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James BKS, un lien avec l’Afrique longtemps gardé secret
© Pierre Pontoizeau

James BKS, un lien avec l’Afrique longtemps gardé secret

Sur son prochain album prévu pour mars, le producteur franco-camerounais James BKS renoue avec son africanité, dans le sillon de son père biologique : le regretté Manu Dibango. Son single « No Unga Bunga » vient de paraître. PAM l’a rencontré.

James BKS a trouvé son nom de scène sur une pochette de disque de la légende hip-hop Pete Rock – Best Kept Secret – une manière de dire qu’il a toujours exercé son talent avec la discrétion des plus grands, à l’image de son histoire familiale, longtemps conservée dans les tiroirs à secrets de sa mère. Le jour où son fils met de côté ses aspirations de basketteur pour se lancer sérieusement dans la musique, il était temps pour elle de lui révéler l’identité de son père biologique. Une vérité que James a d’abord reniée, tant le choc était immense. Jusqu’au jour où il se retrouve nez à nez avec Manu Dibango… La ressemblance est frappante. Impossible de faire autrement que d’embrasser cette réalité et de recevoir, durant sept années, le précieux héritage musical transmis par son père. Pour James c’est le moment d’entamer une carrière de producteur au service de gros calibres : Snoop Dog, Booba, Q-Tip, ou encore Ja Rule. Mais son ADN musical s’égare dans cette énorme industrie, et l’artiste ressent un besoin de renouer avec son africanité, trop longtemps ignorée. Son premier single « Kwele » en hommage au groupe ethnique établi de part et d’autres de la frontière qui sépare le Gabon, le Congo et le Cameroun, lui permet d’attirer l’attention d’Idris Elba, lequel l’enrôle sur son label 7Wallace Music. La machine est lancée, et les deux hommes partagent un deuxième single « New Breed » en compagnie de Q-Tip et Little Simz. Entre hip-hop et percussions africaines, sa musique reflète sa quête identitaire, dans un style sans étiquette et surtout sans frontières. Ce prochain disque est l’occasion de révéler son vrai visage et de collaborer avec des artistes aussi bien africains, européens ou américains. Un projet qui sonne comme le point de rencontre entre toutes les cultures qui l’ont nourri. Interview. 

James BKS – « No Unga Bunga »

De quoi parle ton nouveau single « No Unga Bunga » et quel est ce son traditionnel que nous pouvons entendre ? 

Pour ce single j’avais vraiment besoin de revenir seul, de m’affirmer sans grand casting, sans grand nom, pour vraiment ressentir l’énergie sur la musicalité et que les gens puissent vraiment se concentrer sur ma musique plutôt que sur les collaborations. C’était un mot d’ordre très important pour revenir. Ce titre « No Unga Bunga » est lié à la transmission. J’ai eu la chance de me reconnecter avec mon père biologique il y a quelques années et il m’a apporté beaucoup, notamment sur mon africanité, on a beaucoup discuté, il m’a fait découvrir énormément de choses à travers sa musique et la transmission c’est quelque chose de vraiment très important pour moi, l’héritage. Pas forcément l’héritage comme on peut l’entendre, en règle générale quand on pense héritage on va penser aux biens matériels que telle ou telle personne peut laisser, mais moi, ce que j’ai pu acquérir de cette expérience de sept ans où j’ai eu la chance de côtoyer mon père biologique, c’est vraiment une éducation, un amour pour la musique, les différents genres musicaux sur lesquels il a pu exercer son talent et qu’il a su me redonner par la suite. C’est vraiment ce mot d’ordre que j’ai eu pour ce titre là, c’est dire aux gens que le plus bel héritage qu’on peut avoir c’est l’amour, c’est l’éducation et c’est ce qui va nous lier. Quand on traverse telle ou telle adversité dans la vie, à partir du moment où on sait où on va, on sait ce qu’on a dans le cœur, c’est le plus important. 

