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The Pan African Music Magazine
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Coco Maria, la DJ accro aux rythmes afro‑latinos

La globe-trotteuse mexicaine installée à Amsterdam ne se contente pas d’animer une émission qui met en valeur les pépites afro-latines, elle s’est lancée dans une sélection sacrément réussie de groupes rétro-futuristes baptisée Club Coco. De quoi s’échauffer… en attendant l’ouverture !

Ana Lucia, plus connue sous le nom de Coco Maria, est une DJ mexicaine qui s’est nourrie de toutes sortes d’influences au fil de ses voyages, mais aussi de ses déménagements : de Londres à Berlin, avant de s’installer à Amsterdam. Depuis deux ans, elle tient également une émission sur la station de radio Worldwide FM, dans laquelle elle aime mettre l’accent sur les rythmes africains qui vivent dans les musiques d’Amérique centrale et du Sud. Dans sa compilation Club Coco, Ana Lucia réunit divers artistes qui vivent aussi bien en Afrique, en Europe, en Amérique qu’en Asie. Et pour la première fois, la DJ chante aux côtés de ceux – les meilleurs selon elle – qui s’inspirent des musiques vintage pour produire des musiques résolument actuelles. Interview.

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre cheminement musical ?

La musique a toujours fait partie de ma vie. Je viens d’une famille très attachée à la musique, j’ai toujours apprécié cet art. Mon père, ma mère et mes grands-parents achetaient beaucoup de disques. Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours eu un peu d’argent pour acheter de la musique. Mon père est musicien, il chante, il joue de la guitare, mais il est aussi ingénieur, alors il n’a jamais perçu la musique comme un métier, c’est un loisir pour lui. Il n’a jamais pris la musique au sérieux.

Pour ma part, il y a eu un moment où j’ai pensé : « Ah, je ne veux pas seulement écouter la musique, mais la partager le plus possible avec le plus grand nombre. » C’était naturel, je vivais à Londres et tous mes amis là-bas étaient musiciens. Je les accompagnais constamment en tournée ! J’ai appris beaucoup de choses : le booking, les promoteurs… Londres est une ville parfaite pour s’informer sur le monde de la musique. Ensuite, j’ai déménagé à Berlin. J’ai commencé à jouer dans des petits bars. Avec des amis, nous avions un groupe, je chantais, jouais du tambour…

Vous tenez une émission sur Worldwide FM. D’où vous vient cette volonté de faire connaître les musiques du monde entier ? Qu’est-ce vous désirez transmettre à travers vos émissions ?

Oui ! Je suis très contente d’être à Worldwide FM, j’admire leur travail depuis mon enfance. Au début, j’y animais une émission une fois par mois, sur la musique latine, afro-latine, caribéenne, un peu de musique africaine… Désormais, je fais ça chaque mercredi, sur tout ce que je veux !

Je me suis ouverte à un nouveau public, avec la soul, la musique psychédélique, des genres que je combine avec les musiques latines. La première fois que je me suis rendue en Europe, il y a quinze ans, j’ai senti que la seule façon dont l’Amérique latine était perçue, c’était sous le prisme du reggaeton ou de la salsa. Il est vrai que cela reste très présent, mais il y a également d’autres rythmes. Je souhaite que l’on découvre le latin funk, la latin soul, le latin jazz, des influences d’autres pays…

J’aime également beaucoup cette émission parce que c’est le matin, alors j’essaie de choisir des musiques pour bien commencer la journée, je veux transmettre de l’énergie positive !

Et d’où vient votre intérêt pour les musiques d’Afrique ?

Depuis que je vis en Europe, je constate de loin la façon dont les musiques africaines ont influencé les musiques latines, cela m’a permis de me reconnecter à mes racines. J’ai également voyagé deux fois en Afrique, au Sénégal et en Tunisie. J’étais étonnée de la réception de la musique latine dans cette partie du monde. Je travaille aussi avec Max, derrière un label au Ghana, qui me fait découvrir de nombreux artistes, comme mes autres amis d’origine africaine.

C’est donc l’Europe, plus que le Mexique, qui vous a rapprochée de l’Afrique ?

Le Mexique est très grand et selon l’endroit où tu habites, les influences musicales sont différentes. Je viens d’un endroit qui se trouve très près des Etats-Unis, la musique qu’on écoute là-bas nous vient surtout du Nord, sans lien avec la musique africaine. En revanche, on y écoute beaucoup la cumbia, un mélange de musiques des populations autochtones d’Amérique, mais aussi africaines et européennes. Sans le savoir, ce que je préférais dans la cumbia, c’était surtout les percussions, c’est-à-dire la partie africaine de la cumbia ! En Europe, j’ai aussi connu plus de gens très attachés à leurs origines africaines. Avant, je n’y étais pas exposée.

Je n’avais pas non plus accès aux réseaux sociaux, à cette facilité à se connecter au monde entier. Je me trouvais dans un petit univers. Je pense que chaque endroit où j’ai vécu m’a permis de m’intéresser aux différentes cultures des personnes que j’ai connues. Par exemple, à Amsterdam, les cultures indonésienne et du Surinam sont très présentes. Tu te demandes pourquoi, puis tu commences à comprendre l’Histoire, qui peut être triste et c’est la même chose à Londres. Qu’est-ce qu’on peut apprendre de la Jamaïque ? De l’Inde ? Du Ghana ? En France, ce sont surtout les Nord-Africains. Je pense que c’est vraiment dû à mes voyages, à tous les endroits où j’ai vécu, tout cela a permis d’ouvrir mon monde.

