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The Pan African Music Magazine
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Rap : 10 titres et un tour d’Afrique (2e trimestre 2022)
Lesky

Rap : 10 titres et un tour d’Afrique (2e trimestre 2022)

Du Rwanda à Madagascar en passant par le Togo, le Maroc et le Sénégal, PAM vous propose une sélection de dix morceaux qui ont secoué la planète rap africaine au cours du deuxième trimestre 2022.

 

Une sélection à retrouver dans notre playlist Pan African Rap !

Ish Kevin feat. YCee – « Clout »

Rwanda et Nigéria

On vous avait déjà parlé de lui il y a quelques semaines, Ish Kevin est le roi de la drill au Rwanda et il est aujourd’hui reconnu comme l’un des meilleurs rappeurs du continent. Le titre « Clout » en featuring avec la star nigériane de l’afrobeats YCee est extrait de son excellent projet Trappish II. Dans cette chanson, les deux artistes dénoncent ce que la quête de célébrité, exacerbée par les réseaux sociaux, fait faire à la jeunesse. Dès les premières séquences, on retrouve les codes habituels du clip hip hop, avec les plans de groupe devant ou à l‘intérieur d’une voiture, ou encore les images de motocross. On peut reconnaître de nombreux rappeurs du crew Loud Sound comme Kenny K Shot, Logan Joe, OG2Tone et Trizzie Ninety Six, tous des artistes rwandais à découvrir absolument. Il se dégage une grande puissance de ces scènes réalisées dans les quartiers de Kimironko et Gikondo Rebero à Kigali. Pour les séquences avec YCee, tournées à Nyamata dans le sud-est du pays, Ish Kevin a voulu mettre en avant la culture de son pays. On y voit le chanteur nigérian entouré des emblématiques danseurs-guerriers intore, reconnaissables à leurs lances et à leurs parures de têtes qui ressemblent à des crinières. YCee porte des vêtements de la marque Moshions, une maison de haute-couture rwandaise créée par le designer Moses Turahirwa, et qui est très souvent citée dans les textes des rappeurs locaux. On peut apercevoir sur le pull de YCee deux figures qui mettent en valeur l’amasunzu, l’art capillaire rwandais.

Black Sherif – « Kwaku the Traveller »

Ghana

Depuis la sortie de son « First Sermon » et de son « Second Sermon » en 2021, le rappeur ghanéen originaire de Konongo, à l‘est de Kumasi, dans la partie ashanti du pays, a connu une ascension fulgurante et enchaîne les collaborations internationales. En février dernier, un remix de « Second Sermon » avec le Nigérian Burna Boy a été  dévoilé, ainsi qu’un featuring avec la rappeuse nigériane Darkoo (« Always »). Le talent de celui que l’on surnomme « Blacko » au Ghana et au Nigéria attire aussi les artistes au-delà des frontières continent, comme le Britannique ArrDee venu enregistrer avec lui à Lagos un remix de son tube « Come & Go ». Mais le jeune Ghanéen âgé de seulement 20 ans n’oublie pas d’enrichir sa discographie en solo. À la fin du mois de mars, il a publié la chanson « Kwaku the Traveller », dans laquelle il revient sur son parcours, son succès, mais aussi les erreurs qu’il a pu commettre (« Of course, I fucked up. Who never fuck up? Hands in the air, no hands? »), le tout en anglais et en langue twi. Le clip qui illustre ce nouveau morceau est sorti en mai et a été réalisé par le Ghanéen David Nicole-Sey, déjà à l’œuvre sur « I Like It » et « Fancy » de la chanteuse Amaarae. Les différentes séquences (conférence de presse, rituel avec des femmes, poursuite avec la police) regorge de symboles et peuvent susciter de nombreuses interprétations, même si l’on peut regretter que l’esthétique léchée du clip enlève quelque peu de la spontanéité que l’on a apprécié jusque là dans les clips de Black Sherif. 

 Lomerica Gang – « Moulédjafor »

Togo

Tous les yeux sont tournés vers la ville de Kumasi au Ghana et sa scène drill depuis plus d’un an, mais les artistes du Togo voisin sont loin d’être en reste. Les drillers locaux emmenés par Folidjanta, Beatpovelo et Conii Gangster font du bruit à Lomé. Tout comme le Lomerica Gang avec leur irrésistible banger « Moulédjafor », sorti en avril dernier. Ce groupe a été créé par Lil Kopp et Yara Boy, tous les deux originaires du quartier d’Agbavi, avant d’être rejoints par Junior Pharelle, venu d’Avepozo. Inspirés par le groupe de rap américain Migos, on sent aussi dans leur musique une grande influence de la drill ghanéenne, aussi bien dans les gimmicks que dans le timbre même des voix. D’ailleurs, le nom du groupe, né de la contraction des mots « Lomé » et « América » rappellent forcément le surnom « Kumerica » donné à la ville de Kumasi. Le titre « Moulédjafor » signifie en langue mina « quelque chose de chaud », une façon pour le trio d’annoncer à tout le monde qu’ils ne sont pas là pour s’amuser, et vu la puissance du morceau, on a plutôt envie de les croire. Le clip a été tourné dans les quartiers d’Avepozo, d’Hédzranawoé et de la Caisse à Lomé.

