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The Pan African Music Magazine
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Il y a 1 mois

De Gulu à Mexico, Pambulo donne le tempo

Le producteur mexicain Pambulo signe Kabalagalaxy, un premier EP sur le label mexico-ougandais Makabila Umoja qui dose les sons des deux mondes dans une formule électronique dansante. Interview et DJ set.

Jusqu’à maintenant, Pablo Pascual officiait sous le nom de Low End, un projet qui s’inscrivait dans la mouvance trance psychédélique et progressive qui remue Mexico depuis la fin des années 90. A la fois inspiré par Eat Static et par les productions glitchy d’Aphex Twin ou la UK bass sous toutes ses formes, sa vie d’artiste connaît un tournant lorsqu’il se rend en Ouganda pour y visiter son ami mexicain Emiliano Motta, l’un des producteurs de l’ombre qui fait vibrer et avancer la scène club locale. Il intègre alors à ses côtés le label Makabila Umoja, structure underground à qui l’on doit déjà des EP de Swordman Kitala, Willstone ou Leo Palayeng. Il se laisse alors bercer par les rencontres et l’atmosphère créative propre à Gulu et Kampala pour donner naissance à ce nouveau projet, dans lequel il insuffle toute cette énergie à travers le prisme des machines et de ses racines. Pour en savoir plus, écoutez ci-dessous le guest mix qu’il a récemment livré pour le PAM Sound System Radio Show en lisant notre interview.

Pan African Music · PAM Sound System @RCV99fm – Episode #20 – Special Guest : PAMBULO

Quand et comment le projet Pambulo a-t-il démarré ?

Je pense que cela a vraiment commencé à prendre forme lorsque je suis allé en Ouganda en 2019. Emiliano Motta (Moganjah) était déjà là-bas, travaillant et jouant de la musique depuis environ 5 ans. Chaque fois que je le voyais au Mexique, il me partageait la musique de là-bas, et c’était vraiment quelque chose de frais et de super cool. C’est en arrivant en Ouganda que j’ai commencé à vraiment la comprendre. Tout l’héritage culturel incroyable, la vibe des gens et cette explosion omniprésente de talent et de créativité… Tu peux sentir la musique tout autour, la danse, les tambours, c’est une espèce de « folie » très saine. Beaucoup de musiciens internationaux se sont rendus à Kampala après le Nyege Nyege. J’ai eu beaucoup d’expériences, comme aller à Kabalagala, où la population locale se rend pour faire la fête, c’était très énergique. J’ai eu la chance d’enregistrer l’un des meilleurs batteurs que j’aie jamais entendu, Omutaba Ngoma et j’y ai rencontré beaucoup de monde. C’est difficile à décrire, mais les habitants de l’Ouganda ont une attitude très spéciale, pleine de sagesse. Ensuite, je suis allé à Gulu, avec cet être humain et musicien incroyable, Leo Palayeng, et c’était tellement excitant de voir qu’à quelques heures de la capitale, la musique, la culture, les gens étaient très différents et spéciaux. Otim Alpha est un autre musicien important doté d’un génie musical et d’un tempérament inspirant. J’y ai enregistré et produit un morceau pour Kornyellows Africa, dans un trip plus funky.

Comment as-tu transformé toute ces expériences en musique en rentrant chez toi ?

À mon retour au Mexique, j’ai commencé à tenter de déchiffrer toute cette expérience. À la fin de l’année, Leo est venu au Mexique, et nous avons eu la chance de commencer un morceau avec Moganjah, ce fut une expérience formidable, de ressentir son influence et de comprendre ses idées incroyables, et bien sûr d’enregistrer sa voix et son jeu époustouflant d’Adungu. J’ai fait un remix pour Swordman Kitala, l’un des meilleurs MC du moment. C’est le premier morceau que j’ai terminé en tant que Pambulo, sans même avoir le nom du projet, mais il possédait déjà un nouveau son pour moi. Et me voici donc, avec un nouveau projet, attendant d’avoir la chance de retourner en Ouganda au milieu de cette folle période, tout en travaillant dur pour faire de plus en plus de bonne musique.

