Miriam Makeba, la lutte continue

Il y a dix ans, la chanteuse sud-africaine, égérie panafricaine, quittait la terre des hommes.

Au cours des prochaines semaines, PAM lui rend hommage et consacrera une série d’articles revenant sur sa vie. Celle d’une femme pour qui la lutte, toujours, continuait.

Castel Volturno (Italie) 9 novembre 2008

En sortant de scène, la chanteuse perd connaissance. Elle  est transportée en urgence à la clinique Pineta Grande de cette localité proche de Naples, dans le sud de l’Italie. Frappée d’une crise cardiaque, ses yeux ne s’ouvriront plus sur le monde, sur sa beauté et sur les inégalités qu’elle passa sa vie à combattre. C’était d’ailleurs le sens de sa présence dans cette petite ville du sud de l’Italie. Elle y participait à un concert de soutien à l’écrivain Roberto Saviano, pourchassé par la Camorra, la mafia napolitaine dont il avait dans son livre Gomorra détaillé l’emprise sur toute la région. Et c’est précisément là que Miriam avait accepté de jouer, dans l’antre du loup. 


Car la diva n’avait pas pris de retraite musicale, pas plus qu’elle n’avait troqué ses engagements contre des jours tranquilles dans un pays où, après des décennies d’exil, elle avait enfin pu rentrer. Non,
Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama (de son nom complet) avait passé sa vie à lutter, et elle est morte de la même façon, ses mots à la bouche et des cartouches de chansons en bandoulière. Son répertoire gardait d’ailleurs le témoignage des luttes panafricaines auxquelles elle avait pris part. Chansons de Guinée, de Tanzanie, du Mozambique…. Les luttes de libérations avaient leur bande-son, et Makeba était leur porte-voix dans le monde. Comme « A luta continua », slogan révolutionnaire employé par le Frelimo (Front de libération du Mozambique). 


 Comme elle le raconte d’ailleurs dans ce concert en 1980 (elle participa à de nombreuses reprises au North Sea Jazz Festival en Hollande), elle faisait partie de la délégation guinéenne qui se rendit au Mozambique pour célébrer l’indépendance du pays en 1975.

À elle seule, elle incarnait la convergence des luttes panafricaines : contre la ségrégation en Afrique du Sud comme aux États unis, contre la présence coloniale en Afrique, pour l’unité africaine… et au-delà, pour les droits humains dans le monde. Peu avant sa mort, elle s’était encore rendue en RDC (Congo) pour dénoncer les violences sexuelles infligées aux femmes. Aussi inspirée sur les tribunes que sur les scènes, elle mettait souvent de la musique dans la politique, et toujours de la politique dans sa musique. 


 En apprenant sa mort, l’Afrique du Sud décréta une journée de deuil national. Son corps fut rapatrié, mais inutile de chercher sa tombe. Ses cendres furent dispersées à la pointe du Cap de Bonne Espérance, là où deux océans se rencontrent, pour que, comme elle l’avait confié, les courants les mènent partout où elle avait, de son vivant, mis les pieds.

PAM reviendra bientôt sur des moments clefs de son existence, celle d’une infatigable et exemplaire combattante de la liberté.

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