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Ami Yerewolo frappe encore : AY, ça fait du bien !
© Seth Indigo photos

Ami Yerewolo frappe encore : AY, ça fait du bien !

L’amazone du rap malien signe son troisième album sobrement intitulé AY, les initiales de son nom de scène, comme pour s’affirmer et dire qu’elle a grandi. Un pari réussi, à paraitre sur le label de Blick Bassy le 30 avril.

Après avoir volé de ses propres ailes pendant près de 10 ans, Ami Yerewolo revient, cette fois accompagnée, chapeautée par Othantiq AA, le nouveau label fondé par l’artiste camerounais Blick Bassy. Un soutien qui vient booster sa carrière et surtout son moral. « Quand Blick Bassy m’a signée, j’étais sur le point d’arrêter, car je n’en pouvais plus de me battre corps et âme et ça ne donnait rien, raconte-t-elle. À mes débuts, les gens pensaient que ça serait comme les autres, que j’allais disparaître de la scène au bout d’un ou deux ans parce qu’ils font tout pour décourager les femmes par des discriminations et des boycotts en ne les programmant pas, comme si elles n’existaient pas. C’est cette indifférence qui tue. Quand tu sors des albums, on fait comme si on ne les voyait pas. C’étaient des insultes et des moqueries », confie-t-elle avec une certaine rage dans la voix.

C’est en 2020 que Blick Bassy découvre Ami Yerewolo en sur la scène du festival suisse « Show me », dédié aux artistes indépendants et dont il est le cofondateur. Touché ! Avec son flow percutant en bambara et en français, ainsi que sa rage de réussir, Ami réussit à convaincre l’artiste camerounais qui décide de la produire, sur le label Othantik AA qu’il vient justement de créer. Elle en sera la première signature.

Blick Bassy la coache et lui prodigue des conseils. « Je lui ai proposé de sortir des codes rap et afrobeats, mais également de célébrer l’Afrique, ses traditions et sa modernité. » Il l’encourage surtout à laisser parler son talent, nous raconte la rappeuse : « C’est l’album dans lequel je me suis exprimée comme le je sentais, où j’accepte que je suis une rappeuse. Quand j’ai rencontré Blick Bassy, il m’a juste dit, sois toi-même, rappes comme tu as envie de rapper, fais ce que tu as envie de faire. Pour la première fois quelqu’un m’appréciait pour ce que j’étais. »

© Seth Indigo photos
Casser les stéréotypes de genre

AY, c’est l’aboutissement d’un parcours semé d’embûches comme autant de graines semées par le patriarcat environnant. Les tempes rasées, des locks sur la tête, un dress code fait généralement de tee-shirts près du corps, de chemises, de pantalons, de pantacourts et même de shorts. Sacrilège ! C’est à faire bondir les puristes des traditions au Mali. Elle est comme ça Ami, elle casse les codes et ne veut pas ressembler à l’image traditionnelle de la femme malienne. Elle veut juste être Ami Yerewolo. S’affirmer.

« Le fait que je m’habillais ainsi, on pensait que je voulais être un homme alors que je me sens très bien dans ma peau de femme. Être une femme est le plus beau cadeau que dieu m’ait fait alors pourquoi j’essaierais d’être un homme ? Qu’est ce que les hommes ont de plus que nous les femmes ? », interroge-t-elle. Elle est une « yerewolo den » (expression en langue bambara pour exprimer son admiration pour une personne, pour apprécier son authenticité ; elle désigne aussi une personne qui est fière de ses origines), d’où son nom d’artiste Ami Yerewolo. Pour qui connaît les codes de la culture mandingue, il suffit de lui lancer « yerewolo den » comme une boutade et elle vous répondra avec un grand rire « a yere yere de don, denfari », entendez « la vraie, l’unique, l’enfant terrible ! ». De quoi inspirer le nom de sa propre structure, avec laquelle elle a autoproduit ses deux premiers albums (Naissance en 2014, puis Mon Combat quatre ans plus tard). De Denfari à Othentik AA, il n’y avait qu’un pas…

Ami Yerewolo – Je Gère
Laissez Ami, elle « gère » sa vie

L’un des titres phares de l’album Ay s’intitule « Je Gère », car désormais, la rappeuse malienne ne veut plus laisser les autres s’immiscer dans sa vie ni lui imposer des choix. Les médisances autour d’elle, elle en a souffert. Comme une grande, elle prend les rênes de sa vie. N’en déplaise à ses détracteurs. « Dans nos sociétés on aime se mêler de la vie des autres pourtant quand tu es en difficulté, personne n’est là pour gérer avec toi, mais quand tu dois faire des choix, ils veulent décider à ta place. Ce morceau c’est pour dire que j’ai eu mon moment de galère : pendant 10 ans personne n’était là. Maintenant que je veux tracer mon chemin, qu’ils me laissent tranquille… je gère ! », affirme-t-elle. Si elle en est là aujourd’hui, c’est qu’elle a dû faire preuve d’opiniâtreté pour surmonter les obstacles. Elle le chante dans le titre « Ibamba » qui veut dire « persévérance ». Persévérer pour enfin réussir dans ce milieu du rap très masculin, et souvent misogyne. Ami a mis du temps à percer parce qu’on ne croyait pas en elle, et peut-être surtout parce qu’on pensait que le hip-hop était une affaire d’hommes.

