà à l’université lorsque, en passe de devenir l’ambassadrice du « future ghetto funk », elle donnait des récitals de poésie et faisait joyeusement grimacer son public. Pour elle, le choc n’est qu’un effet secondaire de sa « repossession du récit », une expression qu’elle utilisera fréquemment dans notre discussion. Elle met un point d’honneur à dire que cette confiance en elle provient avant tout de ses propres expériences de vie ; toutefois, elle admet également l’influence de deux figures féminines importantes. La première est Brenda Fassie, icône pop sud-africaine des années 80 connue pour sa musique et son activisme révolutionnaires ainsi que pour sa vie privée bouleversante. « Sa musique était autour de moi et m’a vraiment affectée », explique Sanelly. « Quand j’avais quatre ans, on avait eu un cours de musique et j’avais choisi sa chanson. Quand je rencontre des gens qui l’ont rencontrée en personne, ils me disent toujours que ma ressemblance avec elle n’est pas seulement musicale, c’est aussi ma personnalité, comment j’en ai rien à foutre, comment je suis moi-même et comment le monde doit s’y adapter » . La seconde est sa mère, décédée peu après l’avoir envoyée de Port Elizabeth à Durban pour ses études. « Elle était hyper différente des dames de son âge », se souvient-elle en riant. « Les femmes de son époque la regardaient comme elles me regardent maintenant. Ma mère était une baddie. Tout le monde avait des maris et elle non ! Vous ne me verriez jamais dans la rue, dans un coin avec un garçon ou faire quoi que ce soit qui consomme mon temps : ma mère était très consciente et elle m’a fait monter sur scène quand j’avais 6 mois. J’ai fait en sorte que notre existence vaille la peine. »

DJ Vitoto – Online [Feat. Moonchild Sanelly] (Official Music Video)

L’intuition de sa mère que sa fille allait bientôt être trop grande pour Port Elizabeth (aujourd’hui Gqeberha) fut rapidement vérifiée : en 2016, après un premier album alternatif (Rabulapha !) et une solide réputation dans la scène créative locale, la chanteuse fait irruption dans le mainstream avec des hits comme « Makhe », « Midnight Starring » ou « iWalk Ye Phara ». « Tout cela était intentionnel« , dit-elle. « J’avais commencé à faire des shows à l’étranger, mais je voulais plus. J’avais atteint le sommet de la scène alternative, au point où j’étais la seule fille noire sur toutes les scènes afrikaans. Puis, je me suis rendu compte que les personnes qui sortaient du pays n’avaient pas forcément de succès commercial en Afrique du Sud. Et je voulais les deux, parce que je veux mon Grammy ! » Rapidement, elle rajoute sa touche particulière à la vague gqom qui secoue le pays, en collaborant avec des piliers de la scène comme DJ Tira, DJ Lag, Busiswa ou DJ Maphorisa. « Dans le gqom… j’adore la basse », sourie-t-elle. « Je suis une personne énergique et ça me fait décoller. L’image que j’ai quand j’écoute du gqom, c’est une scène souterraine, remplie de gens et c’est juste… sauvage, sombre ». Pourtant, la chanteuse reste pertinente dans la sphère alternative en renchérissant avec des propositions house et rap plus expérimentale sur des projets comme Nüdes et de nombreux featurings. Cette originalité lui a valu de figurer sur la bande originale du Roi Lion de Beyoncé, et d’être signée par le label londonien Transgressive Records

Phases, le nouvel album de Moonchild Sanelly, est un pas de plus dans cette quête de domination mondiale. Dès la première écoute, et après avoir jeté un coup d’œil à la pochette du projet et ses quatre versions surnaturelles de la chanteuse, il est évident que ce projet n’est pas destiné à un seul public. « Abso-motherfucking-lutely », Moonchild confirme. « Je viens juste d’Afrique du Sud. Je les porte avec moi, mais ils ne me retiendront pas pour autant ! » C’est d’abord dans la musique que ce parti pris se ressent : la tracklist est un savant mélange d’amapiano et de SA house ( « Covivi » , « Soyenza »), de bangers trap et drill (« Let it rip », « Uli » , « Strip Club »), de new rave ( « Over you », « Bad bitch budget », « Money tree »), de morceaux délirants et rapides biberonnés à la techno ( « Chicken » ) et de ballades nostalgiques ( «Too late » , « Bird so bad » ). Cela se reflète également dans le fil conducteur de l’album : une célébration universelle et inclusive de la féminité, qu’il s’agisse de celle de Brenda Fassie, de celle de la mère de Sanelly ou de toutes les autres. « J’essaie de représenter tout type de femmes, différentes de la norme sociale des femmes qui réussissent », explique-t-elle. « C’est pour ça que j’ai « Strip Club » : je célèbre les filles qui prennent leur argent et s’amusent ! J’ai une chanson qui parle d’une nana qui choisit un homme marié. Elle ne veut pas être sa propriété, elle veut juste être sur son planning. J’ai « Undumpable » : tu ne vas pas me larguer après tout ce que j’ai investi dans cette relation – ça c’est pour mes femmes folles ! Nous méritons toutes le respect. » Une grande partie de l’album est également orientée vers les relations amoureuses. Pour explorer ce sujet de la meilleure façon possible, telle une vraie scientifique, la chanteuse a décidé de rester dans un couple très toxique lors des dernières phases d’enregistrement. « Juste pour terminer l’album une bonne fois pour toute ! » , s’amuse-t-elle. « J’avais besoin de plus d’émotions. Certaines personnes ‘mack’ pour l’ego, moi je ‘mack’ pour du contenu… ».

Tout en réunissant les différentes formes de Moonchild Sanelly, cet album dévoile également une facette d’elle que nous ne connaissions pas. « Bird so Bad », par exemple, est une chanson choquante, mais pas de la manière dont elle choque habituellement : ici, nous sommes surpris de la tristesse de l’artiste, qui chante un chagrin d’amour difficile. La reine du futur ghetto funk serait-elle en train de s’affaiblir ? Bien au contraire. « Cette fois-ci, il m’a justement fallu de la force pour le faire », dit-elle. « J’avais vraiment envie d’être un oiseau pour fuir ma situation, et en parler n’enlève rien à mon pouvoir et ne m’empêche pas de célébrer les femmes. Le pouvoir de la vulnérabilité, c’est qu’elle vous permet de vous approprier vos émotions. C’est puissant : c’est moi qui me reconnaît telle que je suis ». Dans toutes ses différentes phases. 

Phases, disponible partout.

Moonchild Sanelly – Cute (ft. Trillary Banks) (Official Video)
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