Pouvez-vous nous parler de votre Club Coco compilation ? Qui sont ces fameux « meilleurs groupes actuels », pour reprendre vos propres termes, que vous comptez nous présenter dans ce nouveau projet ?

(Rires). Ces dix dernières années, il y a eu beaucoup de compilations. Analog Africa en a sorti plusieurs, cela permet de rendre la musique accessible à tout le monde, d’établir un changement dans la façon dont on la perçoit. Il s’agit surtout de musiques anciennes et c’est génial que ça existe ! Mais je recherchais des groupes actuels avec de la musique organique, qui sont très clairement influencés par des sons vintage, anciens, mais dans de nouveaux projets. Et il y en a plein !

Alors j’ai pensé à cette compilation, pour promouvoir ces groupes. Il y a Malphino à Londres et pour la cumbia de Colombie, il y a des musiciens colombiens, de Londres, de la France, c’est comme une fête contenue dans un petit objet. Quand tu ouvres le disque, il y a une carte du monde pour voir d’où viennent tous ces groupes : du Mexique, du Venezuela, de la Colombie, de la France, de La Réunion, des Pays-Bas, du Japon, de l’Indonésie, des Philippines, du Ghana…

Dans la compilation, vous participez à certains morceaux ?

Dans la chanson « Ají de Malphino », c’est de la cumbia et dans certains endroits au Mexique, la population a pour habitude que l’on parle sur la musique. Par exemple, lors d’une fête, le DJ prend le MIC et il dit : « Salut Shehrazad, comment ça va ? ». Les gens aiment beaucoup ça ! Le DJ lance des salutations et le groupe m’a donc demandé de faire ça, c’est une toute petite collaboration (rires).

Et il y a bien sûr la chanson « Me Veo Volar »,  où vous vous essayez au chant…

Concernant mon titre, c’est très important car c’est nouveau pour moi, je n’avais jamais fait quelque chose comme ça. Observer tout ce processus, c’est un peu comme la naissance d’un bébé et c’est immense à mes yeux. Pendant plusieurs années, je me suis définie comme une DJ et à travers cette chanson, j’ai découvert qu’il y avait également d’autres choses que j’étais capable de faire. J’ai improvisé les paroles avec une amie, pendant une soirée. Je chante sur la peur, qui nous empêche de faire ce que l’on veut et sur la nécessité de l’éradiquer de notre esprit pour se sentir plus légère et voler plus haut (rires).

Je suis toujours en train d’essayer d’appliquer cela dans ma vie, j’ai commencé à me rendre compte de la peur qui me contraignait beaucoup plus que de véritables barrières extérieures. Je me souviens des moments de ma vie qui étaient difficiles, comme le fait de me retrouver dans une nouvelle ville, de vivre une rupture amoureuse, de ne pas avoir d’argent… Pour moi, la musique a toujours été là. Lorsque j’avais un emploi qui me déplaisait, j’écoutais une chanson puis je me sentais mieux de façon instantanée ! Je pense que la musique exerce cet effet sur beaucoup d’individus. 

Tous les titres de la compilation ne sont pas joyeux, mais ils permettent aux artistes d’exprimer ce qu’ils ressentent. Il y a aussi « Bomba Atomica » des Meridian Brothers, une chanson très joyeuse dont les paroles sont particulièrement fortes en ce moment, avec la répression en Colombie. Ce morceau évoque la façon dont le pouvoir utilise la violence et la peur avec les citoyens. C’est une façon créative de faire réfléchir les gens sur cette situation. C’est très important. Et c’est universel.

Ici à Amsterdam, la vie a l’air très agréable, les gens boivent leur café dans la rue, avec des petits gâteaux, tandis qu’à d’autres endroits, tout cela n’est pas possible. Pour moi, l’universalité réside surtout dans le fait de sortir une compilation qui tente d’apporter de l’espoir, afin que l’on ne devienne pas pessimiste, malgré les difficultés. Je pense aussi que c’est universel parce que beaucoup de gens ressentent le besoin de se retrouver tous ensemble, suite au confinement.

J’ai vu que vous aviez organisé une discussion en ligne sur l’impact de la crise sanitaire sur notre santé mentale. Comment vivez-vous cette période ?

Je pense que nous sommes nombreux à vivre la même chose. Je me suis souvent sentie coincée, notamment après l’été, parce que je pensais sincèrement que ça allait redevenir comme avant. Je me suis sentie coincée, dépourvue d’espoir concernant mes projets, je n’avais envie de rien, je pensais que j’allais totalement arrêter la musique…

Ce qui m’a beaucoup aidée, c’était le fait d’en discuter avec d’autres artistes. J’ai beaucoup d’amis ingénieurs, mais ce ne sont pas tout à fait les mêmes problèmes, il faut en parler avec des personnes qui vivent à peu près les mêmes choses. Une amie DJ aussi, qui vit à Londres, a créé le groupe « Artist Recovery Club », qu’on pourrait traduire par « Club de guérison des artistes ». Il est basé sur un livre, The Artist’s Way: A Spiritual Path To Higher Creativity de Julia Cameron (Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! en français), dédié à tous les artistes qui se sentent coincés. On avait des rendez-vous chaque semaine, des défis, on s’encourageait énormément et ça nous a beaucoup aidés.

La radio, ça a aussi été considérablement bénéfique, j’avais plus de temps pour sélectionner certaines musiques, préparer mon émission… La  radio m’a sauvée. Je faisais déjà de la radio avant le Covid, mais c’était secondaire. Finalement, je me suis rendue compte que c’était ma passion.

Retrouvez Coco Maria dans notre playlist Songs of the Week sur Spotify et Deezer.

Précommandez la compilation Club Coco avant le 28 mai.

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