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The Pan African Music Magazine
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Alèmayèhu Eshèté, le soul brother éthiopien s’en est allé

Le chanteur éthiopien, figure de l’âge d’or des grands orchestres, s’est éteint le 2 septembre à l’âge de 80 ans à Addis-Abeba. PAM lui rend hommage.

Une boucle de basses jouées au piano, accentuée par d’entêtants soufflants, on se croirait dans une cérémonie du cercle des jazzmen disparus, dans un cave ou un club du désert de Wubé, le quartier chaud des nuits brûlantes de la capitale éthiopienne, au coeur des années soixante. Quand soudain, au beau milieu de ce morceau – baptisé « Addis Abèba bété » – qui sonne comme un rituel a, surgit une voix incandescente et fiévreuse, comme celle d’un oracle en transe : la voix d’Alèmayèhu Eshèté, l’un des chanteurs vedette des années dorées de la musique éthiopienne, dont le feu sacré s’est éteint le 2 septembre dernier. Celui que la collection Éthiopiques de Francis Falceto aura ressuscité sur disque (le volume 9 de la série lui est entièrement consacré), lui ouvrant le chemin d’une nouvelle carrière internationale, à soixante ans passés. Pour celui qu’on a surnommé le James Brown éthiopien (autant pour sa coupe, son jeu de scène, que sa capacité à électriser les danseurs), cette nouvelle heure de gloire était bien méritée, tant sa contribution à l’essor des musiques modernes d’Ethiopie fut importante. 

C’est à Addis, à l’orée des années 60, que le  jeune chanteur (né dans la province du Wèllo en 1941) se fait remarquer. D’abord, parce que son père, qui ne se résout pas à ce que son fils fraye avec les azmaris (bardes traditionnels officiant dans les cabarets), les saltimbanques et autres oiseaux de nuit, le poursuit pour l’extirper des clubs manu militari, en espérant le remettre dans le droit chemin. C’est en tout cas ce que dit sa légende (qui doit bien avoir un fond de vérité tant elle était insistante) rapportée par Francis Falceto dans l’excellent livret qu’il lui a consacré. Une autre figure de l’autorité – le colonel Rètta Dèmeqè – remarque aussi le tout jeune homme et le fait enrôler dans le Police Orchestra, l’un des grands ensembles modernes d’alors, pépinières de tous les talents, tous contrôlés par l’Etat impérial éthiopien. C’est là que le jeune homme fait ses premiers pas et montre ses exceptionnels talents, capables de faire de l’ombre au grand Tlaloun Guessese ou à Mahmoud Ahmed qui officient dans l’orchestre de la garde impériale. Surtout, il est le premier à accepter la proposition du disquaire Amha Esheté, qui veut enregistrer des disques en bravant le monopole de l’Etat, qui seul peut produire et distribuer des disques. Il fallait l’oser, mais il était temps : car le service « compétent » ne faisait rien de la profusion de musiques qui agitent la capitale, mêlant dans un tourbillon de créativité la soul, le jazz, le rock aux rythmes éthiopiens. Voilà comment Alèmayèhu se retrouve, à moins de trente ans, à recruter des musiciens pour enregistrer le premier 45 tours clandestin de l’histoire de l’Ethiopie, et la première référence du label Amha Records. Amha Esheté avait d’ailleurs raconté à PAM toute cette formidable époque, qui verra éclore en Ethiopie d’autres labels, et aussi des orchestres privés. Alèmayèhu aura justement participé à la fondation des Soul Ekos, puis de l’Alèm-Girma Band avec son comparse Girma Beyèné.

Il suffit d’écouter les quelque 36 titres enregistrés pour le label Amha Records (tous réédités au fil de la collection Éthiopiques) pour se rendre compte de l’incroyable plasticité de sa voix, et des genres qu’elle savait épouser, de la ballade langoureuse ou gavée de spleen aux électriques chevauchées rock, en passant par la soul fleur bleue ou les transes héritées de son Wèllo natal. La chute de l’Empire, remplacé par la dictature sanguinaire du DERG – la junte militaire – sonnera la fin de cet âge d’or. 

La parution en l’an 2000 du volume 9 des Éthiopiques, qui lui était entièrement dédiée, marquera le début d’une nouvelle carrière, aussi tardive que méritée, pour le crooner qui, après avoir fait swinguer Addis, voulait séduire le monde entier. 

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