Alors, parce qu’elle ne veut pas que d’autres jeunes filles soient freinées dans leur élan, elle lance le festival « le Mali a des rappeuses » qui a tenu sa quatrième édition en février dernier. Une initiative importante pour celle qui fait partie des premières du genre au Mali. Le soutien qu’elle n’a pas eu, elle veut le donner aux jeunes filles qui veulent se lancer, mais qui n’osent pas, car, dit-elle, « il y a tellement de jeunes filles qui sont intéressées par le rap aujourd’hui, mais elles ont peur soit de la pression familiale, soit du milieu même du rap qui les utilise pour ensuite les rejeter. » La plateforme de son festival sert donc de tremplin à ses « sœurs » afin de montrer que des rappeuses, il en existe bel et bien dans son pays, et qu’elle est décidée à ce qu’elles fassent du bruit.

Humaniste, mais pas « féministe »

Ne lui collez pas pour autant l’étiquette « féministe ». Pour elle, nous sommes d’abord des êtres humains avant d’être catégorisés par des genres. « Je ne suis pas du tout féministe, je suis humaniste. Je me définis comme une femme qui a juste envie de vivre, de vivre de sa passion, de s’épanouir. Et je me dis que le genre d’une personne ne doit pas être une raison pour la marginaliser, que ça soit un homme ou une femme, chacun a le droit de vivre. » Voilà qui est dit. Mais n’allez pas croire que cette guerrière ne se sent pas concernée par les maux touchant les femmes. Elle en fait même des thèmes centraux de ses clips et de ses textes, dans la chanson « Mama ». « Qui que tu sois, tu viens d’une autre personne, qui que tu sois, tu viens d’une femme » (« I mana kè cogo-cogo i bôla dô de la, I mama ke cogo-cogo i bôla muso dô de la »). Le refrain s’adresse aux hommes pour leur rappeler l’importance et le respect d’une mère et par là, un hommage à toutes les femmes. « Les gens me traitent de “féministe” parce que je parle des sujets qui me concernent. Je fais du rap en parlant de mes difficultés et aussi des difficultés de certaines amies. Et ces problèmes dont je parle dans mes chansons peuvent aussi concerner des millions de femmes qui se retrouvent dans ce que je dis. »

Ami Yerewolo – I bamba
Le rap pour s’émanciper

Depuis son jeune âge, celle qui se nomme Aminata Danioko à l’état civil n’a d’yeux que pour le rap. Son père la laisse suivre sa passion à une seule condition qu’elle obtienne un diplôme. Elle souhaite devenir médecin après son Baccalauréat, mais les études de médecine ne lui réussissent pas. Elle se dirige vers la finance-comptabilité où elle obtient une licence. Son passeport pour prendre son envol. Car c’est alors qu’elle décide de quitter le domicile familial pour vivre sa passion. « J’ai sacrifié ma famille pour ma musique », assume-t-elle sans regret avant d’ajouter : « J’étais ma propre conseillère, dire des textes était mon moyen pour m’encourager et ne pas donner raison aux autres sur ce qu’ils pensaient de moi. La musique a toujours été pour moi comme une thérapie. Chaque fois quand j’ai mal, je rappe et ça passe. »

Si Rapper lui fait du bien, elle ne s’abreuve pas que des chansons d’artistes hip-hop. Elle aime la musique mandingue, à commencer par celle de Salif Kéïta et d’Oumou Sangaré, mais également Maître Gim’s, Dadju et bien évidemment Blick Bassy, sans doute pour s’inspirer d’autres sonorités tout en gardant son identité musicale. Le rap qu’elle fait, « on ne peut pas le définir comme du rap malien ou français. Ce que je fais, c’est du Ami Yerewolo, du rap parfois pur et dur, parfois mélodieux, parfois électro. » Aujourd’hui à 29 ans et trois albums, Ami Yerewolo, la « denfari » du rap malien avance tête haute.

Ay, Ami Yerewolo, sortie le 30 avril chez Othantik AA — disponible en précommande.

 © Marc Padeu 
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