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The Pan African Music Magazine
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Rolv.K invite la Terre-Mère dans le club
Photo de Camille Dubouloz

Rolv.K invite la Terre‑Mère dans le club

Moitié du duo Nüfrika, le producteur d’origine suisso-norvégo-sierraléonaise fait monter la fièvre afro dans les clubs genevois depuis trois ans. Plusieurs mois après les sorties des EPs Clvb Noiz et Sahel Remixes, PAM a échangé avec celui qui participe activement à faire de Genève une plaque tournante majeure de la scène global club. Portrait.

Café en main et affable de bon matin, c’est dans son appartement que Rolv.K nous reçoit virtuellement via Whatsapp lors d’une matinée ensoleillée de juillet. « Ici à Genève ça commence doucement à reprendre mais bon ce n’est pas ça… », répond-t-il avec un certain dépit lorsqu’on lui pose l’épineuse question de la reprise d’activité du milieu de la nuit. Mais avant d’évoquer les heures qu’il a pu passer derrières les platines de club, revenons un peu en arrière.

S’il n’a commencé à partager ses créations qu’au tournant de l’année 2017 – début 2018 sur Soundcloud, c’est que le producteur attendait le bon moment pour commencer l’aventure, en continuant à peaufiner son style dans son coin. Une fois lancé, il n’aura pas fallu beaucoup de temps à Rolv.K (son nom de scène est la conjonction de Rolv, le prénom de son grand père paternel norvégien et de l’initiale du sien, Kaylan) pour imposer son empreinte. Celle d’une musique addictive orienté pour le club – mais pas seulement – faisant la part belle aux percussions africaines de toutes natures et de tous horizons, et qui plus est, a la délicatesse d’apporter une teinte soulful bienvenue. Corps et âme s’accordent ainsi dans les productions du jeune beatmaker de vingt-cinq ans.

C’est grâce à sa vision artistique qui ne cantonne jamais la musique électronique au seul cadre du club que Rolv.K s’est construit une belle réputation. Une renommée qui va croissant et qui lui a déjà permis de galvaniser les publics de Milan, Paris, Bruxelles et ailleurs. Alors que la carrière du DJ et producteur commence à s’accélérer, voici venue l’occasion pour nous de retracer les premiers pas d’un défenseur sincère d’une musique club plus ouverte sur le monde, avec l’Afrique comme source d’inspiration principale.

Photo de Timon Bachmann
Inspirations de la Terre-Mère

Pour saisir l’essence de la musique de Rolv.K, il faut d’abord s’immerger dans le terreau musical fertile de l’Afrique de l’Ouest, où il trouve ses racines. Des traditionnels highlife et folk wassoulou, jusqu’au raz-de-marée afrobeats, sans oublier les mutations électroniques de ces mêmes rythmes captivants, comme ceux de son ami ghanéen Gafacci, voilà un bref aperçu du large éventail d’influences qui façonnent son univers. « Mais j’écoute aussi bien du baile-funk que de la batida, du kuduro, de l’afro-house… surtout de la musique afro en fait (rires) » rajoute-t-il.

Kaylan naît en Suisse mais grandit à Freetown avec ses parents jusqu’à l’âge de quatre ans avant de faire marche arrière. En cause, l’insécurité dû à la terrible guerre civile dans laquelle s’est enlisé le pays de 1991 à 2002. Depuis que la situation politique et sociale s’est pacifiée en Sierra Leone, le jeune homme est retourné à plusieurs reprises sur sa terre d’origine avec laquelle il garde une connexion particulière, et par extension avec cette région du continent. Une connexion qui passe avant tout par la musique : « Ma mère écoutait énormément Oumou Sangaré et Fatoumata Diawara quand j’étais petit, se remémore Rolv.K, elles viennent du sud du Mali et on est pas très loin (la Sierra-Leone, ndlr), et puis globalement il y’a beaucoup de similitudes, les mêmes influences dans la musique d’Afrique de l’Ouest ».
On sait désormais d’où lui vient cette admiration pour ces deux grandes dames du Wassoulou auxquelles il a justement consacré des edits.

Et comme le producteur nous le rappelle lui-même : que ce soit dans le célèbre film Blood Diamond ou dans les titres des superstars américaines Frank Ocean et Kanye West, le pays coincé entre la Guinée et le Libéria n’a le plus souvent été résumé qu’à cette sombre période durant laquelle guerre et chasse aux diamants allaient de pair. Loin de tout chauvinisme, à son échelle, Rolv.K s’applique pourtant a montrer une autre facette de la Sierra Leone. En 2018, le jour de son vingt-troisième anniversaire Kaylan dévoile son premier EP Salone, le nom du pays en langue Krio.
Un quatre titres en forme d’hommages aux couleurs rythmiques de l’Afrique de l’Ouest qu’il décrivait à l’époque de sa sortie comme « un voyage au travers de la beauté des percussions africaines ».