« Je me suis reconnecté avec mon africanité que très tard dans ma vie. La musique a été la fenêtre qui m’a permis de le faire de la manière la plus naturelle possible » 

James BKS

Pourquoi est-ce important pour toi de renouer avec tes racines camerounaises à travers la musique spécifiquement ? 

Parce que j’ai pas eu l’opportunité réellement de connaître mon pays d’origine plus que ça auparavant. J’ai grandi entre la France et les États-Unis – j’ai passé dix ans aux États-Unis et toute mon enfance en France. Je me suis reconnecté avec mon africanité que très tard dans ma vie. La musique a été la fenêtre qui m’a permis de le faire de la manière la plus naturelle possible. 

Comment ton père, Manu Dibango, t’a-t-il influencé ? 

C’est quelque chose qui s’est fait très naturellement. Il m’a convié à plusieurs reprises à ses concerts, à ses tournées, j’ai eu plusieurs occasions de côtoyer ses musiciens, d’échanger énormément avec eux, et de découvrir une musique africaine que je ne connaissais pas du tout. J’avais plus en tête les clichés qu’on peut avoir sur la musique africaine – surtout quand on vient de France et qu’on l’entend seulement d’ici – et c’est vrai que l’avoir découverte réellement à travers ses yeux, ça m’a rendu curieux et ça m’a donné envie d’en savoir plus. 

À quel âge as-tu découvert que tu étais son fils biologique ? 

J’ai découvert que j’étais son fils biologique très tard. J’ai commencé la musique quand j’ai déménagé aux États-Unis en 2002, et c’est à peu près en 2005 que j’ai commencé à vraiment prendre la musique au sérieux, à l’envisager professionnellement. C’est à ce moment là que ma mère m’a révélé qui était mon père biologique, et ça a été un rejet pendant plusieurs années encore, jusqu’à ce que je tombe nez à nez avec lui en 2012… C’était une réalité que je ne pouvais plus renier. 

Quels sont les disques de musique africaine qui ont bercé ton enfance ? 

J’avais plus des titres en tête que des disques. Je retenais surtout les artistes que ma mère jouait beaucoup, mais c’était toujours dans le cadre familial parce qu’il y avait des fêtes, des anniversaires… Donc c’est à ces moments-là que je pouvais entendre ce genre de musique. Donc c’était du Koffi Olomidé, du Manu Dibango, du Angélique Kidjo… Tous ces artistes de cette génération, du Youssou N’Dour aussi beaucoup.

Comment a évolué ton style depuis le fameux titre « Kwele » en hommage à la tribu Kwele, avec ses percussions afros, ses rythmiques rap et ses accords pop ? Dirais-tu que ce nouveau single est plus afro-électro ? 

J’aime pas vraiment coller d’étiquettes à ma musique, et j’aime bien faire comprendre aux gens que c’est mon ADN que je retranscris dans la musique que je fais et c’est toujours ce voyage entre les trois continents. Oui il y a certainement une évolution et je pense que c’est plus une affirmation, maintenant je comprends mon son, je sais ce que je veux faire musicalement et il y a une sonorité qui en ressort. Après c’est vrai que sur certains titres il y aura un peu plus de hip-hop, un peu plus de pop, mais je n’ai pas un genre de prédilection. 

Ta musique crée des ponts entre l’Europe, l’Afrique et les États-Unis, penses-tu qu’elle peut aider ceux qui comme toi ont grandi avec une double-culture ?

Complètement. Je pense que mon parcours n’est pas plus spécial que d’autres gens autour de moi, qui ont vécu à peu près les mêmes expériences et qui sont partis tenter l’aventure américaine ou même en Europe, tout en étant africains d’origine. Les expériences que je mets dans ma musique sont des choses que les gens peuvent comprendre. 

« Maintenant que je pense avoir réellement compris mon son, je suis beaucoup plus à même de m’ouvrir et de retravailler avec des artistes qui m’inspirent. » 

James BKS

Tu as composé des morceaux pour Snoop Dog, Booba, Q-Tip, ou encore Ja Rule, est-ce que tu continues à exercer ce talent de producteur pour les autres ou maintenant c’est du passé ? 