Dimoh Hady – « Tchoula »

République de Guinée

On part maintenant du côté de Conakry en Guinée à la rencontre du rappeur Dimoh Hady, membre du trio Gnamakalah. Ce groupe actuellement en pause a été formé en 2013 à Sangaredi, dans le nord-est du pays, et a littéralement régné sur le rap guinéen ces dernières années. À 27 ans, Dimoh Hady lance aujourd’hui sa carrière solo avec le titre « Tchoula », un morceau de drill composé par lui-même et par le beatmaker Joker, dans lequel on peut entendre des samples de balafon et de tambour. « Tchoula est une expression en pulaar qui désigne la colonie de fourmis noires qui protège les grandes forêts africaines, et qui est connue pour sa ruse et sa technique d’attaque, précise le rappeur. J’y ai fait allusion pour exprimer mon savoir-faire dans ce milieu et la détermination de tous mes fans à vouloir donner des leçons à tous ceux qui voudront s’en prendre à moi ». Pour la petite anecdote, les scènes de foule du clip qui ont été tournées de nuit ont bloqué la circulation des voitures dans la zone du centre émetteur de Kipé à Conakry. Ensuite, il faut savoir que la couleur bleue que l’on retrouve tout le long du clip, notamment dans les tenues de Dimoh Hady, est un hommage à la confrérie que le rappeur vient d’intégrer. Les danseurs que l’on peut voir dans la vidéo appartiennent à la compagnie Pokémon Gnakry. Enfin, signalons que Thiird, l’un des membres de Gnamakalah, a lui aussi sorti récemment un excellent single (« Journal »). 

Magui – « Classroom 03 (Porta potty) » feat. Lala také, Gun Mor et Wizaby

Sénégal

Le deuxième trimestre de l’année 2022 du rap sénégalais a évidemment été marqué par la sortie du clip « Califat » du roi Dip Doundou Guiss, mais de notre côté, nous avons choisi de mettre en avant une jeune rappeuse, prometteuse et engagée. Magui est une artiste de 25 ans, originaire de la commune de Yeumbeul, dans la banlieue dakaroise. En 2021, elle a publié une série de morceaux dont le titre « Guiss Mbaax » signifie « menstrues » en wolof, et à travers laquelle elle a choisi de transmettre le ressenti émotionnel d’une femme en période de régles. Une façon aussi de sensibiliser autour de ce sujet considéré comme tabou et impur dans la société sénégalaise. Dans cette série, l’artiste a aussi évoqué la thématique du viol, les conflits entre les générations et les obstacles que les jeunes femmes rencontrent pour réussir. Sa nouvelle série « Classroom » est un retour aux sources puisque Magui a découvert le rap en 2016 avec ses camarades de classe qui faisaient des freestyles aux heures de pause. Chaque clip, tourné dans une salle de classe, est l’occasion d’inviter des représentants de la nouvelle génération hip hop sénégalaise et d’aborder à nouveau des questions sociétales. Le troisième épisode de cette série, sorti en mai dernier, intitulé « Porta potty », fait référence à un scandale récent lié à la prostitution à Dubaï et dénonce la façon dont certains hommes profitent de leur pouvoir pour abuser des femmes. Pour l’occasion, Magui a invité Gun Mor et Wizaby, deux vainqueurs du Flow UP, l’un des plus plus grands tremplins du hip hop sénégalais et dont elle a été finaliste en 2021.

SilversTone Barz – « Doin It Major » feat. Buruklyn Boyz

Kenya

On le répète souvent ici, la scène drill de Nairobi est l’une des plus excitantes. Elle est emmenée par le groupe Buruklyn Boyz qui a sorti son tant attendu premier album East Mpaka London le 20 mai. Un projet dont l’un des temps forts est le morceau « Last Air Bender » avec la rappeuse SilversTone Barz et le rappeur Big Yasa, autrement dit la crème de la crème de la nouvelle scène hip hop kényane. Quelques jours auparavant, SilversTone Barz avait publié « Doin It Major », un autre featuring avec les Buruklyn Boyz. Et là aussi, on a affaire à un banger. Les couplets en anglais de la rappeuse et ceux en sheng, l’argot de Nairobi dérivé du swahili, d’Ajay et Mr. Right s’enchaînent et déferlent à toute vitesse dans nos oreilles. Dans le clip, les scènes aquatiques illustrent la phrase de SilversTone Barz à propos de la puissance de son flow (« heavy ocean flow, you know it’s wavy »). Autre récente collaboration en provenance de Nairobi à citer, celle de la rappeuse Wangechi et du rappeur Wakadinali avec  « Romantic Rivals ».

