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DJ Satelite, le bon samaritain qui voyait loin
Dj Satelite © Pedro Guimaraes

DJ Satelite, le bon samaritain qui voyait loin

Depuis l’an 2000 et dans l’ombre, DJ Satelite façonne le kuduro et l’afro house du jour d’après. Tandis que paraît la compilation Seres Produções 200, PAM a discuté avec le DJ et producteur angolais, tardivement reconnu, car toujours en avance sur son temps.

Si l’Afrique du Sud sort souvent du chapeau lorsque l’on parle de musique électronique, les autres pays africains sont encore loin de jouir du même intérêt, malgré la présence évidente d’un vivier d’artistes qui ont beaucoup à offrir. DJ Satelite est de ceux qui illustrent parfaitement ce postulat. Patron du label Seres Produções depuis 20 ans, le natif de Luanda est aussi accusé dans sa biographie d’être la source du kuduro 2.0 et l’un des pionniers de l’afro house. Modeste et discret, l’homme est pourtant loin d’afficher l’attitude du DJ superstar. « Quelqu’un a écrit ma bio de cette manière, et maintenant les gens utilisent le mot pionnier pour me qualifier, mais je ne suis pas si fort ! », plaisante-t-il. « J’adore Boddhi Satva et Black Coffee, pour moi ces mecs sont vraiment énormes. Il ne s’agit pas pour moi d’être un pionnier : quand les gens sont contents, je suis content. » En 2000, le jeune Angolais profitait de sa fougue adolescente pour lancer son label, avec son frère DJ Vamburgue. Dans leur quartier de Bairro Marçal, les deux jeunes commencent alors à se faire un nom en travaillant sur des beats avec d’autres artistes de la zone. « Mes parents ont beaucoup travaillé pour tenter de changer notre vie, mais nous sommes restés dans le même ghetto », raconte-t-il. « Beaucoup de gens volaient, se battaient… C’est pourquoi j’ai démarré le studio, pour les aider à croire en eux et à changer leur vie ». Cet altruisme précoce servira de charpente à ce qu’il est devenu : à 34 ans, un géant sous-estimé de la musique électronique africaine.    

Dessiner l’avenir du kuduro

Satelite nous explique que ce son uptempo à l’énergie folle doit sa naissance aux rave parties, alors que la jeunesse angolaise se passionnait pour la techno. « Des gars ont créé une danse et le son en a découlé ; le kuduro est en fait né de la techno, mais peu d’Angolais en parlent car c’est connecté aux ghettos, ils préfèrent parler de kizomba ou de semba, c’est plus à la mode. » Transfigurer un mouvement populaire à ce point marginalisé semblait bien ambitieux pour un ado, mais il avait déjà une conscience aigüe de la place que prenait cette musique dans la société. « C’est fou, parce que le kuduro est maintenant vivant depuis plus de 30 ans en Angola », continue-t-il, « c’est probablement l’une des musiques les plus importantes de tous les temps dans ce pays ».

C’est en 2006 que le DJ et producteur sera pour la première fois couronné de ses efforts, en co-produisant l’album culte Estado Maior do Kuduro du groupe Lambas, qui enregistrera des records en écoulant plus de 10 000 CDs en une poignée d’heures. Dans le sillon de cette victoire personnelle, Satelite et Vamburgue produisent la même année l’album Batida Única de Bruno M, un véritable coup de torchon qui redorera avec prestige le blason de ce style controversé et « souvent associé à la criminalité ». Généreux et dévoué, Satelite en oublie cependant sa propre condition de vie : « nous avons changé le mouvement et le son avec Lambas et Bruno M, maintenant tous ces artistes que j’ai aidés ont de l’argent, une famille et une maison. C’est comme si j’avais changé leur vie, alors que la mienne n’évoluait pas, je vivais encore chez ma mère. »

© Pedro Guimaraes
S’éloigner pour mieux percer

Dans l’ombre des interprètes, Satelite n’était manifestement pas d’humeur à lâcher l’os qu’il était en train de rogner. A condition de se concentrer cette fois-ci sur sa propre carrière. « L’industrie musicale en Angola est folle », regrette-t-il. « Seuls les chanteurs sont importants, personne ne se soucie des musiciens ou des producteurs. Les radios et la télévision contrôlent le business, les artistes paient même pour apparaître dans ces médias ! J’agis beaucoup en faveur de la culture africaine et on me demande de l’argent pour parler à un magazine ? C’est de la folie ! » Le temps, les baffes et l’expérience aidant, Satelite comprend qu’un peu d’égoïsme serait le bienvenu, et sans doute aussi, que nul n’est prophète en son pays.