Cover de Salone par Vicon


Lui, l’enfant de la diaspora, met à l’honneur cette partie du globe dans ses productions et dans sa ville cosmopolite s’il en est, Genève. Aux côtés d’une bande d’agitateurs locaux portés sur les musiques du monde comme son acolyte Pekodjinn ou le duo Ramin&Reda entre autres, Rolv.K cultive le multiculturalisme à travers le prisme de la dance music : « Ce que je recherche, raconte-t-il c’est apporter la chaleur de ces musiques là (la musique afro au sens large, ndlr), les polyrythmies, le côté tropical (rires) à la musique qu’on a l’habitude d’entendre en club, ici, en Europe… faire un pont en fait ».

« Nouvelle Afrique »

Un vent d’air chaud – « tropical » pour reprendre le terme – souffle sur le clubbing genevois. Alors qu’il y a à peu près dix ans de cela, la techno, la house et toutes les textures froides et industrielles de la musique électronique régnaient en maitre dans les clubs de la ville – comme dans bon nombre de grandes villes européennes à l’époque – un virage s’est amorcé, qui semble parti pour durer. « Sur les dix dernières années, c’est vrai que la scène global club – global bass, je sais pas trop comment on peut appeler ça, s’est bien développée ici. Il y a beaucoup plus souvent des soirées où l’on joue ce type de musique qu’avant, c’est sûr », constate Kaylan.

Et Rolv.K fait assurément parti des acteurs phares de ce changement de paradigme, bien qu’il soit arrivé il y a relativement peu de temps sur le devant de la scène. Ce chemin a en partie été pavé par les trublions du crew Ozadya, des amis producteurs proches de Kaylan qui relient sans complexes trap, baile funk, percussions africaines, sonorités latines ou orientales dans leurs sets depuis 2017. Un cocktail mondialisé à l’image de la ville en somme. Cette effervescence qui a crée une nouvelle dynamique dans le paysage musical genevois à même fini par donner quelques idées à Rolv.K et Pekodjinn, le fondateur d’Ozadya. « J’ai rencontré Peko en 2017 , très vite on s’est bien entendu, on a un peu les mêmes affinités. Et puis avec le temps on a eu envie de faire du son ensemble », c’est ainsi qu’est né Nüfrika.

Rolv.K et Pekodjinn (Nüfrika) – Photo de Zalvf

Après quelques collaborations concluantes comme le furieux banger « Empurra », Nüfrika prend véritablement forme en 2019. Par ailleurs, le nom du duo est un pied de nez à cette manie dérisoire de voir renommer de « nu/new » un genre musical lorsqu’on assiste à son prétendu revival. Et au moment où la musique pop mondiale a plus que jamais les yeux rivés – ou plutôt les oreilles tendues – vers l’Afrique, cela amusait bien nos deux comparses de choisir pareil intitulé. Mais revenons-en à leur ouvrage. « L’année dernière, pendant au moins six mois j’aillais chez Peko tôt tous les matins pour bosser, je ramenais le café (rires). (…) Au final, on avait suffisamment de matière pour faire un album, mais on a préféré faire une sélection parmi tous les morceaux que l’on a fait pour sortir cet EP ».

Cet EP qu’évoque Rolv.K c’est Sahel, seize petites minutes qui filent à toute allure où les deux hommes exposent leur vision de cette « Nouvelle Afrique » en décloisonnant les genres qui forment leur ADN musical. Pas étonnant que Lowup Records, le label bruxellois bien connu des ravers adeptes de la mondialisation sonore, ait jeté son dévolu sur le duo pour cette sortie. Après un joli succès d’estime, Rolv.K et Pekodjinn ont eu la chance de voir leurs morceaux remodelés par quelques-uns de leurs producteurs favoris. Au programme : Max le Daron, Pedro, Kensaye et enfin DJ Danifox, auteur du remix de « Premier Sentier » que Pekodjinn considère commme « de la poésie », tandis que Rolv.K « n’a pas arrêté de l’écouter depuis qu’il est sorti ». Tout est dit.

Entre la sortie de son dernier EP en date, le bref mais intense Clvb Noiz, de récentes collaborations bien senties avec le producteur portugais Bandicut ou le rappeur nigérian Magugu, Rolv.K ne perd pas de temps et annonce déjà un prochain EP de Nüfrika. Fin 2020, début 2021… dans quelques mois, en tout cas. Le rendez-vous est pris.

Écoutez Clvb Noiz et Sahel Remixes sur Bandcamp.

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