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The Pan African Music Magazine
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Cheryl Ann Bolden en musiques

Dans sa quête de mémoires, Cheryl Ann Bolden n’a jamais oublié la musique, qui l’a accompagnée tout au long de sa vie. Voici sa playlist, faites de morceaux mantras. Quant au documentaire The Keeper dont elle est l’héroïne, il est toujours disponible.

Quelle est  la place de la musique dans votre vie, et dans votre travail de mémoire ?

J’aurais dû être danseuse. Je pense tout le temps à la musique et à la danse, mais je souffre du genou (j’ai deux nouvelles hanches et un nouveau genou), donc maintenant je réfléchis à des musiques qui permettraient à une dame âgée comme moi de se lancer dans le burlesque, mais à destination des seniors (elle rit).(Retrouvant le sérieux) La musique joue d’une certaine manière une part importante dans la transmission, et notamment pour moi la musique d’église, le gospel, car j’étais dans une église baptiste. Même si j’allais à l’école catholique, je préférais les églises noires justement à cause de la musique, et quand j’avais 13-14 ans, la chef du chœur de mon église était la mère de Whitney Houston. Je crois que j’ai ça dans le sang. Le Gospel (en anglais, le mot désigne les chants comme l’Evangile même, NDT) et les Spirituals sont très importants pour moi, à cause de ce qu’ils représentaient pour les gens qui furent mis en esclavage et qui y trouvèrent un moyen de maintenir leur culture sans que les maîtres ne soient au courant. Et donc c’est toute cette tradition qui compte pour moi. La plupart du temps me revient la musique qui est connectée à ce qui se passait à une époque donnée : par exemple pendant les années 60 et 70, le r’n’b, James Brown et son « Say it Loud I’m Black and I’m Proud » (clame le haut et fort, je suis noir et fier), ou encore le « What’s going on » de Marving Gaye, Curtis mayfield…. Comment dans tout cela choisir seulement 10 chansons ?

Mongo Santamaria – Afro Blue

Ce morceau sensuel aux couleurs africaines est parfait pour la danse. Quand je l’écoute, j’ai l’impression que je peux flotter dans l’air, comme si je volais, et j’aime vraiment ce côté spitiruel qui touche au corps, et qui sait mélanger les héritages de l’Afrique et de sa diaspora.

Johne Coltrane – A Love Supreme 

Coltrane,  encore une fois avec cette idée de l’Amour. Ca peut paraître simpliste, mais nous avons (d’abord) besoin d’amour, c’est l’Amour qui est suprême. Je crois que Coltrane était un ange : à cause du genre de musique qu’il jouait, sa vie émaillée par les affres de la drogue et son décès si jeune… et quand vous écoutez ce morceau, c’est une incantation et il fonctionne pour moi comme un mantra. Un mantra positif. “Love supreme”, à répéter encore et encore : c’est une vibration.

Aretha Franklin – A change Is Gonna Come

A chaque fois que j’écoute cette chanson je commence à pleurer. Là encore, ça vient de cette tradition de l’Evangile dans laquelle quand on meurt, on part vers un ailleurs qui sera meilleur, et vers lequel on s’évade. Donc « A change is gonna come », du pont de vue africain-américain, ça veut dire que nous pouvons espérer une vie meilleure, que les choses vont s’arranger dans notre vie, et que nous devons toujours croire que demain sera mieux. Et le changement a fini par arriver. Cette chanson très émouvante fonctionne aussi comme un mantra, comme beaucoup de celles que j’aime.

« Le changement a fini par arriver » : que voulez-vous dire ?

Depuis cette période du Covid-19 mais aussi un peu avant, quand a pu voire George Floyd se faire tuer par la police : ce n’était pas nouveau mais avec les réseaux sociaux, toutes ces images, ces photos, les gens qui écrivent ou qui en parlent… donc le changement arrive parce que les gens commencent à se dire : « quoi, ça existe vraiment ? je ne savais pas ». Et bien maintenant, tout le monde peut le voir. Des gens meurent de faim : ce n’est plus mon problème à moi, c’est un problème national et même international. Il n’y a aucune raison que dans mon pays, réputé le plus riche du monde, des gens meurent de faim. Ce n’est pas possible. Le changement arrive parce que les gens deviennent plus conscients de la pauvreté, de ce qui se passe, et qu’il y a un vrai problème. Donc voilà comment je crois que ce changement arrive.

Janis Joplin – Mercedes Benz

Dans les années 70, je faisais la baby-sitter pour un couple mixte, et ils écoutaient Jimi Hendrix et Janis Joplin, et je me suis passionnée pour ces musiques, qui étaient de très très bonnes musiques. Dans cette chanson, elle demande des biens à Dieu, dans une attitude très matérialiste et capitaliste, et j’adore cette satire sociale.

Pharoah Sanders – The Creator Has A Master Plan

Un « plan directeur » (la chanson s’appelle Le Créateur a un plan directeur, NDT) : c’est ce cliché de vivre en harmonie. Si on pense au Créateur, on n’a pas besoin de savoir s’il est un homme ou une femme, on n’a pas besoin d’une religion pour le connaître : il suffit de comprendre qu’il existe quelque chose de bien plus grand que nous. Tu n’as pas besoin d’aller à l’église : essaie juste de vivre en harmonie. Je crois que c’est ça, au fond, le plan directeur (et sans doute d’autres choses encore), mais c’est la raison pour laquelle j’aime cette chanson.