Il déménage en 2008 en Namibie et commence à pousser le mouvement afro house en tant que producteur. Il découvre les tournées en 2012, sollicite ses premiers distributeurs digitaux et commence seulement à voir la couleur de ses premiers dollars gagnés grâce à la musique. En 2015, Satelite se laisse porter par le vent du changement et abandonne tout ce qu’il possède pour bouger près de Lisbonne, avec cinq T-shirts, deux jeans et un laptop dans son baluchon. Il s’y installe finalement, conscient du besoin de faciliter ses déplacements dans une Europe qui commence à s’intéresser à lui. Il y sort rapidement Muloje, compilation regroupant uniquement des producteurs angolais : « c’était dans les journaux partout dans mon pays, ma mère lisait et m’envoyait des photos. Les gens ont commencé à parler de moi seulement quand j’étais ici, au Portugal ! », s’étonne-t-il, néanmoins heureux que sa persévérance ait enfin payé. L’année suivante, il voit son nom apparaître dans Jeune Afrique, une reconnaissance aussi tardive qu’inattendue qu’il accueille avec un soulagement non dissimulé : « pour moi c’était génial, car en Angola, tout le monde se fichait de mon travail. Je me suis demandé qui avait écrit cet article car je n’avais pas donné d’interview. On y parlait de DJ et producteurs qui commençaient à exporter leur musique hors d’Afrique. »

© Pedro Guimaraes
L’afro house comme vecteur culturel

Trop pointu pour se faire une réputation en Angola, Satelite réalise qu’il est peut-être trop angolais pour percer au Portugal. Il y déplore l’orientation business que suit la musique, au détriment de sa valeur culturelle : « la black music est ici contrôlée par des blancs, c’est pour moi très déroutant car je cherche des gens qui utilisent la musique africaine dans leur son. Dans le mouvement batida par exemple, ils ne cherchent que des Portugais, et le management contrôle l’esprit des producteurs, ça n’a pas de sens. » En duo avec sa femme DANYKAS DJ, Satelite continue de mener son combat en mariant la musique avec d’autres formes d’art à travers ses évènements Room System à Lisbonne, tout en élargissant la famille Seres Produções, bien au-delà des pays lusophones, triste de constater que « lorsque l’on parle d’afro house, c’est souvent l’Afrique du Sud qui est citée ». Il enchaîne : « mon but est de montrer des producteurs issus d’autres pays tels que le Botswana, le Zimbabwe ou le Kenya ».

On l’a compris, l’expatrié avance avec son cœur, animé par des ambitions qui ne se mesurent pas à la taille du club qui l’accueille. « Beaucoup de DJs cherchent simplement à jouer un jour à Ibiza », confie-t-il, « c’est plus important pour eux que de promouvoir notre culture. Ça n’est pas du tout mon type de rêve, même si j’adore jouer. J’ai déjà joué à Ibiza mais aussi dans des festivals au Kenya, où la vibe et l’énergie des gens étaient exceptionnelles. » Même s’il se dit pessimiste pour l’avenir de l’afro house qui a selon lui déjà débuté sa métamorphose vers la tech-house, Satelite reste un chevalier de la culture africaine, qui n’oublie pas de dissimuler des messages contestataires dans ses morceaux. A titre d’exemple, « Kapuka » parle de cet alcool que les politiciens en campagne distribuent quasi gratuitement pour s’attirer les faveurs du peuple, alors que sur « Xe Mana Bella », c’est du respect des hommes envers les femmes dont il est question. « A l’époque où je travaillais avec Bruno M, je savais que les gens avaient peur de parler du gouvernement dans leurs chansons », se souvient-il, « c’est pourquoi on devait trouver les mots et métaphores adéquats pour parler du président qui annonçait en interview que les Angolais n’aimaient pas étudier ni travailler, ou de ces pauvres gens en manque d’eau potable que le gouvernement fait payer. »

Pour cette fin d’année, DJ Satelite annonce une collaboration avec Cortega, le joueur de kora Noumoucounda Cissokho et le percussionniste Aba Diop avec le titre « Kan Tolo », enregistré à Dakar en marge du festival Electrafrique !

La compilation anniversaire est toujours disponible ici, plus d’infos sur le site du label.

DJ Satelite & Bun Xapa – Mama Africa
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