Pambulo – Tribal Party (feat. Leo P’Layeng & Moganjah)

Tu fusionnes la musique mexicaine et ougandaise sur cet EP. Selon toi, quelles sont les similitudes entre ces deux endroits en termes de musique ? Quel est ton processus de composition ?

Je n’essaie pas -du moins consciemment- de fusionner la musique mexicaine et ougandaise. Je suppose que cela vient naturellement parce que j’ai été évidemment influencé par le folklore mexicain, dans lequel il y a beaucoup de bonne musique et de diversité. Je pense juste que si on essaie trop, la musique sonne forcée. Il n’est pas si facile de mélanger deux styles, car souvent ce qu’on entend ressemble à une boucle de musique house, avec un sample de musique folklorique. Je trouve fascinants les musiciens qui parviennent à les fusionner correctement. Il y a des similitudes, en particulier dans des endroits comme Veracruz ou Guerrero, où il existe une grande culture afro-descendante. Dans ce style appelé Son Jarocho, même avec l’influence occidentale, on peut vraiment entendre l’âme de l’Afrique. A terme, j’aimerais enregistrer de la musique folklorique mexicaine, et essayer de fusionner de manière plus évidente. Peut-être que je ferai de la cumbia acholitronix un jour ! J’utilise des samples pour lancer une idée, ou parfois je commence juste un rythme et joue des synthés. Aujourd’hui, je travaille pour rendre mon processus un peu plus « live » et moins machinal, et j’apprends à jouer des percussions.

Quel est ton rôle au sein de Makabila Umoja ?

Makabila Umoja, comme de nombreux labels indépendants, est en train de se former. Emiliano l’a démarré, avec toute cette belle musique qu’il a faite pendant toutes ces années en Ouganda, afin d’avoir une plate-forme pour la partager. Il y avait beaucoup de gens autour, très abusifs et avec de gros egos, qui ne traitaient pas justement les musiciens ougandais, contrairement à Emiliano. Donc, depuis le début je l’aide, car nous sommes de grands amis, mais je crois aussi vraiment au projet et à cette musique. Nous travaillons dur pour la partager partout dans le monde et lui donner une structure avec les ressources dont nous disposons, afin que nous puissions former une équipe solide et collaborer efficacement avec tous ces musiciens, de façon équitable. Je sais que cela peut sembler évident, mais malheureusement, il y a beaucoup de producteurs -pas tous- qui les enregistrent, disent merci, sortent le morceau et les oublient. Il est donc très important pour nous de leur montrer que nous faisons tout pour le bien de l’équipe. Je pense qu’avoir de la complicité avec quelqu’un, dans le bon sens du terme, c’est toujours l’un des éléments clés pour faire fonctionner un projet. Et si tu combines ça avec la confiance, la discipline et le travail acharné, les choses commencent à se produire. Je suis donc là en tant que producteur/musicien, et je fais partie du management.

Que pouvons-nous attendre de Pambulo dans un futur proche ?

De plus en plus de musique. Maintenant, je travaille sur une collaboration avec Swordman Kitala, Moganjah, Sandunga et je vais en faire une autre avec Leo Palayeng. Je produis un morceau pour deux grands MC, Lebon de RDC et Blessed Man d’Ouganda. J’aime le fait que dans cette musique, on puisse varier les tempos et structures, pour qu’elle puisse contenir tous ces styles et dégager ces émotions différentes. Je continue de rechercher et d’apprendre sur toutes les musiques des pays d’Afrique. C’est tellement énorme et diversifié, que je pense que ça va être une expérience de toute une vie. Essayer de mélanger tout ce que j’apprends avec mon propre style a un certain impact sur les gens. C’est toujours très gratifiant quand quelqu’un vous dit qu’un morceau l’a vraiment touché. Dès que le chaos dans lequel nous vivons sera au moins plus structuré, je veux bien sûr faire le tour du monde et partager ma musique avec tous les meilleurs musiciens de Makabila Umoja. Nous y arriverons à coup sûr, nous devons juste être patients comme tout le monde et continuer à travailler.

L’EP Kabalagalaxy est disponible ici

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