Nina Simone – To Be Young gifted and Black

Je compatis avec elle, car elle voulait devenir une musicienne classique, mais elle n’a pas pu poursuivre sur cette voie à cause de sa couleur de peau. C’était un vrai génie, mais elle était fâchée, remontée. J’adore cette chanson : si vous êtes dans le contexte des Etats-Unis, et qu’on vous a traitée comme un rebut, qu’on vous a dit que vous n’étiez pas douée, et qu’être noir c’était mauvais, alors il est très important de savoir que vous êtes jeune, douée et noire, et que c’est une chose merveilleuse. Les gens avaient besoin d’entendre ça, c’est de l’ « Afromation » (jeu de mots sur Afro et affirmation, NDT). Si vous savez que vous êtes jeune, douée et noire, alors vous pouvez vous dépasser et entreprendre des choses.

Chick Corea – Return to Forever

On voyage en écoutant ce morceau, on voyage vraiment ! Chick Corea était un génie, qui pouvait jouer avec tout le monde et qui était d’une vélocité incroyable !

Marvin Gaye – What’s Going On

Que se passe-t-il ? C’est dingue, les gens sont prêts à se tuer pour de l’argent, que se passe-t-il quand on voit -comme récemment- une tentative de coup d’état aux Etats-Unis ? Que s’est-il passé ?! On entend certains dire : « oh ce n’étaient que des gens en colère »… mais attendez un peu, c’était bien une tentative de coup d’état, vous ne vous en êtes pas rendus compte ? Si tous ces gens en colère avaient été noirs, la police les aurait descendus, mais là quelqu’un a dû leur ouvrir la porte pour les laisser entrer : des suprémacistes blancs !

Fela – Zombie

C’était un génie, dans un pays le Nigeria qui est dur. Fela parlait de politique, de la manière dont les gens étaient traités, et a souvent écorché le gouvernement. Il avait un message et il a dû en payer le prix. J’ai été au Shrine (le club de Fela, ndt), c’était comme aller à l’Eglise, on pouvait ressentir une immense énergie positive. Et puis, la musique était trop bonne !

Bobby McFerrin -Don’t Worry Be Happy

Encore un mantra. Si vous vous chantez en boucle cette chanson, par exemple assis dans le bus, vous verrez que vous allez changer d’attitude, car vous deviendrez plus léger !

Abbey Lincoln – Throw It Away 

Je connaissais déjà sa musique quand j’ai rencontré Abbey Lincoln, qui est venue visiter ma galerie à Charlottesville, en Virginie, et nous avons passé du temps ensemble, bu quantité de Courvoisier (une marque de cognac). « Throw it away » (« débarasse-t-en ») dit la chanson : jette tout ce qui est négatif, garde tes mains grandes ouvertes, et les choses positives viendront. Il faut avoir les mains ouvertes pour que de nouvelles choses adviennent, et parce qu’elle dit cela, cette chanson est vraiment très importante pour moi.

Essie Mae Brooks – Rain in your life

C’est un Spiritual autour de l’idée qu’il faut endurer un peu de pluie, vivre des choses douloureuses, pour qu’on puisse apercevoir le soleil. Et moi c’est le voyage qui m’a enseigné ça : je faisais du stop, j’affrontais le froid, j’apprenais à me débrouiller… il faut connaître des moments difficiles pour pouvoir avancer.

Alice Coltrane (feat. Pharoah Sanders) – Journey in Satchidananda

J’ai commencé à m’intéresser au bouddhisme, et je crois que dans une de mes vies antérieures j’ai été une nonne tibétaine. Quand j’ai été faire du trek dans l’Himalaya, j’ai vraiment aimé le son de la méditation, vous savez ce genre d’incantations indiennes ou tibétaines. C’est de la musique qui guérit. Et amener des jeunes gens (comme l’a fait Alice Coltrane, NDT) à écouter ce genre de choses qui vous recentrent, et se poser la question : qu’est-ce que la musique veut transmettre ? Alice Coltrane est pour moi une sainte, et en plus elle jouait de la harpe, qui est un instrument merveilleux.

Luther Vandross – Searching

Quand je vivais à New York j’étais vraiment une fêtarde. J’ai eu la chance d’y vivre dans les années 70, parce qu’il y avait le mouvement féministe, le mouvement gay, et dans les bars gays il y avait de la house et les publics se mélangeaient plus facilement, notamment les blancs et les noirs, réunis par l’envie de s’éclater et d’être libres. Donc forcément, Luther Vandross et la house… c’est vrai, j’ai beaucoup fait la fête à l’époque et j’ai moi-même été surprise d’avoir pu décrocher mon diplôme. Mais ça, c’était parce que j’étais une fille bien sage (rires).

Retrouvez également notre interview de Cheryl Ann Bolden, ainsi que celle de Mariette Auvray, réalisatrice du documentaire The Keeper.

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