Lesky – « Djinzin »

Côte d’Ivoire

Vous n’en avez peut-être pas encore entendu parler, mais le rappeur Lesky est un véritable phénomène en Côte d’Ivoire. Cet artiste de 20 ans, originaire de la ville de Yamoussoukro, se classe en haut des classements d’écoute du pays, devant les artistes établis, et ses concerts rassemblent des foules, sans presque aucun relais dans les médias. Il appartient à L’organisation, un label novateur et underground dirigé par le producteur Koffi Monsta, et dans lequel on trouve aussi les rappeurs Widgunz et LM. Sa première mixtape « Le vrai cabri », sortie en juin 2021, réunissait les artistes français d’origine ivoirienne Jok’Air, Cheu-B et Le Juiice et est restée numéro 1 du Top 10 national pendant deux semaines. Le jeune rappeur au style fantasque vient de publier son premier album, intitulé Ouwoboy, dont il a produit 10 des 11 morceaux lui-même. La chanson « Djinzin » est un mélange de trap et de coupé-décalé. Pour comprendre le titre, un petit cours de nouchi, le parler d’Abidjan, s’impose. Le mot « djinzin » signifie « c’est joyeux, c’est chaud, c’est gâté » et les paroles parlent de faire la fête et invitent même les femmes à enlever leur perruque pour mieux profiter. Une ambiance survoltée que l’on retrouve dans le clip qui a été tourné dans le quartier populaire d’Abobo, dans lequel Lesky a de nombreux fans, et dans les ruelles de Dokui. Des perruques qui volent dans tous les sens, des disputes, une arrestation musclée, une foule en délire : bienvenue dans l’univers de Lesky!

Sam Djul – Mode Sennin

Mali

Attention, autre phénomène mais cette fois-ci du côté de Bamako avec Sam Djul, 23 ans, originaire du quartier de Bagadadji et résidant aujourd’hui à Baco-Djicoroni. Dire de lui qu’il est un rappeur prolifique est un euphémisme. Il a sorti pas moins de 15 clips depuis le début de sa carrière en janvier 2021. Il peut assurer une telle cadence car il est épaulé par le beatmaker Cheick Trap Beat qui produit la plupart de ses morceaux. L’annonce de son premier concert au Palais de la culture de Bamako lui a valu un message de soutien d’Iba One, le boss du rap malien. L’une des dernières chansons de Sam Djul, « Mode Sennin », est extraite de son E.P. Hokage et fait référence au dessin animé japonais Naruto. Dans les paroles en bambara, la langue la plus parlée au Mali, le rappeur raconte tout simplement la vie des quartiers populaires. Le clip a été tourné à Siby, un village tout près de Bamako, et on y voit Sam Djul porter la tenue blanche des Maures, une tenue qui lui a été offerte lors d’un concert dans le désert, à Nioro-du-Sahel. Les danseuses qui apparaissent dans le clip dansent le sabar, très populaire au Sénégal. 

Khtek – « Zero Limite»

Maroc

Khtek s’est imposée ces dernières années comme l’une des principales figures du rap marocain. Originaire de la ville de Khémisset, la rappeuse a commencé à écrire ses premiers textes en 2016. Ses collaborations en 2020 avec les rappeurs les plus respectés du pays (« Hors-Série » avec ElGrandeToto, Don Bigg et  Draganov ou « Fratello » avec Tagne et Stormy) l’ont propulsée sur le devant de la scène. Chacune de ses nouvelles sorties est un événement au Maroc, tant par le succès rencontré que par les thématiques souvent engagées des textes de l’artiste. Le 27 mai, elle apparaît dans le morceau « Salina » publié par ElGrandeToto et qui rassemble pas moins de 12 rappeurs, une sorte de « Bande organisée » à la marocaine d’une durée de presque 9 minutes, une belle porte d’entrée pour découvrir les artistes marocains qui comptent. Dans son dernier clip « Zero Limite », sorti à la fin du mois de juin, Khtek encourage les femmes à rêver et à aller au-delà de leurs propres limites, peu importe leurs conditions sociales ou physiques. Les plans et le cadrage mettent en valeur la dignité et la force des femmes qui apparaissent dans la vidéo. Les figurantes que l’on peut voir sont bien connues du public marocain puisqu’il s’agit d’influenceuses populaires,  comme Alwa7cha qui promeut le sport et la santé mentale, Sabah Benchouikh qui met en valeur la vie quotidienne des campagnes du pays ou encore la joueuse de tennis sur fauteuil Najwa Awane. 

Louckim – « Street Dance »

Madagascar

On termine notre tour du continent par l’île de Madagascar dont nous n’avions encore jamais parlé dans ce format. L’occasion de s’intéresser à Louckim, un jeune rappeur qui excelle dans la drill gasy, c’est-à-dire la drill en langue malagasy, la langue nationale malgache. Son flow très agressif et son esthétique visuelle impeccable nous avait déjà tapé dans l’œil en 2021 grâce au clip de « La Tess ». Après une série de morceaux solides (« Tazomy », « Zôrô » ou « Grr Pa »), Louckim enfonce le clou avec l’excellent « Street Dance », un nouveau morceau de drill basé sur un sample de « Bam Bam » de Sister Nancy. Le clip frais et inventif a été tourné dans la ville d’Antsirabe, une ville des Hautes Terres de Madagascar, dans le centre de l’île. 

Une sélection à retrouver dans notre playlist Pan African Rap.

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