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The Pan African Music Magazine
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Tems offre du réconfort aux âmes esseulées avec For Broken Ears

Elle compte parmi la nouvelle génération d'artistes nigérians qui composent, interprètent et produisent leur propre musique. À l'occasion de la sortie de son premier album For Broken Ears, Tems a reçu la visite de PAM.

Juillet 2018. La chanteuse, de son vrai nom Temilade Openiyi, finit par publier « Mr Rebel », non sans hésitation, et après une longue période de créativité clandestine à l’abri des oreilles extérieures. Alors convaincue que sa voix n’a rien à apporter au paysage musical nigérian, elle jette néanmoins son dévolu sur ce qu’elle décrit comme « la pire chanson que j’avais sur mon ordinateur et que je pouvais publier sans souci puisque j’étais certaine qu’elle ne cartonnerait jamais, vu sa qualité. » Sauf que le titre connaît immédiatement un succès critique.

Ayant grandi au son de Amy Winehouse, Asa, Frank Ocean ou Beyoncé, ce n’est qu’à l’adolescence que Tems concrétise son désir de se frotter sérieusement à la musique. Alors que ses parents insistent pour qu’elle poursuive ses études d’économie en Afrique du Sud, Tems trouve le temps de faire de la musique en parallèle, bien qu’occasionnellement, et au point de faire la première partie du rappeur sud-africain Cassper Nyovest. Peu satisfaite du travail des autres producteurs, elle aiguise son penchant pour l’auto-production : « Je voulais avoir mon propre son à 100%. Comme j’éprouvais le besoin de partager ce que la musique signifie pour moi, il fallait forcément que j’apprenne à la produire moi-même. Je n’avais pas d’autre choix. »

Des chansons comme « Looku Looku » et « Damages » illustrent parfaitement le don qu’a Tems de transmettre ses émotions à travers anecdotes et expériences intimes. « Toutes mes chansons représentent différentes périodes de ma vie que je veux partager avec mes auditeurs, ou avec quiconque traverse un moment éprouvant et cherche un moyen de se soigner », confie-t-elle.

Tems – Damages

Avec à peine une poignée de sorties dont le carton « Try Me » en 2019, une nomination aux Headies, et une armée de fans auto-proclamée “Rebel Gang”, Tems est l’un des rares talents à avoir percé au Nigéria l’an dernier. En mai de la même année, l’artiste est sélectionnée par YouTube pour intégrer son programme international « Foundry », aux côtés d’autres rares talents privilégiés du Royaume-Uni, France, États-Unis, Japon, Mexique, Australie, entre autres. En 2020, la plateforme de vidéo en ligne a choisi « Try Me » pour la bande-son du teaser de la nouvelle édition. Puis en septembre, Tems devient, après les Sud-Africains Elaine et Willy Cardiac, la troisième artiste du continent mise en avant par Spotify dans sa sélection « Radar Africa », branche du programme international « Radar ».

Nous avons rencontré Tems pour parler de son album For Broken Ears, son ascension fulgurante, la pression face à des attentes désormais haut placées, et sa vision du succès.

Est-ce que tu avais envisagé que les choses iraient aussi si haut et si vite pour toi ?

Pour être honnête, pas du tout. Quand j’ai sorti “Mr Rebel” en 2018, je n’avais alors encore rien mis en ligne, alors que je chantais depuis un bon moment déjà. Je voulais juste publier une chanson sur internet, et deux ans plus tard, voilà où j’en suis ! Peu de gens le savent, mais “Mr Rebel” est la toute première chanson que j’ai mise en ligne.

Quand as-tu compris que la musique était ce que tu voulais faire ?

Dès l’âge de 6 ans, j’ai su que la musique était quelque chose que j’adorais, mais ce n’est qu’à 17 ans que j’ai commencé à envisager une carrière professionnelle. C’était alors évident pour moi que c’était ce que je voulais faire de ma vie, mais il a fallu que j’aille étudier, tout en sachant pertinemment que dès mes études finies, je me consacrerais à la musique.

Est-ce que as conscience d’avoir fait les choses différemment pour réussir à gagner une telle notoriété sans avoir publié un seul son ?

Honnêtement, quand je dis que c’est grâce à Dieu, les gens pensent que je suis folle… Mais je t’assure que je n’avais aucun plan ou stratégie promotionnelle ou quoique ce soit du genre. Je me suis juste laissée porter par le courant. Je ne connaissais rien à l’industrie musicale et je n’y avais aucun contact. J’ai juste uploadé “Mr Rebel” et là, certaines plateformes numériques m’ont contactée. Jusqu’à la sortie de Try Me, j’ai tout fait moi-même, depuis chez moi, et sans manager.

Qui sont les artistes que tu écoutais avant tes débuts, et quelle a été leur influence sur ta production ?

