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The Pan African Music Magazine
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Smadj, à la croisée des mondes

Armé de son oud, Smadj continue de creuser avec envie le sillon électro-jazz, entre orient et occident, vibrations acoustiques et fulgurances électriques. Son neuvième album, intitulé « Dual », vient de sortir.

« Trois fois le tour du monde, ou presque, sans futon, sans hamacs, sans nuits à la belle… » Voilà comment débute « Canapé Rouge », le dernier morceau de Dual, neuvième et dernier album en date du oudiste Smadj.

L’école du voyage

Le monde, Smadj l’a arpenté, armé de son instrument fétiche sous le bras. Des berges du Tage a au Bosphore en passant par Montreuil, jusqu’aux vignobles de la côte châlonnaise où il vient de poser ses valises – ainsi que son home studio –, le musicien, également arrangeur et directeur artistique, a composé toute sa vie dans l’exil : « je suis né en Tunisie, mais j’ai grandi à Paris, vécu à Londres ou Istanbul, pendant huit ans. Paris encore, puis Lisbonne également, le tout rythmé par vingt-cinq années de voyages autour de la musique et des tournées… Pour finalement m’installer aujourd’hui dans un tout petit village de Bourgogne. » Depuis la fin de l’année dernière Smadj compose, entouré de vignes. « C’est ma première fois à la campagne, pourtant je suis un habitué des grandes, grandes villes ! » Depuis ses débuts à arpenter le monde et au fil de ses longues pérégrinations, Jean-Pierre Smadja dit Smadj a toujours pris soin de s’imprégner des différentes teintes musicales de ses pays d’accueil : « Partout où j’ai pu aller, j’ai toujours installé des studios portables. Les années à Istanbul ont constitué une période passionnante en termes d’apprentissage. Là-bas, j’ai pu véritablement étudier le répertoire Turc et Arménien, in situ, au sein d’un vivier de musiciens incroyables. »

À Lisbonne, Smadj se frotte à la grande tradition locale des instruments à cordes, notamment avec la guitare portugaise : « les portugais sont très touchés par les musiques orientales puisque l’empreinte musulmane y est encore très importante. La ville accueille également de nombreux musiciens issus de ses anciennes colonies. J’y ai rencontré beaucoup d’artistes Africains, du Mozambique entre autres, côtoyé des orchestres métissés, des joueurs de kora… Le tout dans une grande fusion, qui était très belle. »

Smadj – Dual 3
Drum’n bass et maqqam orientaux

Libre, instinctif, Smadj s’est mis – toute sa vie – en rupture d’un certain académisme qui auréole son objet fétiche, le Oud : « j’ai bien eu une formation académique, mais sur la guitare, avec vingt ans de guitare jazz dans les pattes. » Lorsque ses parents lui mettent un oud dans les mains, il a déjà trente ans : « je m’y suis initié seul, en autodidacte, avant de rencontrer Mehdi. » Mehdi Haddab, avec qui Smadj se fera connaître au sein du binôme DuOuD, et qui sera son maître : « en prenant cet instrument, il n’a jamais été question d’opérer le long parcours d’apprentissage au sein, par exemple, d’un conservatoire de musique arabe, ou en étudiant petit à petit un répertoire extrêmement riche, où les écoles sont très déterminées. »

Le oud est effectivement un monde en soi : « l’école turque propose des enseignements et des manières de jouer différentes de l’école égyptienne par exemple… Au final, tout le monde joue les mêmes maqâm, c’est-à-dire les mêmes gammes, même si elles s’expriment parfois avec des accents légèrement différents. » Le musicien choisit de ne pas choisir, et va se nourrir au sein de toutes les écoles : « chez les Irakiens il y a des choses formidables, chez les Syriens aussi. J’ai appris à la curiosité, en relevant des spécificités au sein de chaque région, en les intégrant, pour pouvoir m’approprier pleinement l’instrument. » D’autant que la palette de Smadj n’est pas uniquement acoustique. De ses années londoniennes, le musicien garde un amour inconditionnel pour un genre en particulier : « je suis un enfant de la drum’n bass mec ! De 1997 à 2000 j’ai samplé des palanquées de vinyles que je diggais à l’époque chez les disquaires de Londres. De Roni Size à Squarepusher, j’ai toujours été tenu en haleine par le boulot des DJs et des producteurs anglais, dont beaucoup étaient issus de la culture Sound System d’ailleurs. Cette base rythmique, cette teinte musicale est certes un peu référencée aujourd’hui, mais elle constitue un référent affectif hyper fort pour moi. La jungle, le dub, le boulot d’un label comme Jarring Effects en France… Cette esthétique électronique s’est un peu effacée aujourd’hui, mais elle a influencé toute une génération d’artistes. Aujourd’hui, je la vois revenir par bribe, dans la création musicale. »

Dual : une double histoire de duos

Acoustique et électronique, c’est aux frontières de ces deux mondes que l’homme navigue : « j’aime les deux approches, c’est là que repose ma dualité, d’où le titre de cet album, explique-t-il. Les morceaux jaillissent naturellement, sous la forme de petites ritournelles au milieu des improvisations, à moi ensuite de les fixer. Et de bâtir autour un univers rythmique, électronique. D’autres fois, j’ai pu développer un beat, une ambiance, sur lesquels je pose ensuite mon instrument. Mais la construction est toujours dynamique ». Entre les longues séances d’improvisations, la production de la matière rythmique, l’organisation des arrangements, la création d’harmonies… Smadj donne dans l’orfèvrerie. « Certaines compositions émergent en deux jours, d’autres nécessitent plusieurs semaines de travail. Je suis duel, j’ai toujours porté de la tendresse, du romantisme, tout en les frottant avec des choses grinçantes, plus froides, plus acides. J’ai toujours adoré les mélodies claires et évidentes tout comme j’aime le Free et les fulgurances de l’improvisation. J’aime assembler des genres qui s’opposent. J’aime bâtir des ponts entre les contrariétés, là j’ai essayé de les assembler de la façon la plus claire possible. » Dual est double. La première moitié a été composée avec Sylvain Barou (flûte bansuri, duduk, kabazurna, pkou), l’autre avec Denis Guivarch (sax alto, claviers) : « j’avais de quoi livrer un double-album » s’amuse Smadj. « Les gens pourront ainsi s’imprégner de tout le projet, ou à l’envie choisir le premier ou le second volet de l’opus ! »

Écoutez Smadj dans notre playlist Songs of the Week sur Spotify et Deezer.

Dual est disponible via pSChiit/Inouïe Distribution.

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