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Phoenix : la renaissance du rappeur Small X

Après une dizaine d’années au sein de Shayfeen, le rappeur marocain Small X inaugure une nouvelle étape dans sa carrière avec la parution de Phoenix, son premier projet solo.

À vingt-neuf ans, et alors qu’il entame une nouvelle phase de sa carrière, l’artiste originaire de Safi a déjà un gros vécu : de son dévouement corps et âme au rap (malgré la défiance de son entourage) jusqu’à sa consécration par le public marocain, puis une reconnaissance internationale (le tout, en dépit d’une industrie du rap quasi inexistante au sein du royaume), Small X a toujours repoussé les obstacles qui se dressaient face à lui. Et il est prêt à recommencer, en prenant un nouveau départ, après la belle épopée Shayfeen qui s’est conclue par un concert et un voyage gravés dans sa mémoire :

« Un des moments qui m’a le plus touché, je pense que c’est notre voyage en Palestine pour faire un concert à Ramallah, à l’été 2019. On a rencontré pas mal de gens et on a reçu beaucoup d’amour. On a vécu toute l’expérience du trajet jusqu’à la Jordanie, de la Jordanie à Israël, puis d’Israël à la Palestine, car la Palestine est à l’intérieur d’Israël. On a visité quelques villes, et quand on est allé à Al-Quds (Jérusalem), j’ai eu des frissons… Il y a une autre énergie là-bas. Avec Shayfeen, on a vraiment vécu des trucs de ouf. On était des petits qui ont débuté le rap dans une petite ville, on est devenus un groupe célèbre au Maroc, et on est arrivés à exporter notre musique. Je suis heureux d’en avoir fait partie. » 

De Small X à Small XXL : un parcours de combattant

La détermination et la persévérance de Small X lui ont permis de réaliser ce que la majorité pensait impossible : être marocain, et vivre du hip-hop dans son pays. Au milieu des années 2010, l’ascension de Shayfeen a insufflé une nouvelle dynamique dans le pays et depuis, d’innombrables artistes talentueux (rappeurs, beatmakers, ingénieurs du son, vidéastes…) continuent de rejoindre le mouvement. Après avoir puisé dans le hip-hop américain pour trouver ses marques, le rap marocain a développé ses propres sonorités, devenant à son tour une source d’inspiration et de créativité qui semble intarissable : « Il y a une quatrième génération très forte qui est en train de se faire sa place. Je suis fier du niveau qu’il y a dans le rap marocain. Ce qui manque c’est de l’argent, de vrais investissements sur les artistes. Les artistes se battent déjà pour faire de la bonne musique et des beaux clips avec leurs propres moyens, alors si on arrive à avoir une vraie industrie derrière, ce serait incroyable. »

Pour l’heure, l’industrie se fait encore attendre, et les velléités des labels étrangers qui ont voulu suivre le mouvement en ont déçu plus d’un. « Si des labels viennent s’installer et signer des artistes, j’aimerais qu’ils les traitent comme des humains, pas comme des “Africains”, déplore Small X. J’ai déjà eu des mauvaises expériences avec des labels. Pour aider un artiste, tu dois lui donner la même force que tu donnes à un artiste en France, en Belgique ou aux États-Unis. » Malheureusement, la tendance à sous-payer les artistes africains est encore monnaie courante. Certains labels n’ont pas hésité à acheter des instrumentales moins cher, sans créditer l’artiste ni lui accorder de royalties sur son œuvre. « J’espère qu’on va tout changer dans le futur, car internet nous le permet. » Fort de son expérience en groupe qui lui a apporté une vision de la musique à 360 degrés, Small X a imposé son identité solo en sortant trois morceaux durant l’année écoulée. Dont « XXL », véritable démonstration de rap qui marque sa transformation : physique à travers sa prise de poids, et symbolique avec son changement de statut. 

Small X – XXL
La renaissance du Phoenix 

« Ma prise de poids est venue avec le confinement. J’étais loin des énergies négatives, ça m’a permis de reconnecter avec ma famille et mon âme, j’étais bien dans ma tête, c’était très important pour moi. Maintenant je me sens très libre et heureux, je m’exprime plus, je fais ce que je veux. Je suis fier d’avoir fait partie de Shayfeen, mais ma carrière solo est un nouveau départ dans la vie et mon parcours artistique, c’est très excitant. » Détendu et apaisé, Small X a réalisé avec Phoenix un EP de sept titres, un projet qui lui correspond. « Phoenix symbolise la renaissance, l’énergie de mon âme qui ne veut pas mourir. Je peux descendre, mais je reviens toujours. » Démarrant avec un flow percutant sur l’onirique « Aalimi », guidé par des chœurs, l’artiste poursuit son chemin artistique marqué par une couleur synthétique et la puissance de ses mélodies autotunées, sublimées par ses interprétations poignantes et son timbre de voix éraillé. Accompagné par autant de beatmakers qu’il y a de titres, il développe dans cet EP une trap mélodieuse qui sait se faire aérienne et envoûtante sur « Talayn » et « Nishan ». 