J’écoutais Asa, Aaliyah, Lauryn Hill, Frank Ocean, Amy Winehouse, entre autres. Mais je ne crois pas que ces artistes ont influencé mon style car afin de trouver mon propre son, j’ai dû arrêter d’écouter de la musique pendant quelque temps. Je voulais comprendre comment sonne ma production, une fois libérée de toute influence. Pendant ces deux ans, même si j’ai écouté de la musique, je ne l’ai pas absorbée.

As-tu toujours été à l’aise avec la particularité de ta voix, ou bien est-ce venu petit à petit ?

Plus jeune, ma voix était très différente et beaucoup de gens ne la trouvaient pas belle, ce qui m’a découragée de chanter. Pourtant j’adorais la musique ! Je ne savais pas si j’étais douée pour ça, et ça ne m’a pas empêchée de continuer. À l’âge de 17 ans, j’ai réalisé que j’avais peut-être un truc spécial. Je n’étais sans doute pas comme les autres mais j’avais quelque chose.

Et personne ne t’a aidée à en prendre conscience ?

Pas vraiment. Tout ce que j’ai fait – l’apprentissage musical, la composition de chansons –, je l’ai fait en secret. Je n’ai jamais vraiment dit aux gens que je chantais. C’était quelque chose que je faisais toute seule dans mon coin. Honnêtement, je n’en parlais à personne.

Comment est née ta prédilection pour l’auto-production ?

Personne ne comprenait ma musique et ce que je cherchais à atteindre. C’est génial de travailler avec des producteurs mais d’une certaine façon, tu es dépendant de leur son et ce n’est alors plus le tien. C’est comme une fusion des deux sons, le tien et le leur, ce qui veut dire que tu dépends de ce qu’ils veulent bien t’offrir. Moi, je voulais avoir mon propre son à 100%. Comme j’éprouvais le besoin de partager ce que la musique signifie pour moi, il a nécessairement fallu que j’apprenne à la produire moi-même. J’avais besoin de savoir comment transposer mon son du début à la fin du procédé, de la production aux paroles, en passant par la composition.

Peux-tu nous parler du processus créatif de For Broken Ears ?

Chaque chanson représente un chapitre de ma vie. Je suis du genre à passer par toutes sortes d’épreuves, donc cet album est un voyage à travers elles. Toutes les chansons représentent différentes périodes de ma vie que je voulais partager avec mes auditeurs et auditrices, ou avec quiconque traverse un moment éprouvant et cherche la guérison ou l’espoir. « Interference » est empli d’amour et tient lieu de bienvenue dans mon propre monde. Dans « Ice Tea », je chante la sérénade à quelqu’un, lui disant que je peux transformer toute son aigreur, tristesse ou colère en douceur. « The Key » résume ma vision de la vie et ma philosophie personnelle. C’est vraiment très intime : c’est moi, débarrassée de mes blessures, et c’est donc « la clé » de ma vie.

Comment t’est venu le titre de l’album ?

Cet album est destiné à quiconque n’a jamais pu avoir accès à de la musique qui l’aide à guérir ou qui touche son esprit. Ces gens qui n’écoutent de la musique que pour danser, ou pour le groove, et non pour s’épanouir. Tout ça est très bien, mais j’avais envie d’offrir un soulagement aux gens qui écoutent le disque, en espérant que ça provoque en eux un reset spirituel, ou que ça puisse les guérir. C’est pourquoi je l’ai intitulé For Broken Ears.

Quelle chanson a représenté le plus gros défi pour toi sur cet album ?

« Free Mind ». J’ai même failli la laisser tomber mais je savais que si je ne la sortais pas maintenant, je ne la sortirais probablement jamais.

Quelle est la chanson la plus importante à tes yeux ?

Je dirais « The Key ». Parce que sur ce titre, c’est moi qui dévoile ma vérité. Je fais ça uniquement pour les gens qui savent se connecter à moi, et pas pour être appréciée de tout le monde. Je fais ça pour les gens qui savent lire les messages cachés que j’envoie à travers ma musique. Bien que je fasse partie de ce monde, je ne suis pas dévouée au monde entier. Je suis ici pour une autre mission, celle de soulager les gens qui traversent des épreuves difficiles. À chaque fois que je réécoute « The Key », je me rappelle l’état dans lequel j’étais lors de l’enregistrement, et la raison pour laquelle je suis ici. Je me préoccupe de mon propre but, de ma raison d’être, et non pas de ce que les gens peuvent bien en penser. C’est ici que je suis, et « The Key » en est l’incarnation.

« Try Me » est une chanson très intime, puissante, et dominatrice. Est-ce un événement personnel qui t’a poussée à écrire cette chanson ?