Ça revient petit à petit, c’est vrai que j’avais une période où j’avais vraiment besoin de me recentrer sur moi-même et de trouver mon son, parce que c’est vrai que quand on passe plusieurs années à produire pour les autres, on a tendance à se perdre un petit peu pour se plier à ce que les autres artistes souhaitent, et très souvent il s’agit de surfer sur la tendance parce que c’est la loi de l’industrie du disque. Donc c’est vrai qu’après avoir vécu plusieurs années aux États-Unis et être revenu en France, j’avais besoin de me renouveler et surtout de me retrouver. Maintenant que je pense avoir réellement compris mon son, je suis beaucoup plus à même de m’ouvrir et de retravailler avec des artistes qui m’inspirent. 

© Pierre Pontoizeau

Tu es la première signature du label 7Wallace Music lancé par le producteur et acteur britannique Idris Elba avec qui tu partages ton précédent single « New Breed », comment l’as-tu rencontré ? 

On peut dire qu’il y a eu un coup de foudre artistique et humain aussi par la suite. Idris avait écouté mon titre « Kwele » avant qu’il sorte et il était tombé amoureux du clip, de l’univers, et il a souhaité me rencontrer pour en savoir plus. Lorsqu’on s’est vu je lui ai expliqué un petit peu mon parcours et mon envie de sortir ce titre-là sans me soucier de l’aspect commercial ou non, sans me soucier du genre musical, j’avais vraiment quelque chose à dire à travers ce titre-là. Et je voulais le défendre d’abord pour moi et vraiment avoir quelque chose qui ressemble à personne d’autre. Ce discours l’a vraiment séduit et c’est à ce moment-là qu’il m’a dit : « Comment je peux t’aider ? » Moi déjà j’étais fan de l’artiste, parce que ce qu’on ne sait pas, c’est qu’Idris est DJ et producteur avant même d’être un acteur, il a produit pour Jay-Z, Pharoahe Monch à l’époque, et beaucoup de B-O pour des films sur lesquels il produisait. Donc quand il y a eu la connexion, ça a été une collaboration naturelle qui continue aujourd’hui. 

Tu as trouvé ton nom de scène BKS – Best Kept Secret – sur un disque de Pete Rock, une légende du hip-hop, que représente-t-il pour toi aujourd’hui ?

Pete Rock, Q-Tip, J Dilla c’est mes premiers amours. C’est des producteurs légendaires dans le hip-hop et pas que dans le hip-hop d’ailleurs, c’est des gens qui ont changé soniquement la musique et ça reste des grandes sources d’inspiration. Après Pete Rock n’est pas forcément la source suprême pour moi, mais c’est vrai que lorsque je suis tombé à ce moment-là sur l’album qui s’appelle Best Kept Secret, qui veut dire « le secret le mieux gardé », je trouvais que ça me correspondait complètement. Je commençais à peine dans la musique et les gens de mon entourage me connaissaient un peu plus pour mes aspirations à être basketteur – chose que j’aie mise de côté assez rapidement par la suite. Il y avait cette dualité entre moi qui me lançais dans quelque chose qui me passionnait, mais que personne autour de moi ne savait réellement, et puis mon histoire vis-à-vis de mes parents. 

À quoi ressemblera ton prochain album dont la sortie est prévue en mars ? Est-ce qu’il y a des featurings que tu peux déjà nous dévoiler ? 

Oui et bien j’ai la chance de collaborer avec Yemi Alade, Oxlade, Arthur Kwesi, les gens connaissent aussi le titre « New Breed » avec Q-Tip, Idris et Little Simz, il y aura Royce da 5’9″ également, et puis bien d’autres. Ce sont de belles collaborations et j’ai vraiment été chanceux d’avoir ce genre de calibre sur le projet. 

Le titre « No Unga Bunga » est disponible sur toutes les plateformes de streaming. 

Écoutez James BKS dans notre playlist Songs of the Week sur Spotify et Deezer.

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