« Cet EP, je l’ai enregistré au feeling. « Baali », c’est le premier morceau que j’ai enregistré et il m’a donné envie de faire l’EP dans ce délire. Le temps de la création, la plupart des titres je les ai enregistrés direct, sans écrire. J’enregistre une ligne, ensuite je réfléchis à la suivante et je l’enregistre, ainsi de suite jusqu’à la fin du morceau. C’était la première fois que je travaillais comme ça et maintenant j’utilise cette technique. Le seul morceau que j’ai vraiment écrit, c’est « Briya« . »

Small X – Briya

Et cette manière de travailler n’enlève rien à la substance et la profondeur de ses textes et des thèmes abordés. D’ailleurs, l’EP est si personnel que Small a préféré ne pas faire de featuring sur celui-ci : « Dans l’EP je parle de ma vie et de ma façon de voir les choses. Ce n’est pas un projet egotrip, je développe des sujets. Sur le premier morceau, “Alami”, je donne ma vision artistique. Sur le deuxième morceau, “Maalish”, je raconte mon parcours et les obstacles que j’ai surmontés, je parle aussi de mes deux enfants… Sur “B & M” (Baba & Mama), je parle de mes parents, car je suis un enfant du divorce. J’ai passé la plupart de ma vie avec la sœur de mon père, elle est comme ma mère. Donc dans “B & M,” je parle de mon expérience personnelle, de mes sentiments. De mon expérience avec la femme de mon père… Il y a des femmes qui traitent les enfants de leur mari comme si c’était les leurs et d’autres qui les délaissent totalement. Il y a des enfants qui vivent dans la rue, sont morts ou sont devenus junkies à cause de ça… C’est un sujet qui me touche, car je l’ai vécu et je l’ai vu. C’est un morceau que j’ai enregistré avec beaucoup d’émotion. »

C’est pendant le confinement de mars 2020 que Small s’est lancé dans Phoenix, avec le soutien de sa garde rapprochée. Producteur et ingénieur du son talentueux qui a participé à l’essor du rap marocain, Xcep était déjà présent au sein du Wa Drari Squad, le collectif monté par Shayfeen. Son manager Hakeem Erajai et son producteur récurrent Soufiane AZ, étaient évidemment de la partie : « On travaille en équipe. Soufiane AZ, il m’envoie des démos, j’enregistre, je lui envoie l’acapella, il fait les arrangements et Xcep se charge du mix. Et avec Hakeem on est tous les jours connectés, même si ça fait deux mois qu’on ne s’est pas vus, mais ce n’est pas un problème. On peut parler pendant quatre heures sur Zoom, maintenant la vie est digitale. » Publié à deux semaines du très attendu Caméléon d’El Grande Toto sur lequel Small X est présent (sortie le 3 mars), le rappeur de Safi offre un projet puissant capable de marquer toute une génération. Le rap marocain est si populaire auprès de la jeunesse qu’une chaîne populaire comme 2 M s’y intéresse : elle avait déjà diffusé un documentaire consacré à Shayfeen en 2018 et récemment, on pouvait y voir les rappeurs Tagne ou El Grande Toto. Bien que Small X truste une partie du top 10 des charts Spotify arabia avec Phoenix, une partie des écoutes du public marocain n’est pas comptabilisée. À tel point que Small s’est exprimé à ce sujet en dénonçant une pratique qui prive les artistes de leurs revenus et dénigre leur travail : « Au Maroc, explique Small, il y a un compte instagram qui mettait des albums d’artistes marocains en téléchargement gratuit sur Telegram. Certains étaient même disponibles avant la sortie marocaine, car ils se calaient sur le fuseau horaire d’un pays étranger. »

La prise de position de Small X a eu un écho immédiat : d’autres artistes marocains comme El Grande Toto ou Stormy l’ont partagée, tandis que la page concernée a affirmé qu’elle n’offrirait plus d’albums de rap marocain sur son compte Telegram. Une première étape pour amener les utilisateurs marocains sur les plateformes d’écoute comme Apple Music, Deezer ou Napster : « Il y a des gens qui n’ont pas d’argent, mais ils peuvent utiliser la version gratuite. » Car même ainsi, ces plateformes rémunèrent mieux les artistes que YouTube et sa version payante : d’après le site Statista un artiste génère un euro en 174 écoutes sur Deezer, quand il en faut 1612 sur Youtube Music… (si ces chiffres varient en fonction du pays, du prix de l’abonnement, ou même des recettes publicitaires du marché concerné, la hiérarchie des plateformes qui rémunèrent le mieux est semblable d’un pays à l’autre. Napster, Tidal, Apple Music et Deezer sont parmi les meilleurs quand Youtube demeure l’éternel mauvais élève, NDA)

Depuis sa renaissance, Small X s’affirme davantage dans le rap game marocain et sa voix a de l’écho : appréciées, ses prises de paroles sont relayées et ses morceaux squattent le haut des charts. À l’instar des plus audacieux, il tutoie le Moroccan Dream avec la volonté de l’ancrer dans la réalité pour les générations futures. 

Retrouvez Phoenix sur toutes les plateformes ici.

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