Oui, toutes mes chansons sont personnelles et je les chante du plus profond de mon âme. L’état d’esprit dans lequel j’étais lorsque j’ai écrit “Try Me” était si profond que je ne peux même pas l’expliquer. J’en avais pas mal bavé et j’avais fini par croire que les gens adorent t’enfoncer quand tu es déjà au sol. Et j’en ai eu ma claque. Franchement, pour écrire une chanson comme “Try Me”, il faut en avoir sacrément bavé. Ce n’est pas le genre de choses que tu composes le cœur ou l’esprit léger, ni dans ton état normal. Si c’était si facile, quelqu’un d’autre aurait déjà fait un “Try Me” avant moi. Je ne crois pas que j’ai envie de retrouver cet état d’esprit, car je ne suis plus en colère et je ne souffre plus aujourd’hui. Je suis consciente que c’est une excellente chanson qui offre l’empowerment à celles et ceux qui l’écoutent mais je ne veux pas retourner dans cette situation. Mes prochaines compositions seront différentes parce que je suis déjà passée à autre chose.

Que cherches-tu à susciter avec cet album ?

Je veux afficher la couleur de ma musique, parce que j’ai l’impression que les gens ne l’ont pas encore comprise. C’est ma façon à moi de dire, « je peux être tout ça à la fois, et je peux faire n’importe quel genre de musique. » Quand j’ai commencé la musique, je n’y connaissais rien aux différents genres ; je faisais un peu de tout et n’importe quoi. Je connaissais le style Afrobeats, évidemment, mais ce n’est qu’en arrivant dans le milieu que j’ai compris que les gens classaient les albums en catégories : R&B, soul, etc. Cet album montre l’étendue de mes possibilités, ce que je sais faire, et mon niveau. Il ne résume pas tout ce que je sais faire, cependant, car tout ne peut pas tenir dans un même album.
Je veux aussi comprendre l’état d’esprit de mes fans, et savoir qui ils sont vraiment. C’est pour ça que j’étire la fin de « Try Me » : je veux que les gens lâchent prise et soient déçus. Les Nigérian·e·s imaginent qu’en tant qu’artiste reconnu, tu dois être sous pression et ils veulent que tu le montres. Mais je ne ressens rien parce que je sais déjà qui je suis.

Comment as-tu réussi à maintenir le rythme après “Try Me”, malgré l’énorme pression?

Ce sont les gens qui te mettent la pression, voilà toute l’histoire. Ils recherchent l’excitation et le divertissement en permanence, mais tu ne peux pas laisser cette pression t’affecter. Divertir les gens n’est pas mon boulot, et je ne veux pas de ça chez moi. C’est un peu comme s’il y avait une guerre dans les rues, pendant que chez moi je suis en paix, tranquille dans mon espace. Je pense que les gens ont besoin de sentir que les artistes sont sous pression. Mais une chose est claire : je suis une artiste, je fais de l’art, et il ne devrait y avoir aucune pression dans tout ça puisque l’art est un moyen d’expression, et la musique est celui que j’utilise pour m’exprimer.

Que signifie le succès selon toi ?

Le succès, c’est que des millions de gens deviennent conscients grâce à ma musique. Je contribue à réveiller la conscience de soi en touchant les gens. Non pas qu’on me voue un culte, au contraire : les gens se découvrent eux-mêmes en écoutant ma musique.
Le succès, ça signifie que je peux avoir un impact direct sur les événements qui se déroulent au Nigéria ou ailleurs en Afrique par un simple tweet. Et puis, le succès, ça veut dire aussi créer des opportunités pour les gens.

En tant qu’artiste auto-produite, y a-t-il un producteur ou une productrice avec qui tu penses que la collaboration serait magique ?

Spaxx est l’un des principaux noms qui me viennent à l’esprit pour ce qui est de la production. J’aimerais aussi travailler avec Sarz et Jae5 ; je pense que ça pourrait être vraiment cool.

En quoi Tems est-elle un autre genre d’artiste ?

Je m’efforce d’être la plus vraie possible. Je suis sincère avec mes sentiments et qui je suis, et je me dévoue pleinement. Bien sûr, il y aura toujours de la musique pour les uns et les autres, mais moi, je ne serai jamais conformiste. Quiconque sait se connecter à ce que je fais s’y connectera. Je n’ai pas besoin de récompense ou qu’on me tresse des louanges, et ce n’est pas pour ça que je fais de la musique. J’ai seulement envie de la partager, et c’est la chose la plus importante qui soit à mes yeux. Et c’est pourquoi j’ai mis en ligne « Mr Rebel ».

Streetwear Credits
Creative Direction: Amarachi Nwosu (@Amaraworldwide)
Photography: Jerusa Nyakundi  (@JerusaNyakundi)
Production: Melanin Unscripted (@MelaninUnscripted) 

Fashion Editorial Credits
Creative Direction: Amarachi Nwosu (@Amaraworldwide)
Photography: Jerusa Nyakundi (@JerusaNyakundi)
Styling: Rey Jaiteh (@reyjaiteh) & Zaawdi (@Zaawdi)
Production: Melanin Unscripted (@MelaninUnscripted)

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