L’Outre-Mer fait son Olympia et met à l’honneur ses jeunes talents

Le leader de Kassav’, Jacob Desvarieux, met sa notoriété au service de la nouvelle scène ultramarine.

Avant de fêter le 40ème anniversaire de Kassav’ en mai prochain, Jacob Desvarieux réunit dans la mythique salle parisienne de l’Olympia les artistes ultramarins de la génération montante. Rencontre.

PAM : Comment est née l’idée de ce concert parrainé par Admiral T et qui sera diffusé en direct sur France Ô, l’ensemble des 1ère et via Facebook live ?

Jacob Desvarieux : Avec le Pôle Outre-Mer de France Télévisions, ça fait longtemps qu’on réfléchit au moyen de rendre les artistes ultra-marins plus visibles. Mais on était confronté à des problèmes de budget. L’Outre-Mer, c’est immense. Quand tu dois faire venir quelqu’un de Nouvelle Calédonie, donc de l’autre bout de la planète, ça coûte cher. Et puis on a eu l’idée de cette soirée qui sera à la fois un concert et un spectacle télévisuel. Après, il a fallu trouver les artistes. Et là, ça se complique un peu. Parce que si on prenait les artistes les plus en vue, certains territoires auraient été favorisés par rapport à d’autres. D’où ma proposition de prendre de jeunes artistes. Comme ça, de la Martinique (Lycinais Jean) à Wallis & Futuna (Tyssia) en passant par la Guyane (Saïfa), la Guadeloupe (Antonny Drew), la Réunion (Mikl) , Mayotte (Nixo), la Polynésie (Vaiteani), la Nouvelle Calédonie (Gulaan) ou St Pierre & Miquelon (Adèle Lebon), tout le monde est logé à la même enseigne. Chacun des neufs talents sélectionnés va interpréter une reprise et un titre de son répertoire. Chacun va ainsi pouvoir exprimer sa créativité et se faire connaître des autres départements, déjà, dans un premier temps.

Comment expliquez-vous que, dans l’hexagone, on connaisse si mal artistes ultra-marins ?

Pour la simple et bonne raison que les médias nationaux ne parlent de l’Outre-Mer que quand il y a un cyclone ou une énorme grève ! A part France Ô, aucun média ne s’intéresse à ce qui s’y passe.

Certains artistes ont déjà un ou plusieurs albums à leur actif, parfois un label ou ont d’ores et déjà été plébiscité par le public au-delà de leur région grâce à une célèbre émission de télé-crochet (Gulann). Alors que pour d’autres, comme Adèle Lebon, cette soirée va être un véritable test. Comment s’est effectuée votre sélection ?

J’ai cherché sur Internet, beaucoup écouté, me suis renseigné auprès des copains. Pour chaque département ou territoire, il fallait identifier une nouvelle scène et en même temps des artistes qui soient un minimum représentatifs de leur région. Nos jeunes se tournent beaucoup vers les Etats-Unis ou la Jamaïque, vers des artistes qui leur ressemblent et qui passent à la télévision. Du coup, musicalement, moi je trouve ça raide. On parle de territoires où il y a des traditions musicales mais où les jeunes se tournent souvent vers une musique qui n’a rien à voir avec leurs origines. L’idée n’est pas de verser dans le folklore mais, qu’à travers ta création, on puisse entendre d’où tu viens. C’est comme ton nom ou ton prénom, il y a des choses comme ça, tu peux les tourner dans tous les sens que tu veux, on sait d’où tu viens. Moi je n’ai rien contre le rap mais j’avais envie qu’on montre autre chose de la Martinique, par exemple, que l’on n’ait pas l’impression qu’il n’y a que ça là-bas. Alors ça n’a pas été possible pour tous les territoires, il y a des endroits où c’est compliqué, mais je me dis que si cet évènement se reproduit, si on arrive à le pérenniser, l’idée va faire son chemin.

Qu’est-ce qui a changé pour un jeune artiste par rapport à vos débuts ?

C’est plus compliqué parce qu’il y a plus de concurrence. Mais au niveau des médias, par contre, rien n’a changé. Et, contrairement à l’idée que l’on veut faire passer, il ne suffit pas de mettre son morceau en ligne pour que tout le monde l’entende. Quand tu vas sur Internet, tu y vas pour chercher quelque chose de précis. Alors pour un artiste seul qui n’a pas la puissance d’une maison de disques derrière lui, c’est compliqué d’attirer l’attention du public et de percer hors de sa région d’origine. Quant aux maisons de disques, ils veulent tous que l’on chante en français, de préférence une musique qu’ils connaissent déjà. Mais voilà, on est français mais là d’où on vient on ne parle pas que le français et pour transmettre des émotions, ta langue maternelle c’est quand même plus facile.
Cette soirée, animée par Jacob Desvarieux et Amanda Scott, sera diffusée en direct sur France Ô et l’ensemble des 1ère, le 21 septembre prochain, dès 20h. Elle sera également accessible en Facebook Live sur la page de la chaîne des Outre-mers.

Avec :  Lycinais Jean / Martinique _   Saïfa / Guyane  _ Antonny Drew / Guadeloupe _ Mikl / Réunion _ Vaiteani / Polynésie _ Adèle Lebon / St Pierre & Miquelon _ Tyssia / Wallis & Futuna _ Gulaan / Nouvelle Calédonie _ Nixo / Mayotte